UN ROI ZEN : Mohammed VI, 17 ans de règne

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Au début du règne, certains  s’accordaient à penser que  le nouveau Souverain ne  donnerait pas la même priorité  que son père, feu Hassan II, à la  politique étrangère. Par tempérament,  disait-on: il était peu enclin aux grandmesses  internationales et à la visibilité  médiatique et diplomatique que cellesci  pouvaient avoir; par exigence aussi:  il ne comptait pas non plus asseoir sa  légitimité sur une plus-value puisée au  dehors; mais par choix aussi: il y avait  tant à faire au dedans, l’état des lieux  malgré un actif accusait cependant un  lourd passif, notamment social. C’est  ainsi que, dès les premiers mois de  son règne, il n’a pas donné suite à de  nombreuses invitations de chefs d’État  étrangers désireux de nouer les liens  avec lui.

Pour autant, il a imprimé sa marque  personnelle à la conduite et à la mise  en oeuvre des relations extérieures du  Royaume et ce dans au moins deux directions.  La première a porté sur des  dizaines de visites officielles –d’État  ou de travail– dans des latitudes géographiques  échappant au champ traditionnel:  Asie du Sud-est, Amérique  latine, Moyen-Orient et monarchies  du Golfe et surtout l’Afrique subsaharienne  francophone.

Une clé d’intelligibilité
Autre trait distinctif: comment il a agi  et réagi face à un certain nombre de  situations particulières? tout au long  de l’année écoulée et de celles qui ont  précédé, c’est un style et une méthode  qui se sont affirmés: ils offrent désormais,  si besoin était, une clé d’explication  et d’intelligibilité de la conception  royale de la politique étrangère et de  son mode diplomatique.

Pêle-mêle, citons certaines situations:  brouille avec la France, crise avec la  Suède et l’Union européenne, Ban Kimoon…  Quelle marque commune peut-on y trouver? Ce sont les fondamentaux  qui sont en cause: Souveraineté nationale,  indépendance, intégrité territoriale  et dignité. Le Roi élève le  différend pour le hisser à un niveau  extrême: il n’y a rien à négocier et une  certaine “diplomatie” frileuse, accommodante  n’a pas sa place.

“Diplomatie de crise”
Cette méthode a été souvent qualifiée  de diplomatie de crise, mais elle appelle  une clarification conséquente.  Elle n’est pas une réaction d’humeur;  pas davantage, elle ne méconnaît ni  n’évacue le sens et la portée des décisions  prises; enfin, elle préempte par  avance le périmètre et les termes de  référence d’une “normalisation” souhaitable  et possible. C’est aux autres,  aux acteurs qui ont créé pareille situation  de revoir leur copie et de veiller à  donner des signes forts accompagnés  d’actes concrets pour tourner la page  et repartir sur de nouvelles bases assainies.

C’est d’ailleurs ce qui a fini par arriver.  Des semaines, des mois après, ils  ont repris langue avec le Maroc pour  essayer de trouver les voies et les  moyens de s’inscrire dans un type de  rapport purgé des hypothèques et des  nuisances antérieures. Les uns et les  autres, dans le concert des nations,  dans la région, en Europe, à l’ONU et  ailleurs, sont ainsi formellement avisés  pour “rester dans les clous” et à ne  pas se risquer à des mesures jugées  attentatoires au Maroc. À ses institutions  et à ses intérêts supérieurs.

Leadership moral
Le Maroc, en toutes ces circonstances,  parle d’une seule voix: celle  de son Roi Mohammed VI. Si bien des  nuances –voire des positionnements  et des solidarités– marquent bien des  partis, la politique étrangère est et demeure  consensuelle et elle est l’apanage  du Roi. C’est le seul guide assurant  la primauté de l’intérêt national.  Mohammed VI n’hésite pas; il assume  devant son peuple la responsabilité de  ses décisions.

Quand il considère que Ban Ki-moon  est persona non grata -tout secrétaire  général de l’ONU qu’il est– il sait  qu’il exprime le sentiment unanime du  peuple marocain, lequel ne manquera  pas d’ailleurs de l’exprimer haut et  fort lors d’une manifestation de trois  millions de personnes à Rabat en mars  2016. La particularité en l’espèce, c’est  que le verbe, ici, n’a pas été sollicité,  par exemple, par un grand discours à  la nation de nature à enflammer les  foules et à leur demander de s’exprimer  à la face du monde. Roi-peuple:  à l’unisson, dans un sursaut enflammé,  c’est une seule et même communauté  organique qui se dresse. C’est  cette spéficité-là qui est le fondement et le moteur de l’action diplomatique.  Pas de dissonance ni d’hésitation: le  souffle vient des profondeurs, des  coeurs et des émotions de la nation.  Combien de pays dans la région ou  ailleurs peuvent exciper d’un tel capital  qui donne à la politique étrangère  du Royaume une incontestable valeur  ajoutée?

