Gaz russe: Rida Benbrahim l’homme de l’ombre


Homme d’affaires mystérieux, méconnu dans le milieu économique et médiatique, Rida Benbrahim a réussi à construire un empire présent dans différents secteurs : textile, BTP, Immobilier et agriculture. Sa récente mésaventure dans le secteur pétrolier en échouant à importer le pétrole russe n’est pas passée inaperçue.

Cette histoire de pétrole russe a subitement fait irruption dans le débat public. Elle éclipse pour un moment le grand problème de l’inflation, qui continue à préoccuper les Marocains et les pouvoirs publics. Au coeur de la polémique, les distributeurs pétroliers marocains accusés d’importer du pétrole russe à un prix bas et le revendre aux consommateurs finaux à des prix élevés. Or, ils se sont déjà rempli les poches pendant les deux dernières années en appliquant une tarification importante pour le pétrole à la pompe alors que les prix à l’international ne cessent de baisser (le baril se négocie désormais à 75 dollars contre 130 dollars au moment de l’éclatement de la guerre russo-ukrainienne en février 2022). Les marges bénéficiaires des pétroliers sont ainsi jugées, honteusement, confortables.

Surfe sur la vague du pétrole russe
Devenue un business rentable qui rapporte énormément d’argent, l’importation du pétrole et sa distribution au Maroc attire de plus en plus d’investisseurs. Le dernier groupe marocain à avoir fait une entrée fracassante dans le domaine : BGI Petroleum (Benbrahim Group Investment Petroleum), appartenant au milliardaire Rida Benbrahim, très peu connu dans les milieux des affaires à Casablanca. Installée à Rabat, cette nouvelle entité a vu le jour en mars 2020 avec un capital de départ d’un million de dirhams. Trois ans plus tard, ce capital est porté à 50 millions de dirhams. Normal, pour pouvoir l’exercer, l’activité pétrolière requiert des fonds propres considérables. BGI Petroleum commence par installer un réseau de stations-service un peu partout dans le Royaume.

Baptisées « Yoom », les nouvelles stations- service, une quinzaine pour le moment, se déploient dans la périphérie des grandes villes. Mais l’ambition du groupe est de développer ce réseau pour le porter à 100 stations d’ici cinq ans. La naissance de BGI Petroleum se réalise, selon des sources bien informées, grâce à une autorisation accordée par l’ancien ministre de l’énergie et des mines, Aziz Rabbah, dans le gouvernement de Saad Eddine El Othmani. L’autorisation accordée à Rida Benbrahim faisait alors partie d’un lot d’une vingtaine d’autorisations administratives signées pendant les derniers mois du mandat du gouvernement conduit par le PJD.

Parmi les autres bénéficiaires, le propriétaire de la marque Petrofan qui possède quelques stations-service à Casablanca. Le hic, c’est que les nouveaux distributeurs pétroliers dont BGI Petroleum ne sont pas encore membres du groupement des pétroliers du Maroc (GPM), qui se positionne comme une association professionnelle qui regroupe les majors de la distribution pétrolière au Maroc. Ce qui les met, en quelque sorte, en marge d’un secteur oligopolistique caractérisé par les ententes sur les prix. Mais BGI Petroleum semble ne pas s’en soucier, outre-mesure. Porté par la hausse des prix et les marges confortables réalisées par les concurrents, BGI Petroleum surfe sur la vague du pétrole russe. Il décide d’en importer par deux fois. Le premier bateau, d’une cargaison de 30 000 tonnes, était arrivé au port de Casablanca, mais faute de paiement, le navire a été refoulé. Un deuxième bateau, de la même cargaison, était arrivé, vendredi 7 avril 2023, au port de Mohammedia, mais pour les mêmes raisons financières, le navire prend la direction de la Turquie où un opérateur turc s’est porté acquéreur de la cargaison.


