Ridouane Erramdani : "Nous sommes, comme nos accusateurs, des Marocains"


Directement visé lors d’une manifestation de solidarité avec le peuple palestinien tenue le 5 novembre 2023 à Tanger, le journaliste et animateur radio Ridouane Erramdani en profite pour clarifier dans cette interview qu’il nous accorde son point de vue sur la normalisation du Maroc avec Israël à la lumière de l’offensive israélienne en cours depuis le 9 octobre 2023 dans la bande de Gaza.

Comment avez-vous pris la menace proférée à votre encontre le 5 novembre 2023 à Tanger?
Sincèrement, je n’ai pas été surpris par les menaces et les attaques qui m’ont été adressées. Je n’ai pas été surpris parce que dès le début de la guerre de Gaza, il y a plus d’un mois (le 9 octobre 2023, ndlr), les attaques me visant n’ont pas arrêté: tantôt on me taxe de sioniste, tantôt que j’agirais pour le compte d’Israël ou encore que je ne serais pas patriote. Je n’ai pas arrêté d’expliquer et d’attirer l’attention des uns et des autres sur la gravité de tels dérapages.

J’ai dit à plusieurs reprises que ce genre d’accusations est synonyme de fatwa et que n’importe quel citoyen dont le niveau culturel est assez moyen va s’en servir et passer à l’acte. Dès que les attaques me ciblant avaient commencé, j’avais appelé à privilégier le dialogue et le débat. Nous ne sommes pas en guerre entre nous, avais-je dit. Mais rien n’en fut. Résultat, ce qui s’est passé à Tanger et qui relève de la justice. Je remercie le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM ), qui a sorti un communiqué de solidarité avec Ahmed Charai, président du groupe de presse Global Media Holding, et moi-même.


Que pouvez-vous dire à ceux qui vous menacent?
Avant de répondre à cette question, je dois dire que personne n’a le droit de douter de mon patriotisme ou celui du média où je travaille. Ma ligne de conduite aussi bien sur le plan professionnel que personnel a toujours été motivée par mon patriotisme et mon amour pour mon pays. Ceux qui nous attaquent le font pour nous nuire. Ils déforment nos propos et nos déclarations. Et avec les réseaux sociaux, les choses prennent une dimension encore plus grave. Nous sommes, comme nos accusateurs, des Marocains. Nous avons le droit d’exprimer nos points de vue, et celui qui n’est pas d’accord a l’obligation de nous répondre dans le cadre du dialogue et du débat et non par le mensonge pour attiser la haine contre nous et par les anathèmes et les menaces.

On vous reproche d’avoir écrit en gros que le Maroc n’a pas à se mêler de ce qui se passe à Gaza, qu’il a plutôt à concentrer ses efforts sur le Sahara. L’un n’empêche pas l’autre, non?
Le propos que vous évoquez a été extrait de son contexte pour servir la campagne de désinformation nous visant. J’ai écrit cela en réponse aux attaques subies par Ahmed Charai. Ce dernier a écrit son point de vue qu’il a intitulé “Nous sommes tous des Israéliens”. Certains l’avaient accusé de tous les maux et lui en ont voulu parce que selon eux il n’avait pas à parler au nom des Marocains. D’abord ce texte est la position personnelle de M. Charai et ne reflète aucunement celle du groupe de presse et de ses journalistes, y compris ma modeste personne. Ensuite, j’ai dit que M. Charai n’a pas parlé au nom des Marocains, il a utilisé une expression devenue courante, à l’instar de “Nous sommes tous Charlie”. Et il l’a écrit en anglais, dans une publication américaine.

J’ai répondu à ses détracteurs en leur disant ceci: qui vous a mandaté pour dire que le peuple marocain ne veut plus de normalisation des relations avec Israël? Personnellement, j’ai applaudi la normalisation, s’agissant d’une position de l’Etat marocain qui a ses raisons. Cela ne veut pas dire que je ne suis pas pro-palestinien ou que je soutiens Israël. Mais il y a des priorités. En revanche, j’attends après cette crise que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et le Hamas clarifient une fois pour toute leur position par rapport à la marocanité de notre Sahara.

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