Sahara marocain : A quoi joue l’extrême gauche espagnole?

Le ministre espagnol de la Communication et coordinateur fédéral du parti d’Izquierda Unida a reçu le représentant du Polisario en Espagne et promis d’appuyer le mouvement séparatiste. Aussi bien son président du gouvernement que le Maroc se sont gardés de réagir.

L’extrême gauche espagnole n’avale toujours pas la décision du gouvernement Pedro Sanchez, auquel elle prend part pourtant, de considérer l’initiative pour la négociation d’un statut d’autonomie au Sahara marocain comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend autour de la région. Issu de ses rangs et plus spécifiquement du parti d’Izquierda Unida (IU), dont il est par ailleurs le coordinateur fédéral, le ministre espagnol de la Communication, Alberto Garzon, a reçu dans ses offices à Madrid, le 28 avril 2022, le représentant du mouvement séparatiste sahraoui du Front Polisario, Abdellah Arabi, pour un entretien au cours duquel il a donc pris ses distances avec le pas entrepris par son président de gouvernement et assuré que “Izquierda Unida n’accepte pas ce type de jeux et va faire tout son possible pour rediriger cette situation”.

Tentatives d’intimidation
Une position hostile donc au Maroc et à son intégrité territoriale et qui a deux implications possibles: la première, c’est qu’elle fasse tout bonnement éclater le gouvernement Sanchez, étant donné que M. Sanchez a bien insisté à plusieurs reprises, notamment au cours de sa visite du 7 avril 2022 dans le Royaume, que pour lui la “nouvelle étape” ne pouvait souffrir aucun retour en arrière, c’est ce qu’a prouvé sa résistance aux tentatives d’intimidation de l’Algérie à coups de menaces de fermer le robinet du gaz à l’Espagne; deuxième possibilité, c’est que le propos de M. Garzon soit strictement destiné à la consommation interne au sein d’Izquierda Unida, traditionnellement acquis, à l’instar du reste de l’extrême gauche espagnole, à la séparation du Sahara marocain.

A ce dernier égard, on pourrait rapprocher l’initiative de M. Garzon de celle de novembre 2020 de l’ancien secrétaire général du parti également d’extrême gauche de Podemos, Pablo Iglesias, de faire part de sa désapprobation sur le réseau social Twitter vis-à-vis de l’intervention des Forces armées royales (FAR) au niveau de la zone tampon de Guergarate, à la frontière maroco-mauritanienne, pour en déloger les milices du Polisario qui y bloquaient la circulation des biens et des personnes, avant de faire plus tard machine arrière en déclarant sur la chaîne espagnole La Sexta que “la politique étrangère [de l’Espagne] est définie par le ministère des Affaires étrangères et le président du gouvernement” espagnols, et non donc par lui.

Dans le même sens, on avait également vu le secrétaire d’Etat Podemos aux Droits sociaux, Nacho Alvarez, accueillir fin février 2020 la soi-disant “ministre” sahraouie des Affaires sociales et de la Promotion de la femme, Souilma Birouk, en s’en vantant aussi sur Twitter, avant lui aussi de rétropédaler suite à l’intervention de M. Sanchez et de sa ministre des Affaires étrangères de l’époque, Arancha Gonzalez, à son égard. Sachant que ces “gesticulations” n’ont pas d’impact sur l’appui à la marocanité du Sahara, le Maroc se retient, à chaque fois, de réagir, mais nul doute qu’à un moment sa patience atteindra sa limite...