Sanctions économiques et financières
Si les défauts de paiement sont évoqués, ce n’est pas parce que Rida Benbrahim ne dispose pas de fonds nécessaires. Mais c’est à cause des banques marocaines qui ont refusé de réaliser le virement bancaire au profit du fournisseur ruse. Raison invoquée : adossées pour la plupart aux mastodontes financiers français, qui ont imposé des sanctions économiques et financières à la Russie, les banques marocaines misent plutôt sur la précaution et redoutent des représailles de la part des occidentaux. Rida Benbrahim avait pourtant tout mis en oeuvre pour faire venir le pétrole russe sur le territoire national. Outre les fonds propres disponibles, il est le seul opérateur pétrolier national à obtenir la location des bacs de stockage de la Samir de la part du syndic judiciaire de la société. Une faveur à laquelle les plus grands opérateurs de la place n’ont pas pu accéder.

Nouvelles activités
Comment cet homme d’affaires pour le moins inconnu et novice dans le domaine de la distribution pétrolière a pu obtenir ce privilège ? D’aucuns soupçonnent sa proximité avec des personnalités de haut rang qui l’auraient aidé à se faire une place dans le secteur des hydrocarbures. Le milliardaire de Rabat se serait également adjugé les services de l’ancien patron de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), Anas Alami, en tant que conseiller. Contacté par non soins, M. Alami nous confirme intervenir auprès de la famille Benbrahim sur le volet de la gouvernance dans un objectif de constitution d’une holding familiale. Il n’assume donc pas la direction opérationnelle du groupe comme cela a été rapporté par certains médias électroniques qui l’ont présenté comme le directeur général de BGI Petroleum.

Mais avant de s’aventurer dans ce domaine hautement capitalistique, Rida Benbrahim et ses associés sont déjà bien présents dans le milieu des affaires à Rabat. Notamment dans le domaine du textile et la confection qui constituent les activités initiales du groupe qui a vu le jour en 1995 sous le nom de BGI Investment. La holding se dote ainsi rapidement d’un pôle industriel après l’intégration de nouvelles activités comme la menuiserie industrielle et plus récemment l’impression sur tout support.

Le groupe entame ensuite sa diversification. Au début des années 2000, il se lance dans le BTP et la promotion immobilière. De nombreux projets immobiliers, dans le moyen, le haut et le très haut standing, sortent de la terre. Les affaires fleurissent et les projets se multiplient à coups de milliards. Selon une brochure institutionnelle du groupe, le pôle BTP offre des prestations qui s’adaptent à tout type de projet (projets routiers, projets d’habitation et projets touristiques). En parallèle, le pôle immobilier opère sur l’ensemble des segments de l’immobilier en s’appuyant sur une réserve foncière constituée en dix ans sur tout le territoire national.

Parmi les projets phares du groupe, les Résidences Ash-Shams, réalisées sur la route côtière de Harhoura, en face de la mer, à 5 minutes de Rabat. En 2011, BGI Investment se déploie dans l’agriculture avec la mise en place de nombreuses exploitations agricoles et leur réseau spécifique de distribution. Rida Benbrahim aura ainsi construit et monté, en quelques années seulement, un empire économique tentaculaire à la puissance financière forte et l’influence économique redoutable. Mais qui est Rida Benbrahim ? Pour qui roule-t-il ? Et comment a-t-il pu amasser sa fortune ? Des questions qui se posent sur ce mystérieux homme d’affaires très peu connu dans le milieu économique et médiatique.

En réalité, très peu d’informations sur sa personne et son parcours professionnel circulent. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il est né à Midelt en 1974. Il serait issu d’une grande famille de notables très connus dans cette petite ville du Moyen Atlas. Sa famille serait également propriétaire de nombreuses fermes agricoles qui produisent des pommes et des olives, notamment sur la route de Missour. Rida Benbrahim, malgré sa personnalité obscure, a réussi sans aucun doute à marquer le paysage économique national par ses investissements et ses projets multiples qui ne cessent de se développer malgré un contexte économique national et international peu favorable.

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