Une révolution agricole pour faire face à la crise


Ahmed Lahlimi, le haut-commissaire au plan et ancien ministre.


Le constat est alarmant. La crise actuelle est structurelle et nécessite une refonte complète de la politique agricole du Maroc pour assurer la souveraineté et la sécurité alimentaires.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’inflation, sans précédent, atteint les 10,1%. Les prix des produits alimentaires, quant à eux, ont connu une augmentation de plus de 20% sur l’année. C’est ce qu’a annoncé Ahmed Lahlimi, le haut-commissaire au plan et ancien ministre, lors d’un entretien accordé à Médias24. Lahlimi a souligné « que nous devons désormais nous habituer à vivre avec. »

Le constat est manifeste pour le directeur du Haut-Commissariat au Plan. La sécheresse est désormais une réalité structurelle au Maroc. Elle est liée à l'évolution du climat et à la position semi-aride du pays, engendrant une grande sécheresse tous les trois ans en moyenne. De plus, Lahlimi souligne que même lorsque des pluies surviennent, elles sont mal réparties, ne touchant qu'une partie du territoire, principalement le nord et quelques zones dans le sud. Le patron du Hcp avance dès lors qu'il est impérieux de prendre conscience de la nécessité de révolutionner l'agriculture marocaine afin de changer son système de production, visant ainsi la souveraineté alimentaire et la production de biens de consommation courante, tout en cherchant à réaliser des progrès techniques et technologiques pour améliorer les rendements.

 

Ce constat alarmant ne date pas d’aujourd’hui. En effet, SM le roi a déjà souligné en octobre 2021, à l’occasion de l’inauguration du nouveau parlement, en présence du gouvernement Akhannouch « Qu’elle soit sanitaire, énergétique, industrielle, alimentaire ou autre, (la) préservation (de la souveraineté) est devenue l’enjeu d’une véritable compétition qui suscite des réactions fébriles chez certains. (…) Nous appelons à la création d’un dispositif national intégré ayant pour objet la réserve stratégique de produits de première nécessité, notamment alimentaires ». Des revendications qui n’ont, jusqu’aujourd’hui, pas eu de suite. 


Le gouvernement réagit

La réaction du gouvernement marocain aux remarques d’Ahmed Lahlimi n’a pas été des plus chaleureuses. Sollicité pour répondre aux propos d'Ahmed Lahlimi, haut-commissaire au Plan, Mohamed Mehdi Bensaïd, ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, a confirmé que le gouvernement accueillait favorablement les observations émanant du HCP et de Bank Al Maghrib. Toutefois, Bensaid a souligné que les rapports de ces deux institutions sont basés sur des modèles et des analyses économiques propres à chacune. En outre, le ministre a rappelé que le gouvernement, en charge de la gestion effective de l'économie nationale, dispose de ses propres indicateurs, et que sa capacité à gérer des crises imprévues a été saluée par diverses organisations internationales.

Quels solutions ?
Cette sortie médiatique de Lahlimi n’a pas tardé à susciter de vives réactions. Pour Najib Akesbi, économiste et universitaire, contacté par nos soins, cette sortie médiatique « est la bienvenue quoiqu’elle a tardé pour des années ». Akesbi estime que « Lahlimi n’a jamais été aussi direct dans sa critique du plan Maroc vert. Un plan qu’on critique depuis 2008, alors qu’il était sacré pour beaucoup de responsables. Il semble qu’ils prennent enfin connaissance des dégâts de cette politique ».

Maintenant, Akesbi estime que ce ne sont finalement que des paroles et des discours et que la vraie question qui se pose c’est s’il y aura assez de pressions pour que le gouvernement passe enfin aux actes. » Akesbi annonce qu’il faut pousser le gouvernement à se mettre en action et à faire des choix, qui sont totalement contradictoires avec les choix actuels, que ça soit pour la politique Maroc vert ou celle de génération Green qui doit changer radicalement pour joindre l’acte à la parole.

Akesbi explique qu’il est temps d’agir pour atteindre deux critères essentiels : la souveraineté et la durabilité. « Le panier de consommation du Marocain est bien connu, et bien que le pays ne soit certainement pas capable de produire tout ce qu’il consomme, il doit produire tout ce qui est possible, même si cela doit se faire au détriment des productions destinées à l’export. » Quant à la durabilité, Akesbi confirme que la production doit être menée de manière à pérenniser la ressource en eau. « Il ne faut pas arrêter les cultures d’exportation, sauf si elles entrent en conflit avec la production interne et si elles consomment excessivement d’eau. » conclut-il.

Articles similaires