Sahara marocain : Le jeu trouble de Moscou


Alors que le Conseil de sécurité s'apprête en principe à proroger, le 30 octobre 2023, le mandat de la MINURSO, la mission de paix de l'Organisation des Nations unies (ONU) au Sahara marocain, deux pays s'activent désormais au grand jour pour que la résolution qui doit acter la décision donne la part belle à la tenue d'un soi-disant référendum d'autodétermination dans les provinces du Sud. L'un deux est le Mozambique, qui de toute façon avait été dès mars 1976 un des premiers à reconnaître la pseudo "République arabe sahraouie démocratique" (RASD), autoproclamée par le mouvement séparatiste du Front Polisario. Mais l'autre n'est que la Russie.

Certes, la diplomatie russe s'est à différentes reprises, ces deux dernières années, prononcée en faveur d'une consultation référendaire, en réaction à la reconnaissance américaine de décembre 2020 de la souveraineté du Maroc sur son Sahara. Mais elle n'avait jamais ceci dit, à ce jour, demandé à ce que les résolutions du Conseil de sécurité en fassent mention. Légitimant ce revirement de son pays, le représentant permanent de la Russie auprès de l'ONU, Vassili Nebenzia, a invoqué un projet de résolution "déséquilibré", en référence au texte soumis par les Etats-Unis, qui sont traditionnellement les "penholders" en ce qui s'agit des résolutions relatives à la situation concernant le Sahara marocain.

Reste à savoir si la Russie opposera son veto au projet de résolution américain, dont on peut d'ores et déjà deviner qu'il mettra principalement en exergue l'initiative marocaine pour la négociation d'un statut d'autonomie, seule solution réaliste actuellement posée sur la table. Ce que l'on peut croire, c'est qu'au maximum Moscou s'abstiendra, comme elle le fait de toute façon systématiquement depuis avril 2017. Mais quoiqu'il en soit, ce jeu trouble ne sera sans doute pas sans refroidir davantage le Maroc à l'égard de la Russie, à un moment où Marrakech s'apprête à accueillir, après deux années de report, le prochain forum de coopération arabo-russe d'ici la fin de l'année 2023, comme le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, l'avait lui-même indiqué le 9 octobre 2023 au sortir d'entretiens avec le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit.

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