Mais Mohammed VI, c’est aussi autre  chose: une méthodologie lisible, visible  et féconde. Si les coups d’éclat  sont l’un des traits de son action, le  pragmatisme occupe également une  place importante. Référence est faite  ici à plusieurs axes qui l’expriment et  l’articulent.

Le pragmatisme, c’est d’abord la prise  en compte des réalités telles qu’elles  sont. Avec l’Algérie, depuis longtemps  sans doute, il sait qu’il n’y a rien de  bon à en attendre. Face à un “système”  sclérosé et ossifié même, il  n’escompte aucune avancée pouvant  aller dans le sens d’une normalisation.  Ce qui le conduit à faire l’impasse sur  l’UMA sans pour cela ne pas se préoccuper  d’un bilatéral renforcé avec la  Tunisie et la Libye. Rabat a joué un rôle  dans les négociations de Skhirat entre  les groupes rivaux libyens, lesquelles  ont permis la mise en place d’un gouvernement.  En direction du continent,  c’est “Mohammed VI l’Africain”. Son  leadership moral et politique est reconnu  et apprécié. Cela ne tient pas  à son seul “carnet d’adresses” mais  aussi à ce qui été entrepris dans les  multiples domaines de la coopération  et du partenariat. Ce champ couvre un  large spectre –économique, social, religieux,…-  échappant à celui d’une diplomatie  conventionnelle. C’est aussi  cela la méthode Mohammed VI.

Une méthodologie lisible
Celle-ci se déploie aussi en nouant une  relation avec le Rwanda et son président  Paul Kagamé, reçu au Maroc, le  21 juin 2016, pour une visite officielle  de deux jours. Ce qui s’est passé, le 17  juillet 2016, précisément à Kigali, hôte  du 27ème sommet de l’UA, témoigne  de ce pragmatisme. Le message royal  faisant part du retour du Maroc dans cette organisation continentale qui a  succédé à l’OUA est le point d’aboutissement  d’une action diplomatique  menée depuis des années. Un travail  de sensibilisation a été entrepris  à cet égard, encouragé d’ailleurs par  de nombreux pays africains. Présent,  actif, entreprenant, le Maroc l’était  déjà hors UA; maintenant, il se soucie  d’optimiser cette politique au sein  même de cette UA pour y retrouver sa  place naturelle et contrecarrer l’hostilité  de certains pays à propos de la  question nationale. C’est un grand retour  qui sera acté dans les prochains  mois, suivant la procédure normale. Il  sera optimal parce que le Royaume a  su capitaliser une crédibilité, une solidarité  éprouvée aussi, sans oublier  tout ce qu’il a entrepris pour la stabilité  et la sécurité.

Un grand retour
Cette méthodologie a pu se redéployer  en direction d’autres espaces  géostratégiques. Avec la Russie, la  Chine aussi, que trouve-t-on? La volonté  de nouer des partenariats renforcés,  stratégiques même, distincts  de ceux noués avec des puissances  alliées d’Europe ou encore avec les  États Unis. Le Roi est sans doute attaché  aux acquis liés à des décennies  de relations avec Paris, Washington  ou Madrid par exemple. Mais il sait  quels sont les changements intervenus  dans l’ordre international et il  s’investit dans les mutations et les réarticulations  en marche. Il ouvre des  pistes, définit les axes, y apporte en  même temps son engagement et sa  crédibilité tout en veillant à ce que  l’appareil diplomatique s’active dans  ce sens.

A ses yeux, il fait le “job” en s’imposant  des périples épuisants et multipliés;  à l’intendance de suivre… Par  touches successives, depuis plus  d’une quinzaine d’années, Mohammed  VI a réussi à imposer un style et  une méthode à la politique étrangère.  De la réactivité, de l’opérationnalité,  le cas échéant, de l’habileté  manoeuvrière n’excluant pas la rupture  éventuelle et puis une intuition  marquée à appréhender les opportunités  pouvant s’offrir dans un domaine  comme celui de la politique  étrangère où l’Histoire en mouvement  s’accélère.

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