Des rodéos urbains pour tromper la mort

COURSE DE MOTOS À CASABLANCA

Les courses de motos illégales sont de plus en plus nombreuses à Casablanca. Anarchiques, ces rodéos sur la voie publique causent de nombreux désagréments aux usagers de la route et aux habitants.

C’est devenu une habitude les soirs de week-end, des jeunes motocyclistes se retrouvent pour des courses illégales de motos et ce phénomène s’accentue en période de Ramadan. Les courses de moto dans les artères de Casablanca se multiplient chaque soir après le ftour pour le plus grand malheur des riverains et des automobilistes. Pourtant, ces manifestations sont illégales mais pour la plupart de ces compétiteurs, cela n'a pas d'importance, la nature illicite de ces courses en ville fait partie de leur charme. Ces «fous du guidon» ne se contentent plus de sévir sur l’autoroute, ils envahissent de plus en plus souvent les boulevards les plus prisés de la capitale économique. Le boulevard Zerktouni, le boulevard Anfa ou encore la corniche de Aïn Diab sont le théâtre de démonstrations de vitesse et d’inconscience de la part de ces adeptes de James Dean dans La Fureur de Vivre. Sans casques, protections ni lois, ces jeunes enfreignent les règles établies pour défier leurs camarades et surtout la mort lors de joutes urbaines. Une vie nocturne où se mêlent la passion, la recherche d’adrénaline ou encore l’argent facile même si ces street racers ont surtout besoin de se sentir vivants.

Ils sont généralement âgés entre 16 et 30 ans, fils de bonnes familles. Ils ont les meilleurs engins du moment. Honda CBR 1000, Yamaha YZF R1, Suzuki GSXR 1000, Kawasaki Z1000SX et autres Ducati 1000 Panigale. Ces modèles dépassent allégrement les 300 kilomètres/h. pour les exhiber et tester leur puissance, ils sont à la recherche de concurrents qui aiment la vitesse pure et, bien sûr, le goût du risque. Ils se faufilent au milieu de la circulation avec leurs grosses cylindrées et foncent à une allure vertigineuse défiant le danger à chaque virage, chaque accélération, et même à chaque instant lorsque l’on connaît la manière de conduire des Casablancais, sans parler des taxis.

Le goût du risque
L’important pour ces trompe-la-mort, «c’est de finir premier, doubler et surtout ne pas se faire dépasser. C’est une question de fierté et d’ego!», nous affirme Mehdi, propriétaire d’une Honda CBR 900, et ancien adepte de ce genre de course. «J'ai déjà fait des courses, j'aime la vitesse, ça me procure de l'adrénaline, de l'excitation», souligne notre motard, conscient des clichés qui accompagnent cette passion. «Je sais qu'on peut me prendre pour un fou dangereux. Je n'aime pas le football, moi j'adore les courses de moto».

Comment les organisateurs arrivent-ils à attirer des dizaines de motards pour un rassemblement sauvage, le tout sans se faire repérer par les forces de l'ordre? La réponse est simple, la plupart ont l'information du point de ralliement par le bouche-à-oreille. Il existe également des groupes Facebook «cachés» dans lesquels les amateurs discutent autour de leur passion et se donnent rendez-vous pour des runs sauvages.

Puissantes machines
La conduite dangereuse est de mise dans ce genre rodéo et pour arriver le premier, rien de mieux que de se doter des plus puissantes machines sur le marché. A haute vitesse, les accidents sont donc très fréquents. Il est courant que le conducteur s’encastre dans un mur, un arbre ou une voiture garée sur le bas-côté. Mais, plus grave encore, il lui arrive de percuter des voitures en circulation ou des passants, avec parfois des issues tragiques. Ces comportements sur la voie publique ont le don d’agacer riverains et automobilistes et en appellent aux forces de l’ordre pour stopper ce phénomène. Récemment, une campagne a été lancée sur les réseaux sociaux pour dénoncer la dangerosité de ces courses de motos urbaines. Dans la foulée, le 10 mai 2019, les autorités se sont mobilisées et ont effectué une descente au niveau de la corniche de Aïn Diab et ont saisi une dizaine de motos. Mais que peuvent-elles faire d’autre pour sévir plus durement? Pas grand chose, selon Mehdi, pour qui «la police n’a pas les moyens matériels pour rattraper les street racers en pleine course».

Comment tolérer ces courses en ville en toute impunité? Les mauvaises langues disent que les parents de ces acrobates sont tellement puissants qu’aucune autorité ne peut interdire à leurs enfants de «s’amuser». Il est urgent de se pencher sur la question grave de la sécurisation du public lors de ces manifestations dangereuses en plein air. Ces rodéos posent la question de la sécurité et, plus globalement, du danger des courses de motos. Outre l’imprudence, les cas d’incident mécanique peuvent survenir. Les autorités en charge de la sécurité doivent prendre une décision, et vite!.


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