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Le Sahara marocain, un enjeu majeur pour Pedro Sanchez

Le parti socialiste psoe favori aux élections municipales et législatives 2023 en Espagne


A la veille des élections municipales et à sept mois des élections législatives, un baromètre national révèle que la popularité du parti socialiste de Pedro Sanchez, l’actuel chef du gouvernement, se renforce. Un bon point pour l’entente maroco-espagnole à la tête de laquelle le dossier du Sahara.

Rabat suit de près les préparatifs des élections municipales et régionales du 28 mai et les élections législatives de décembre 2023 en Espagne. Plusieurs questions sont en jeu. Particulièrement le dossier du Sahara dont la position en faveur du plan marocain d’autonomie demeurera inchangée selon plusieurs observateurs espagnols. Une nouvelle donne réconforte cette prédiction. Ce sont les résultats du deuxième baromètre du mois de mai du Centre de recherches sociologiques (CIS) espagnol, publié mercredi 17 mai 2023, dont l’essentiel du travail de terrain a été réalisé avant le début, vendredi 12 mai 223, de la campagne électorale pour les élections du 28 mai. Il en ressort que la popularité du parti socialiste (PSOE) de Pedro Sanchez, l’actuel chef du gouvernement, se renforce. Le premier baromètre d’avril plaçait une nouvelle fois le PSOE comme le parti le plus populaire, avec une estimation de 30,4% des votes et avec un avantage de 4,3 points sur le PP (26,1%), les pires données depuis l’élection d’Alberto Núñez Feijóo à la tête de ce parti.

Longueur d’avance
Si en avril Pedro Sánchez avait 4,3 points d’avance sur Alberto Núñez Feijóo du parti populaire (PP), le baromètre de mai a réduit cet avantage à 1,9 point. Au cours du dernier mois, le PSOE a chuté de 1,3 point et le PP a augmenté de 1,1 point. Le PP avait réduit son écart à deux points par rapport au PSOE dans les estimations des voix avant les élections législatives. Cela étant dit, le parti socialiste garde une certaine longueur d’avance sur ses principaux rivaux, ce qui rassure sur la position du prochain gouvernement de coalition. Pourquoi un gouvernement de coalition ? Parce qu’aucun acteur de l’échiquier politique espagnol n’arrivera à rafler la mise et s’adjuger une majorité absolue lui permettant de gouverner seul. Même pas le PSOE de Sanchez.

L’autre nouveauté de ce sondage est que Sumar , la nouvelle formation politique de Yolanda Díaz, est placée comme la quatrième force politique du voisin ibérique. Vox a été repéré comme troisième force politique du pays avec 11,1% des votes, suivi de près par Sumar, le parti de Yolanda Díaz, qui a fait ses débuts dans les baromètres avec un vote estimé à 10,6%, devant Podemos, qui est passé de 7,1 à 6,7%. Si le débat de la campagne électorale des communales et régionales est centré surtout sur les effets de la sécheresse et sur la polémique sur la légalisation de puits dans les environs du Parc National de Doñana, principalement, la politique internationale est au centre des échanges entre acteurs de la classe politique espagnole pour le scrutin de décembre prochain.

Têtes d’affiche
La présidence espagnole du Conseil de l’Union européenne, qui s’étendra du 1e juillet 2023 au 1er janvier 2024, est un élément clé dans ce débat électoral. L’un des défis de la présidence tournante de l’Espagne sera de régler le contentieux judiciaire sur les accords Maroc-UE en matière d’agriculture et de pêche, invalidés par la cour européenne. Concernant l’accord de pêche, l’Espagne est le plus grand bénéficiaire. Le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez ne ménage d’ores et déjà aucun effort notamment pour soutenir le Maroc et sa position sur la question du Sahara, sachant qu’elle est l’intérêt stratégique suprême pour le Royaume. Brouillé avec les institutions européennes, Rabat peut compter sur le soutien de l’Espagne, devenue premier État européen à sortir de la neutralité sur le dossier du Sahara.

Le 8 mai 2023, Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, s’est rendu à Madrid où il s’est réuni avec Pedro Sanchez. La question du Sahara était au menu des entretiens. Depuis la dernière rencontre entre les deux parties, en date du 2 juillet 2021, le dossier du Sahara, qui a connu, le 18 mars 2022, l’annonce du soutien officiel de Pedro Sanchez au plan marocain d’autonomie, est devenu une priorité pour la politique intérieure et étrangère de l’Espagne.

M. Sanchez a d’ailleurs réitéré cette position franche et tranchée le 12 mai à la Maison blanche avec Joe Biden, le président des Etats-Unis. Cette position ne plait pas à toute la classe politique. Pedro Sanchez s’en défend avec véhémence au Congrès des députés. Dans un contexte électoral les têtes d’affiche de l’extrême gauche courtisent les électeurs pro-Polisario en Espagne. Ione Belarra, la secrétaire générale de Podemos et actuelle ministre des Affaires sociales, avait accusé, en avril 2023, lors d’un meeting organisé à Saragosse, le chef du gouvernement Pedro Sánchez de «s’agenouiller devant le royaume du Maroc» et d’«abandonner les frères sahraouis».

Elle avait aussi déploré que la réunion de haut niveau Maroc–Espagne, tenue les 1er et 2 février 2023 à Rabat, ait consacré le soutien de Pedro Sánchez au plan marocain d’autonomie au Sahara. La sénatrice VOX de Ceuta, Yolanda Merelo, s’est demandée, elle, le 5 mai lors de la séance au Parlement, si le gouvernement espagnol allait «poursuivre sa politique d’ouverture des frontières» avec le Maroc. L’élue du parti d’extrême droite a attaqué l’entente maroco-espagnole. Quand, le 13 novembre 2020, les Forces armées royales (FAR) sont intervenues à El Guerguerate pour chasser des milices du polisario, Pablo Iglesias, l’ex-SG du PP, avait montré son hostilité en soulignant sur son compte Twitter que «le Conseil de sécurité dans sa résolution adoptée le 13 janvier 1995 réaffirme son engagement à organiser, sans plus tarder, un référendum libre, juste et impartial pour l’autodétermination du peuple du Sahara occidental…».

Il s’est rapidement racheté. «La politique étrangère est définie par le ministère des Affaires étrangères et le président du gouvernement. Je n’ai pas donné mon avis (…) Je n’ai pas pris position sur cette question car je dois être prudent et je dois être respectueux des compétences de chacun», avait-il déclaré à la presse espagnole. La campagne électorale actuelle donnera un aperçu du nouveau rapport de force politique en Espagne. Si le parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) de Pedro Sanchez monte au perchoir, il aura de fortes chances d’être le premier parti aux élections législatives de décembre 2023. Ce qui lui permettra de poursuivre la mise en oeuvre de la feuille de route de l’accord stratégique avec le Maroc avec à la clé le soutien à la marocanité du Sahara à l’intérieur de l’Espagne et de l’Union européenne.

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