Un réveil tardif ou programmé de l’opposition ?

DES INITIATIVES ET RÉACTIONS À L’ACTUALITÉ POLITIQUE

L’opposition s’active. Pourquoi maintenant? C’est un réveil tardif pour les observateurs et les électeurs avertis. Mais aux yeux de ces formations politiques, c’est un réveil programmé, juste à temps, comme de coutume, pour se démarquer et se positionner avant les échéances électorales.

Les partis politiques de l’opposition, en l’occurrence le PAM et l’Istiqlal et dans une moindre mesure le PPS, mettent le turbo depuis quelques jours. Qui dénonce les micmacs de la machine à nominations du maire pjdiste de Rabat, qui monte au créneau pour s’opposer publiquement à l’autorisation de dragage du sable marin à Larache… Et voilà que l’Istiqlal propose une proposition de loi portant sur les conflits d’intérêt. Personne ne peut discuter la légitimité de telles actions et initiatives, louables par ailleurs, mais une question fuse: pourquoi maintenant après un long silence et une quasi-disparition de la scène politique, fortement remarquée du moins depuis le début de la pandémie du Covid-19?

La réponse est connue: les élections approchent. De bonne guerre! C’est donc un réveil tardif pour les observateurs et les électeurs avertis. Mais, aux yeux de ces formations politiques, c’est un réveil programmé, juste à temps, comme de coutume, pour se démarquer et se positionner avant les échéances électorales. Quand on cherche à comprendre ce regain d’intérêt et cette interaction effective avec l’actualité politique, difficile d’en tirer un enseignement valable.

Dérapages gouvernementaux
Au sujet de la proposition de loi du parti de l’Istiqlal, Noureddine Mediane, président du groupe parlementaire istiqlalien à la Chambre des représentants, nous explique que l’objectif est de donner la portée constitutionnelle à la lutte contre l’enrichissement illicite et le conflit d’intérêt en partant de l’article 36 de la Constitution, qui parle de la bonne gouvernance, donc de la probité et de la transparence. Mais pourquoi maintenant? Est-ce une priorité? A cette question, M. Mediane se détache de la langue de bois et devient direct: «Tout le monde, l’opinion publique marocaine, voire internationale, remarque qu’il y a une sorte d’anarchie au sein du gouvernement. Des paradoxes à n’en pas finir. Un ministre qui est un homme d’affaires, un investisseur, et qui continue de faire fructifier ses affaires, profitant même des marchés publics, ne peut pas pousser dans le sens d’élaborer un projet de loi condamnant le conflit d’intérêt».

Cette réponse, sans détours, dénote d’une opposition à la gestion de la chose publique et aux dérapages gouvernementaux depuis le début de la pandémie. Une position historique certes, mais elle aurait eu un effet patent et un impact réel si elle avait été exprimée et affichée quelques mois auparavant. Quand le gouvernement déraille, l’opposition intervient pour rectifier le tir. C’est l’essence même du jeu démocratique. Or, depuis le début de la pandémie, l’opposition a démontré qu’elle est incapable d’agir ou de réagir et la plupart du temps, elle acquiesce.

Que des décisions gouvernementales impopulaires et irréfléchies soient passés sous silence, sous le regard complice d’une opposition qui se contentait d’observer et d’en commenter quelques-unes de temps à autre en réponse aux sollicitations des journalistes! L’opposition d’aujourd’hui peut bien devenir la majorité au pouvoir demain. Comment cette opposition a-t-elle pu ne pas réagir à la décision gouvernementale d’autoriser l’Aïd (fête du sacrifice) et l’ouverture au public, sans garanties ni contrôle, des marchés de vente du bétail, avec tout ce que cela comportait comme risque de propagation du virus? Comment a-t-elle (sauf quelques réactions au parlement sans lendemain) pu supporter le flou et le manque flagrant de communication du gouvernement et ses décisions prises à la dernière minute ou le soir d’un jour du week-end?

Comment une opposition n’est pas montée au créneau pour demander un impôt sur la fortune à un moment où, d’après même le discours royal du 20 août 2020, l’Etat jette l’éponge car ses dépenses dépassent ses recettes? Ménage-t-elle, donc, au même titre des autres partis de la majorité, les riches dont certains financent généreusement certaines campagnes électorales?

Ecrasante majorité
Et enfin, pourquoi l’opposition a préféré se taire lorsque le gouvernement a décidé d’arrêter les aides accordées aux ménages au moment où celles destinées à certains secteurs d’activités économiques ont été maintenues? Sur le social, personne n’a compris la réaction de l’opposition lorsque la proposition de loi sur les loyers impayés pendant le confinement, proposé par le groupe PJD, et qui a tué dans l’oeuf par manque d’engagement.

Somme toute, majorité ou opposition, c’est la politique de «Mon intérêt d’abord» et de «Après moi le déluge» que pratiquent certaines formations partisanes au moment où d’autres appliquent la politique de l’autruche. A quoi jouent les partis politiques? Quelle image véhiculent-ils à quelques mois des échéances électorales et pendant une crise sanitaire sans précédent? L’intérêt général, de l’écrasante majorité des Marocains, est une formule passe-partout qui entre dans les ingrédients de la communication politique pour produire des discours démagogues, vains. Mais quand il s’agit de choses sérieuses, au moment où il faut jouer le contre-pouvoir, certains partis plus que d’autres s’effacent ou se contentent du minimum qui ne leur ôte pas des privilèges jusque-là acquis.

Au final, la démocratique veut que la sanction vienne par les urnes. Les élections approchent. Mais le scénario se reproduit. Des partis sans programme réel. Et même s’il existe un programme, dans la pratique, le gouvernement n’est pas comptable à la fin de son mandat. Il ne faut donc pas s’étonner de constater que la désaffection politique, notamment chez les jeunes, se renforce au fil des rendez-vous électoraux. Des promesses non tenues, voici le programme partisan auquel les Marocains sont habitués!


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