2 millions de ruraux poussés à l'émigration vers les villes

La banque mondiale lance une alerte sur le réchauffement climatique au Maroc

D’ici 2050, la population urbaine des pays du Maghreb est appelée à croître pour atteindre 77% de la population totale de la région et 52% au Maroc. Dans une trentaine d’années, la part de la population urbaine dans la population totale devrait atteindre les 77%.

Tous les pays d’Afrique du Nord suffoquent sous un dôme de chaleur. Le Maroc n’en fait pas l’exception. Les grandes villes du Maghreb s’acclimatent à ces températures excessives et sont appelées à voir leur population s’accroître du fait du réchauffement climatique.

C’est du moins ce que prévoit la Banque mondiale dans un rapport publié lundi 13 septembre 2021. Centrée sur les migrations internes des pays, l’étude révèle que le réchauffement climatique est déjà à l’oeuvre dans les pays du Maghreb. Les précipitations moyennes durant les mois d’octobre à mars ont régressé ces dix dernières années, en particulier au nord du Maroc, en Algérie et en Libye.

Pour la Banque, les pays d’Afrique du Nord pourraient enregistrer le plus grand nombre de migrants internes par rapport à leur population totale. Dans le cas du Maroc, la migration climatique devrait augmenter d’ici 2050 dans les trois scénarios climatiques envisagés par la Banque mondiale. Le nombre des migrants climatiques est le plus important dans le scénario de référence pessimiste, avec une moyenne de 1,9 million (5,4% de la population totale). Dans le scénario de développement plus inclusif, la projection est de 1,5 million (4% de la population totale), et dans le scénario le plus respectueux du climat, il est de 0,5 million (1,3% de la population totale).

Migrants internes
Dans les deux scénarios à fortes émissions, d’ici 2050, l’étude montre que près de 21% et 52% de tous les migrants internes pourraient être les migrants climatiques, respectivement. Dans le scénario le plus respectueux du climat, les migrants climatiques représentent environ 10% de tous les migrants internes. Des points d’émigration climatique sont projetés d’ici 2050 à Rabat, à Marrakech, à Casablanca et à Safi, et au sud d’Agadir jusqu’à Tiznit et à Tanger. L’exode climatique ralentirait ainsi la croissance de la population dans ces zones. Les rendements agricoles baisseront de 30% à 50%.

Ces migrants climatiques vont renforcer un phénomène déjà en cours: la population rurale se réduira. D’ici une trentaine d’années, la part de la population urbaine dans la population totale devrait donc atteindre les 77%. La raréfaction des pluies devrait se poursuivre avec une baisse attendue de 10% à 20% d’ici 2050. Les températures, elles, pourraient grimper jusqu’à 7 degrés l’été et 4 degrés l’hiver.

Des scénarios et des prévisions qui inquiètent et poussent à réfléchir puisque personne ne sait comment les grandes villes, déjà encombrées et saturées, peuvent supporter la pression de la migration climatique. Cette donne devrait inciter les partis politiques qui formeront dans les jours à venir le futur gouvernement à en faire une priorité pour les cinq ans à venir.