Sahara Marocain: Alger est partie prenante. Point barre

Alors que le différend autour du Sahara marocain boucle cette année 2021 son quarante-sixième anniversaire, il relève presque de l’absurde de devoir à chaque fois rappeler son caractère régional, et plus précisément algéro-marocain. Car croire que ce sont vraiment trois pelés et un tondu séparatistes, ou le soi-disant Front Polisario comme la bande de Tindouf aime à se faire appeler, qui nécessitent depuis donc presque cinq décennies un effort aussi nourri de la diplomatie marocaine participe sinon de la mauvaise foi, du moins d’une affligeante naïveté.

Et pourtant, on semble encore continuer de s’y retrouver, et l’on plaint surtout notre vaillant représentant permanent auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU), Omar Hilale, condamné à presque tout bout de champ à ressasser des vérités historiques qui n’auraient sans doute pas échappé au premier (honnête) chercheur venu. À cet égard, la réponse du berger à la bergère qu’il vient de réserver, dans le cadre du séminaire du Comité onusien spécial de décolonisation que vient d’accueillir du 25 au 27 août 2021 la Dominique, au diplomate algérien Sofiane Mimouni aurait presque eu valeur de redite n’étaient les innombrables faits dont M. Hilale a voulu l’agrémenter afin semblet- il de, définitivement, balayer d’un revers de main la prétendue non-implication du régime algérien dans le conflit saharien.

C’est que profitant du temps de parole qui lui avait été auparavant accordé, M. Mimouni avait insisté que son pays “continuera à soutenir les efforts du secrétaire général des Nations unies et de l’Union africaine pour reprendre les négociations directes entre le Royaume du Maroc et le Front Polisario” et “à assurer son soutien au peuple du Sahara occidental (sic), et à ceux des territoires non autonomes”, mais uniquement à titre “de solidarité envers les peuples et les pays coloniaux”. “L’Algérie n’a jamais été un simple observateur dans la question du Sahara marocain. L’Algérie a, dès le début, été partie prenante dans ce différend,” a, à ce propos, asséné M. Hilale.

Et de rappeler que le 14 novembre 1975, Alger elle-même avait, par le biais de son représentant permanent Abdellatif Rahal, saisi le secrétaire général de l’ONU Kurt Waldheim pour se décréter au même titre que l’Espagne, “puissance administrante”, le Maroc et la Mauritanie “partie prenante et intéressée dans la question du Sahara” -et, bien entendu, nulle mention n’avait été faite, comme l’a éloquemment relevé M. Hilale, du Polisario. Un dessein que la voisine de l’Est avait d’ailleurs fait remettre, à l’aube du siècle, sur le tapis en soumettant l’idée saugrenue de partager le Sahara marocain en deux, la région de Sakia El Hamra revenant au Maroc et celle de Oued Ed-Dahab au Polisario et donc indirectement à elle, et de fait jetant aux orties le principe du droit à l’autodétermination dont elle aime à se prévaloir -le président algérien Abdelaziz Bouteflika fut, en effet, derrière cette proposition faite début novembre 2001 à l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, James Baker.

Et que dire de l’offensive militaire lancée début 1976, sous de faux dehors polisariens, contre les Forces armées royales (FAR), bouclée par l’humiliante défaite de l’armée algérienne aux deux batailles dites d’Amgala au cours desquelles furent, au surplus, capturés de nombreux officiers, y compris un officier trentenaire du nom de Saïd Chengriha, aujourd’hui chef d’état-major (M. Hilale s’est toutefois gardé de faire référence à cet épisode en particulier, ayant d’ores et déjà enfoncé le clou)? D’ailleurs, cette guerre d’agression s’est poursuivie jusqu’à la fin de l’année 2020, avec le blocage pendant 23 jours durant par des milices du Polisario de la circulation des biens et des personnes au niveau de la frontière maroco-mauritanienne, dans la zone de Guergarat… Lesquelles milices ne sont bien évidemment pas tombées du ciel mais se sont, comme l’a souligné M. Hilale, introduites depuis le territoire algérien.

“Qui finance le Polisario? Qui l’abrite sur son territoire? Qui l’arme? Qui l’équipe en missiles, tanks et autres véhicules militaires débarqués au port d’Oran?,” a, à ce titre, martelé M. Hilale. Une seule phrase prononcée, le 13 juillet 2021 à la réunion ministérielle du Mouvement des non-alignés (MNA), par M. Hilale en faveur de l’autodétermination de la Kabylie avait suffi à conduire en moins de cinq jours la junte algérienne à rappeler l’ambassadeur d’Algérie à Rabat, Abdelhamid Abdaoui, avant donc de rompre depuis le 24 août 2021 toute relation: à se demander ce qu’aurait dû être depuis bien longtemps la réaction du Maroc à une atteinte aussi flagrante à son intégrité territoriale...