Réussites juives marocaines dans le monde : Ces ambassadeurs de Sa Majesté

CONSÉCRATION. La communauté juive marocaine résidant à l’étranger comprendrait au moins un million d’âmes. Beaucoup font preuve d’une grande réussite dans leurs domaines respectifs.

En mai 2015, un nouveau gouvernement israélien entrait en fonction. Et comme souvent, depuis la proclamation d’Israël en 1948, une flopée de Marocains y figuraient. Sur vingt-sept ministres, au moins cinq sont originaires du Royaume: Miri Regev, à la Culture et au Sport; Aryé Déry, à l’Economie et au Développement du Néguev et de la Galilée; David Azulai, aux Affaires religieuses; Eli Ben-Dahan, délégué à la Défense; et Yitzhak Cohen, délégué aux Finances. C’est dire le poids de la communauté marocaine dans le pays. Actuellement, environ 800.000 Marocains vivraient en Israël, d’après un guide publié en mars 2016 par le gouvernement marocain. C’est près d’un dixième de la population.

Pendant longtemps ils souffrirent de discrimination de la part de leurs concitoyens ashkénazes, provenant, eux, d’Europe. Dès 1959, sept ans à peine après le début de l’immigration juive marocaine au ProcheOrient, les Israélo-marocains se révoltèrent contre le sort qu’on leur faisait. Les événements, qui eurent lieu dans la localité de Wadi Salib, non loin de la ville de Haïfa, furent transposés à l’écran en 1979 par le cinéaste franco-israélien Amos Gitai dans son film «Me’oraot Wadi Salib». Ce n’est qu’à partir de 1977, après l’investiture de Menahem Begin en tant que premier ministre, que la situation des Israélo-marocains commença quelque peu à changer. Aujourd’hui, c’est même un Marocain, le lieutenant-général Gadi Eizenkot, qui se trouve être chef d’état-major de l’armée, sans doute l’institution la plus prestigieuse en Israël. Les rabbins marocains font par ailleurs légion.

Grand Rabbin de Jérusalem

Jérusalem, déclarée en 1980 capitale «éternelle et indivisible» d’Israël par la «Knesset», le parlement israélien, eut pendant un quart de siècle pour Grand Rabbin (1978-2003) Chalom Messas, qui auparavant avait officié 29 ans durant à la même fonction dans la ville de Casablanca. De nombreux Israélo-marocains font également carrière dans la culture. Erez Biton, natif de la ville d’Oran, en Algérie, mais dont les parents sont originaires du Maroc, est actuellement considéré comme l’un des plus grands poètes israéliens, si ce n’est le plus grand. L’équipe nationale israélienne de football, les Bleus et Blancs, a comme capitaine depuis 2006 l’Israélo-marocain Yossi Benayoun, qui compte actuellement comme coéquipiers, entre autres, Ofir Marciano et Dor Peretz, également originaires du Royaume.

Mais pour autant, le tableau n’est pas idéal. En septembre 2015, Mordechai Vanunu, qui avait révélé en 1986 l’existence du programme nucléaire israélien, avait mis sur sa marocanité le fait qu’il soit toujours interdit de quitter le territoire israélien, voire ne serait-ce que s’adresser à sa guise à des étrangers, malgré qu’il soit libre depuis 2004 après 16 ans à l’ombre.

Ministre de la Culture en France

«Si j’avais été un Ashkénaze d’un kibboutz (...), j’aurais été bien traité», avait-il dénoncé. Il n’y a cependant pas qu’en Israël que les Juifs marocains réussissent. En France, où ils sont également nombreux, ils comptent beaucoup dans la vie du pays. Depuis février 2016, c’est une Judéo-marocaine, Audrey Azoulay, dont le père n’est autre que l’actuel conseiller du roi Mohammed VI, André Azoulay, qui dirige le ministère de la Culture et de la Communication.

Gad Elmaleh, natif en 1972 de Casablanca, est considéré comme l’humoriste favori des Français. L’animateur de télévision Arthur, de son vrai nom Jacques Essebag, également casablancais, fait partie des visages les plus connus du paysage audiovisuel français (PAF). Il s’est brillamment reconverti par ailleurs, depuis 1998, dans le milieu des affaires. Dans le monde du divertissement toujours, David Guetta est depuis le début de sa carrière en 1990 le disc jockey qui a écoulé le plus de disques au monde. Son père a longtemps dirigé au temps du protectorat espagnol au Maroc (1912-1956) un restaurant dans la ville de Tétouan. En matière de business, on peut par ailleurs citer Patrick Drahi, une des plus grosses fortunes au monde actuellement d’après le bihebdomadaire américain de référence «Forbes», et surtout le cas éloquent de Richard Attias, qui malgré son départ très tôt du Maroc est resté attaché à son pays natal. «Le Maroc est dans mon ADN», nous déclarait-il en 2011 dans «Maroc Hebdo » (lire n°937). Le continent américain compte également une importante communauté juive marocaine. Surtout au Canada, où celle-ci est évaluée d’après certaines sources à 27.000 personnes, principalement dans la ville de Toronto. Mais aussi aux Etats-Unis, où elle contribue fortement à la marche générale du pays. Marc Lasry, natif de la ville de Marrakech, est un des hommes d’affaires les plus en vue actuellement outre-Atlantique.

Ambassadeur des États-Unis

Il a confondé en 1995 «Avenue Capital Group», le plus important fonds d’investissement privé au monde. Il est par ailleurs proche de l’actuel président américain, Barack Obama. En 2013, il était pressenti pour le poste d’ambassadeur des EtatsUnis dans la capitale de la France, Paris. «Milwaukee Bucks», franchise emblématique de la NBA (National Basketball Association), la ligue nord-américaine de basket-ball, lui appartient depuis 2014. Il l’avait rachetée à son ancien propriétaire, l’ancien sénateur (1989-2013) Herb Kohl, pour quelque 550 millions de dollars (près de 4 milliards de dirhams). Des pays d’Amérique du Sud, à l’instar du Brésil et du Vénézuela, sont riches, aussi, de la présence juive marocaine.

Dans l’Amazonie brésilienne existe même depuis 1910 un saint juif marocain, comme il y en a 630 actuellement au Maroc. Un cinquième des Juifs du Brésil, dont la population pourrait atteindre jusqu’à 120.000 âmes d’après la Confédération juive du pays (CONIB), serait d’origine marocaine.

«Last but not least», deux Juifs marocains ont dans l’Histoire remporté le prestigieux prix Nobel: celui de physiologie ou de médecine, en 1983, avec le Vénézuelo-marocain Baruj Benacerraf, et celui de physique, en 2012, avec le Franco-marocain Serge Haroche. «Sa Majesté Hassan II, que Dieu ait son âme, avait eu une anticipation extraordinaire en déclarant que “lorsqu’un Juif quitte le pays, le Maroc perd un résident et gagne un ambassadeur“», rappelle Serge Berdugo. «Aujourd’hui nous vérifions tous les témoignages de cette anticipation.»

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