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Sahara marocain : Madrid revient à la raison

Combien sont-ils encore? Cent quatre-vingt mille? Moitié moins? Impossible à savoir du fait du refus de l’Algérie de les recenser, mais quel que soit le nombre exact des Sahraouis séquestrés dans les camps de Tindouf, dans la wilaya algérienne éponyme, le moins que l’on puisse dire est que le sentiment de gâchis sera toujours mille fois plus fort.

En novembre 2022, cela fera quarante-sept ans que le différend du Sahara marocain aura commencé, quarante-sept ans que ces Marocains auront, sous la fausse menace d’un génocide à venir, été forcés de quitter leur pays, et quarante-sept ans, aussi, que le Front Polisario n’aura toujours pas réussi à établir un État indépendant, à moins de donner du crédit aux reconnaissances sur papier dont la soi-disant “République arabe sahraouie démocratique” (RASD), autoproclamée par lui fin février 1976, bénéficie auprès d’une trentaine de pays généralement peu au fait de la réalité historique et culturelle du Maroc et plus particulièrement de ses provinces méridionales.

En même temps, il suffit de prendre le premier avion pour Laâyoune ou Dakhla, principales villes de la région concernée, pour apprécier de visu le développement que Rabat a, pendant ce laps de temps, réussi à y assurer ainsi que dans le reste des territoires libérés, les vrais, pas ceux auxquels la propagande algérienne fait référence en décrivant la zone tampon située à l’Est du mur de défense marocain.

Même avec l’aide de l’Algérie, qui aurait sans doute, en échange, fini par faire du Sahara marocain une annexe, le Polisario aurait-il pu faire de même? Aurait-il pu, comme le fait l’État marocain depuis bientôt quarante-sept ans, dépenser 7 dirhams pour chaque dirham de recette, comme le roi Mohammed VI l’avait révélé dans son discours de la Marche verte du 6 novembre 2014? Avec les menaces sécuritaires auxquelles fait face depuis la fin des années 1990 le corridor saharo-sahélien, on devrait, plutôt, imaginer le scénario d’un État failli, surtout que pour l’administrer il n’y aurait eu que quelques dizaines de milliers d’hommes, pour un territoire dont la taille atteint tout de même les 266.000km2, soit plus que vingt-quatre pays africains et pratiquement l’équivalent du Gabon.

En somme, rien qui, au plan pratique, milite pour l’établissement d’un nouvel État, qui serait le 196ème mondial, d’autant qu’au niveau de la légalité pure, le Maroc est dans son droit et n’a fait que récupérer, comme il l’avait fait en avril 1956 avec la zone khalifienne, en octobre 1956 avec la ville de Tanger, en avril 1958 avec la région du Cap Juby et en juin 1969 avec l’enclave de Sidi Ifni, des territoires qui lui appartiennent depuis au moins le Xe siècle: rappelons qu’en dehors des liens juridiques reconnus dans son avis consultatif du 16 octobre 1975 par la Cour internationale de justice (CIJ), c’est au nom de l’Empire chérifien que le cheikh Ma El Aïnin avait par exemple déclaré, au tournant du XXe siècle, la guerre sainte au colonisateur espagnol, et que c’est en tant que Marocain revendiqué que le fondateur du Polisario lui-même, à savoir El Ouali Mustapha Sayed, s’était engagé dans la lutte pour la libération des régions sahariennes de Sakia El Hamra et Oued Ed Dahab (faut-il encore préciser qu’il avait été membre, pendant ses années d’études à l’Université Mohammed-V de Rabat, de l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM)?).

Il n’est donc aucune raison objective qui pousserait le Maroc à renoncer au parachèvement de son intégrité territoriale, d’autant que depuis avril 2007 il met sur le tapis une initiative pour la négociation d’un statut d’autonomie qui prévoit que les populations du Sahara marocain gèrent ellesmêmes et démocratiquement leurs affaires à travers des organes législatif, exécutif et judiciaire dotés de compétences exclusives. Avant même que l’Espagne la qualifie de “base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend”, un consensus avait d’ailleurs déjà commencé à se dessiner autour d’elle au niveau international et elle est à chaque fois saluée, depuis que le Maroc la lui a soumise, par le Conseil de sécurité.

De toute façon, le concert des nations sait qu’indépendamment de ce que celles-ci peuvent réellement en penser et pour des considérations géostratégiques au ras des pâquerettes, une séparation du Sahara marocain déstabiliserait non seulement le Maroc mais toute l’Afrique du Nord- Ouest, alors que cette dernière connaît déjà de nombreux foyers de tensions en Libye ou encore au Mali, et il faut à cet égard saluer le Palais pour avoir mis les points sur les i et sommé ses alliés de trancher, de ne plus laisser “ses intérêts supérieurs (...) malmenés”, pour reprendre le mot du dernier discours de la révolution du Roi et du peuple du 20 août 2021. Au Polisario et surtout à l’Algérie, qui le finance, l’abrite, l’arme et le soutient diplomatiquement, de décider à leur tour.

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