Sahara marocain: Le nouveau gouvernement allemand joue l'apaisement

En tension avec le Maroc depuis une dizaine de mois, Berlin profite du changement d’équipe gouvernementale pour adopter un ton plus conciliant. Faut-il cependant la croire sur parole?

Il faudra bien sûr que les paroles soient suivies d’actes. Mais la sortie de ce 13 décembre 2021 du ministère des Affaires étrangères allemand pour qualifier de “contribution importante” l’initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie dans la région du Sahara est, en soi, une avancée suffisamment significative par rapport au discours hostile à l’intégrité territoriale du Maroc d’il y a quelques mois pour croire à une potentielle détente entre Rabat et Berlin.

Ledit département a même qualifié le Royaume de “pont important entre le Nord et le Sud à la fois politiquement, culturellement et économiquement” et de “partenaire clé de l’Union européenne et de l’Allemagne en Afrique du Nord”. “Le Maroc a lancé de vastes réformes au cours de la dernière décennie. Le pays joue un rôle important dans la stabilité et le développement durable de la région” a-t-il également souligné. Et de citer la Libye, dont, pour rappel, l’Allemagne avait exclu en janvier 2020 le Maroc de la conférence qu’elle y avait dédiée, en mettant en exergue l’“engagement diplomatique” marocain “envers le processus de paix libyen”.

Septième partenaire
Enfin, le ministère des Affaires étrangères allemand a aussi renvoyé à la coopération économique et commerciale, avec par exemple le fait que l’Allemagne constituait, en 2019, le septième partenaire du Maroc en la matière.

Côté marocain, on doit donc certainement se dire que la stratégie de tension entreprise depuis le début de l’année 2021 visà- vis des pays de l’Union européenne (UE), appelés à deux reprises par le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, à sortir de leur “zone de confort” eu égard au Sahara marocain, a été payante. Avant l’Allemagne, l’Espagne avait également fini par adopter un discours conciliant à l’endroit du Maroc, après avoir accueilli à l’hôpital San Pedro de la ville de Logroño le secrétaire général du mouvement séparatiste sahraoui du Front Polisario, Brahim Ghali. Ceci dit, il faut bien noter que le ministère des Affaires étrangères allemand a, en même temps, indiqué que sa “position” sur les provinces sahariennes n’avait “pas changé depuis des décennies”. Et que, dans une certaine mesure, on reste encore dans la logique de la “zone de confort” dénoncée justement par M. Bourita.

Rappelons par ailleurs que dans son dernier discours de la Marche verte du 6 novembre 2021, le roi Mohammed VI avait fait savoir qu’“à ceux qui affichent des positions floues ou ambivalentes, (...) le Maroc n’engagera avec eux aucune démarche d’ordre économique ou commercial qui exclurait le Sahara marocain”. Ce qui, valeur aujourd’hui, continue de valoir pour l’Allemagne.