Réunion de haut niveau Maroc-Espagne: le parfait amour


Cette Réunion de Haut-Niveau après d’innombrables reports est venue consolider l’entente qui a mis fin à une profonde crise diplomatique qui a duré un an pratiquement jour pour jour.

Jeudi 2 février 2023, Rabat. Accompagné d’une importante délégation de ministres, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a co-présidé aux côtés du chef de gouvernement, Aziz Akhannouch, la 12ème session de la Réunion de Haut Niveau (RHN) Maroc-Espagne. Une réunion d’une importance cruciale qui se tient huit ans après la dernière session à Madrid. Placée sous le thème « Un partenariat privilégié, résolument orienté vers l’avenir », elle s’inscrit dans la continuité du partenariat stratégique et de la nouvelle dynamique que connaissent les relations entre les deux Royaumes à la suite de la visite effectuée, le 8 avril 2022, par M. Sanchez au Maroc, à l’invitation de SM le Roi Mohammed VI. 

« Ce rendez-vous renforce l’adhésion du Royaume du Maroc et du Royaume d’Espagne à un processus renouvelé de coopération bilatérale, qui répond à la forte aspiration de SM le Roi Mohammed VI et de SM le Roi Félipe VI à ancrer le partenariat stratégique bilatéral et traduire ses grandes orientations en feuille de route claire, au service des intérêts des deux peuples amis. Dans ce contexte, la visite de Son Excellence Pedro Sanchez dans notre pays, à l’invitation de SM le Roi Mohammed VI, constitue un tournant dans la mise en œuvre de la nouvelle vision des relations entre les deux pays », a affirmé d’emblée Aziz Akhannouch dans son allocution d’ouverture. 

Feuille de route

Il est certain que la relance de cette Réunion de Haut-Niveau après d’innombrables reports est venue consolider l’entente qui a mis fin à une profonde crise diplomatique qui a duré un an pratiquement jour par jour, née de l’entrée secrète en Espagne, le 18 avril 2021, sous une fausse identité, du chef des séparatistes, Brahim Ghali, pour y être soigné du Covid-19. Aussi, cette 12ème session était une opportunité de diligenter la mise en œuvre de la feuille de route tracée en avril 2022. Concrètement, cette réunion de Haut-Niveau répond à toutes les attentes par la signature de 20 accords et mémorandums d’entente bilatéraux. Ceux-ci ont porté sur la coopération en matière de gestion de la migration, du tourisme, des infrastructures, des ressources en eau, de l’environnement, de l’agriculture, de la formation professionnelle, de la sécurité sociale, du transport, de la sécurité sanitaire et de la recherche et développement. 

Aussi, la veille, en marge de cet évènement hautement stratégique, un Forum économique Maroc-Espagne a été organisé, sous la houlette de la CGEM et la Confédération espagnole des organisations entrepreneuriales, au cours duquel le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a annoncé un nouveau protocole de financement de 800 millions d’euros portant sur des projets communs au Maroc. Que du concret ! Dans la même veine, sur un autre registre, le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a révélé que le Maroc et l’Espagne ont pu intensifier leur coopération dans ces deux domaines de la sécurité énergétique et alimentaire. Dans un contexte international complexe, qui connaît l’exacerbation des tensions dues aux différentes crises internationales et leur impact sur les chaînes de production et sur la sécurité alimentaire en raison de l’instabilité énergétique, les deux pays peuvent désormais compter l’un sur l’autre. 

Dans le domaine énergétique précisément, la preuve a été donnée par le renforcement de l’interconnexion électrique et la mise en œuvre du gazoduc maghrébin dans le sens inverse, de l’Espagne vers le Maroc, ainsi que l’adoption de sources d’énergies nouvelles comme l’hydrogène vert. Le tout est basé sur une vision stratégique qui érige le concept de développement durable comme solution d’avenir à même de préserver l’équilibre entre les dimensions environnementale, économique et sociale. 

Pendant 25 ans, le Gazoduc Maghreb-Europe a permis d’alimenter l’Espagne en gaz, en traversant le Maroc. Face à la nouvelle donne géopolitique, l’Espagne a maintenu l’outil disponible et en inversant le flux du gazoduc afin d’alimenter le Maroc en GNL via l’Espagne. C’est dire qu’en réaction au nouveau paradigme de partenariat érigée comme une ligne rouge par le Roi Mohammed VI, fondée sur la transparence et le respect des intérêts mutuels, l’Espagne a bien réagi. Les deux pays écrivent donc une nouvelle page de leurs relations. 

