Sahara Marocain: Antonio Guterres ne trouve toujours pas l'oiseau rare

Le secrétaire général de l’ONU devra contenter à la fois le Maroc et l’Algérie pour son futur envoyé personnel dans les provinces sahariennes. Le pourra-t-il seulement?

Non, le différend opposant le Maroc et l’Algérie autour de la région du Sahara n’est pas encore fini. Certes, les reconnaissances de la marocanité de cette dernière, qui se sont multipliées depuis décembre 2019, et notamment celle du 10 décembre 2020 des États-Unis, ont grandement permis de faire avancer la première cause du Royaume; pour autant des négociations sont toujours nécessaires pour acter la chose eu égard au droit international. Les États-Unis, justement, n’ont d’ailleurs cessé au cours des derniers mois, depuis l’entrée en fonction du président Joe Biden le 20 janvier 2021, d’insister sur la nomination d’un envoyé personnel du secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) au Sahara marocain, plus personne n’occupant le poste depuis la démission en mai 2019 du diplomate allemand Horst Köhler.

Les négociations nécessaires
Le journal électronique américain Axios, dans un article publié le 30 juin 2021, a ainsi révélé qu’au cours d’entretiens qu’il avait eus “plusieurs jours” auparavant avec le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, le coordinateur du conseil national de sécurité US pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Brett McGurk, en aurait de nouveau formulé la demande au chef de la diplomatie marocaine, arguant du fait “de renouveler le processus diplomatique sur la question”. M. McGurk faisait-il spécifiquement référence à la candidature de Staffan de Mistura? Car c’est cet ancien vice-ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de l’Italie (mars 2013-avril 2014), également ancien représentant spécial pour la Mission d’assistance de l’ONU pour l’Iraq (MANUI) de septembre 2007 à juillet 2009 et ancien envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie de mai 2014 à octobre 2018, qui serait le treizième et dernier nom proposé par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, pour lui servir d’émissaire au Sahara marocain, si l’on en croit le propre décompte de M. Guterres, qui au cours de la conférence de presse qu’il a donnée le 2 juillet 2021 en compagnie du président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, à Madrid a révélé que “jusqu’à présent nous n’avons pas l’accord des parties”.

“L’envoyé doit travailler avec eux (les parties, ndlr) pour lancer le dialogue politique,” a-t-il ajouté. Nous avons directement cherché à en savoir plus auprès du cabinet de M. Guterres, mais son porte-parole, Stéphane Dujarric, nous a répondu que “nous n’avons rien à ajouter à ce que le secrétaire général a déjà dit publiquement” et que “que ce soit pour cette nomination ou toute autre nomination de haut niveau, nous ne commentons pas le processus ou les candidatures possibles”. Difficile donc de démêler l’écheveau, d’autant plus que la diplomatie marocaine refuse de communiquer toute information aux médias si ce n’est ceux de l’étranger à l’instar de l’hebdomadaire français Jeune Afrique -où M. Bourita avait même pris, le 4 février 2021, la plume- ou sinon lors des très policées conférences de presse tenues au siège du ministère des Affaires étrangères, et il ne reste donc plus qu’à croire sur parole les médias algériens quand ils assurent que non seulement M. de Mistura est le dernier candidat en date de M. Guterres, mais qu’en plus le mouvement séparatiste du Front Polisario, et donc l’Algérie, l’aurait dès le 29 avril 2021 avalisé.

Le représentant permanent du Polisario auprès de l’ONU, Mohamed Sidi Amar, avait même dit du Maroc le 29 juin 2021, dans des propos relayés par l’agence Algérie presse service (APS), qu’“il maintient le processus de règlement du conflit (...) dans l’impasse”. “Le Maroc n’a pas seulement entravé la mission du SG onusien pour désigner un nouvel envoyé personnel (...) mais a même fixé des conditions préalables qui excluent arbitrairement des pays membres de l’ONU tout comme il a rejeté tout candidat des pays scandinaves, d’Australie, d’Autriche, des Pays-Bas ou de la Suisse,” a-t-il assuré.

Impossible équation
On ne peut bien sûr que mettre en doute la bonne foi du Polisario et, avec lui, de la partie algérienne, qui, comme l’avait confirmé le représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU, Omar Hilale, le 19 avril 2021 dans une lettre aux membres du Conseil de sécurité, avaient eux-même refusé de sanctionner la nomination de l’ancien Premier ministre roumain (décembre 1989-octobre 1991) Petre Roman et de l’ancien ministre d’État portugais des Affaires étrangères (juillet 2006-juin 2011) Luis Amado au prétexte que le premier avait pris part en mars 2018 à Dakhla, au Sahara marocain même, à la quatrième édition du Forum Crans Montana, et que le deuxième avait salué en avril 2007, au cours la XIXème session de la réunion de haut niveau maroco-portugaise, l’initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie.

Mais quelle est donc vraiment, en fin de compte, la position du Maroc quant à M. de Mistura? Estil vrai que lui sont reprochés, comme l’allègue le média électronique Algérie patriotique, de soi-disant accointances avec l’ancien ministre des Affaires étrangères algérien, Ramtane Lamamra -Algérie patriotique appartient, il faut le préciser, à Lotfi Nezzar, fils de l’ancien chef d’état-major de l’armée algérienne Khaled Nezzar, et cède régulièrement à la propagande anti- marocaine? MM. de Mistura et Lamamra se connaîtraient, ainsi, de par leur appartenance commune à l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, qui lui-même est basé en Suède, pays dont on se rappelle qu’il avait eu maille à partir au milieu des années 2010 avec le Maroc après que le gouvernement social-démocrate de Stefan Löfven ait envisagé à un moment de reconnaître la pseudo “République arabe sahraouie démocratique” (RASD). Et à cet égard, il faut aussi signaler que M. de Mistura est lui-même porteur par sa mère de la nationalité suédoise.

Il faudra donc attendre que M. Bourita se prononce et s’en explique officiellement, même si M. Guterres semble, lui, désormais passer outre, puisqu’en incitant à Madrid les parties à accepter son futur envoyé, il a donné l’impression d’être d’ores et déjà en train d’envisager un nouveau candidat qui ne serait plus M. de Mistura.

Qui sera-t-il? En tout cas certainement un oiseau rare, car il devra à la fois contenter le Maroc, pour qui, comme le soulignait le roi Mohammed VI dans son discours de la Marche verte du 6 novembre 2014, “l’initiative d’autonomie est le maximum [qu’il] puisse offrir”, tandis que l’Algérie continue de pousser le Polisario à ne pas renoncer à ses projets séparatistes, quand bien même, comme le confiait au printemps 2019 l’ancien président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, au journaliste palestinien Abdel Bari Atwan, “l’Occident, les Etats-Unis et l’Europe ne veulent pas de l’établissement d’un Etat séparant la Mauritanie et le Maroc géographiquement”. Une impossible équation...