Sahara Marocain: Quand John Bolton s'emmêle les pinceaux

L’ancien conseiller à la sécurité nationale de Trump n’est, pour le moins, pas un ami du Maroc, tant s’en faut. Son interview à “El Mundo” lui a donné l’occasion de le rappeler.

John Bolton a, décidément, toujours une dent contre le Maroc. Et l’interview qu’il vient d’accorder à El Mundo et que le quotidien a publiée dans son édition du 20 juin 2021 vient encore le rappeler. Le diplomate américain et éphémère conseiller à la sécurité nationale de son pays sous la présidence de Donald Trump en a en effet profité pour de nouveau déverser tout son fiel à l’encontre du Royaume et en particulier son intégrité territoriale, lui qui, assure-t-il, serait avec le sénateur Jim Inhofe et l’ancien secrétaire d’État du président George H. W. Bush, James Baker, une des trois “personnes occupant des postes importants aux États- Unis qui sont très préoccupées par le Sahara occidental” -au vrai, les trois personnalités US les plus engagées en faveur de la séparation des provinces sahariennes.

Et d’accuser en substance Rabat d’être derrière le blocage du processus de règlement du conflit afférent, du fait qu’elle refuse l’organisation d’un référendum. “Le nom de la mission militaire de maintien de la paix est la Mission des Nations unies pour un référendum au Sahara occidental. S’il n’y a pas de référendum, il n’y a pas besoin de mission militaire,” explique-t-il.

Moment de clairvoyance
Séduisant en apparence, sauf que M. Bolton s’est bien gardé de préciser que s’il était effectivement question au moment du cessez-lefeu, début septembre 1991, d’un référendum d’autodétermination, référendum dont le Maroc avait, au passage, accepté dès fin juin 1981 le principe au XVIIIe sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) à Nairobi, il n’a plus été par la suite question d’une telle consultation en raison du désaccord dû au fait qu’Alger a voulu imposer un corps électoral comprenant uniquement des Sahraouis favorables au séparatisme, en excluant de fait les unionistes, sans oublier les Marocains non-Sahraouis assimilés par la propagande pro-algérienne à des “colons”.

Le Conseil de sécurité a d’ailleurs lui-même subtilement, à partir de juin 2001, donné raison au Royaume en se limitant dans ses résolutions sur le Sahara marocain à se référer à la Minurso comme simple mission de paix; chose que M. Bolton n’ignore certainement pas lui qui se trouvait être à l’époque le numéro 2 de M. Baker, qui n’était autre que l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, dans la région.

A vrai dire, cette partie de la carrière de M. Bolton semble lui être restée en travers de la gorge -comme il l’avait à demi-mot reconnu dans la tribune qu’il avait fait publier le 15 décembre 2020 sur le site du mensuel américain “Foreign Policy” pour rejeter la reconnaissance par M. Trump de la souveraineté du Maroc sur son Sahara-, dans la mesure où elle avait vu les autorités marocaines résister au plan Baker favorable justement au référendum, et l’on peut, partant, mettre sa neutralité en question.

Dans un rare moment de clairvoyance, M. Bolton a toutefois allégué qu’un référendum serait “parfait pour que tout le monde se sauve la face”, en nommant comme parties prenantes le Maroc… et l’Algérie, et aucunement le mouvement séparatiste du Front Polisario. Au moins reconnaît-il donc que c’est une guerre menée par la voisine de l’Est, ce qui, en soi, est un début...