Saut qualitatif 

Sur le plan politique, cette Réunion de Haut-Niveau ne pouvait tomber à un moment plus opportun. Surtout qu’elle se déroule à quelques jours de la Résolution (19 janvier 2023) du Parlement européen sur la situation de la liberté d’expression et de presse dans le Royaume, dénoncée par Pedro Sanchez. D’ailleurs, ce dernier a offert à Rabat le soutien de son pays au Maroc, qui a déjà un «statut avancé» dans l’UE, pour faire un «saut qualitatif» dans ses relations avec l’Union pendant la présidence européenne de l’Espagne, au second semestre de cette année. Une offre qui ne fait que conforter l’attente du Royaume d’un partenaire comme l’Espagne qui partage des liens historiques et culturels séculaires. 

« Les concertations franches et continues autour des différentes questions bilatérales, régionales et internationales, menées sur Hautes instructions de SM le Roi Mohammed VI, ont permis de rapprocher les points de vue à propos de dossiers d’intérêt commun », a déclaré M. Akhannouch. Il a salué, à cet égard, la position de l’Espagne à propos de la première cause nationale, qui soutient le plan d’autonomie dans le Sahara marocain, présenté par le Royaume en 2007 et le considère comme étant la base la plus sérieuse, la plus réaliste et la plus crédible pour le règlement de ce conflit factice. « Une nouvelle ère de nos relations bilatérales s’est ouverte, à travers la position de votre gouvernement concernant nos provinces du Sud.

L’Espagne a eu le courage du réalisme historique. Et pour cela, le Maroc vous rend hommage », s’est-il félicité. En effet, la position positive de l’Espagne sur la première cause marocaine, le Sahara, est restée inchangée, en dépit des agitations d’une certaine classe politique espagnole. Pour sa part, l’Espagne tire profit de ce nouveau partenariat. Pedro Sanchez a évoqué le caractère exceptionnel de cette session, en ce sens « qu’elle est la première du genre depuis 8 ans, mais aussi parce qu’elle intervient après la déclaration conjointe du 7 avril dernier, qui a renforcé la base de l’action commune, faisant observer que les deux pays s’engagent à la transparence et à la communication permanente, tout en privilégiant le dialogue et non le fait accompli ». 

Le voisin ibérique compte énormément sur le Maroc notamment dans la lutte contre l’immigration clandestine. En janvier 2023, les flux migratoires irréguliers vers l’Espagne en provenance du Maroc en tant que pays de transit ont chuté de 69%, comparativement au même mois de l’année dernière. Rien qu’en 2021, l’action du Maroc a empêché 63.000 tentatives d’immigration irrégulière et permis le démantèlement de 250 réseaux de trafiquants et de passeurs de migrants. 

Nouvelle ère 

Le gouvernement espagnol se montre toujours reconnaissant à ce propos. Pour consolider cette coopération fructueuse, le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares a présidé avec son homologue Nasser Bourita la signature de deux mémorandums d’entente, de Coopération triangulaire entre l’Agence marocaine de coopération internationale (AMCI) et l’Agence espagnole pour la coopération internationale au développement (AECI). Un deuxième mémorandum d’entente a été signé entre le ministère des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger et le ministère de l’Inclusion, de la migration et de la sécurité sociale du royaume d’Espagne en matière de gestion des migrations. 

Sur un plan économique et commercial, l’Espagne est aujourd’hui le premier partenaire du Maroc, autant sur les importations que sur les exportations. Le Maroc est le 3ème partenaire commercial de l’Espagne en dehors de l’Union Européenne, après la Chine et les Etats-Unis et la 1ère destination des exportations espagnoles en Afrique et dans le monde arabe. Nos échanges commerciaux ont atteint 17 milliards d’euros en 2021. Sur les 9 premiers mois de 2022, ils étaient en hausse de plus de 21%. Cette dynamique est en constante progression. Depuis une décennie, la valeur de nos échanges commerciaux a augmenté de 8% par an en moyenne, et ils représentent désormais un cinquième des échanges du Maroc avec le reste du monde. 

En 2019, année de référence avant la crise de la Covid-19, près de 700 entreprises à capitaux espagnols étaient implantées au Maroc. Depuis le territoire espagnol, plus de 20.000 entreprises exportent des produits et services vers le Maroc. Sous un autre angle, le stock d’investissements espagnols au Maroc progresse et positionne l’Espagne comme troisième investisseur étranger au Maroc. La marge de progression demeure importante, que ce soit dans l’énergie, les transports, le tourisme ou l’industrie, notamment à l’aune du dispositif prévu par la nouvelle Charte d’Investissement. Huit ans après la dernière session de la Réunion de Haut-Niveau Maroc-Espagne, et au moment où le froid règne sur les relations diplomatiques maroco-françaises, cette nouvelle session vient consolider la nouvelle étape ouverte dans les relations bilatérales. Les deux Royaumes entament une ère nouvelle avec un grand sens de responsabilité et surtout, avec la conviction profonde de l’énorme potentiel qui reste à explorer dans cette relation, au-delà du simple voisinage.

 

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