#Rétro_MEDays Une conversation croisée avec Marc S. Ellenbogen et Mohamed Benchekroun au sujet du conflit du Proche-Orient


Mohamed Benchekroun (à gauche) et Marc S. Ellenbogen (à droite), lors de l'interview avec Maroc Hebdo pendant les MEDays, le 18 novembre 2023. Crédit : Driss Loudiyi.


Comme nous le soulignions dans l'article que nous avons consacré dans notre numéro du 24 novembre 2023 aux MEDays, un léger incident a éclaté au cours du forum suite à des propos tenus par le diplomate américain Marc S. Ellenbogen en défaveur du mouvement palestinien du Hamas. Dans la foulée, les organisateurs ont même dû écourter le panel auquel le concerné participait, alors que des chahuts ont commencé à émaner du public.

Le lendemain du panel « incriminé », Maroc Hebdo a eu l'occasion d'interroger directement M. Ellenbogen mais aussi le chercheur et professeur Mohamed Benchekroun. Les deux étaient alors en plein milieu d'une discussion animée, marquée par désaccord courtois au sujet du conflit du Proche-Orient et de la lecture à en faire.

Dans un premier temps, M. Benchekroun a tenu à poser l'équation dans les termes suivants, celle de « deux États qui sont contraints de vivre et coexister ensemble ». « Israël ne peut vivre en paix qu'avec un État palestinien pleinement souverain, avec Jérusalem-Est pour capitale. Et de même, la Palestine ne peut connaître la paix qu'avec un État israélien légitimé dans la région arabe et méditerranéenne », a-t-il étayé.

Et de pointer du doigt la riposte israélienne à l'attaque du 7 octobre 2023 du Hamas à l'encontre d'Israël, à un moment où la trêve n'avait pas encore été décrétée entre les deux parties. « On ne peut continuer à assister à la mort de civils, de femmes, d'enfants, au nom d'enjeux politiques. La politique est une chose, les tueries en sont une autre. L'urgence est d'arrêter. Il faut trouver un terrain de réconciliation, car ce qui nous unit avant tout, c'est l'humanité, des valeurs universelles, des valeurs de coexistence. Nous devons être à la hauteur de cet enjeu historique », a fustigé M. Benchekroun.

Un point sur lequel M. Ellenbogen ne l'a pas contredit. Il a rappelé l'échec des accords d'Oslo ainsi que celui du sommet de camp David II, au terme desquels Israéliens et Palestiniens s'étaient mis d'accord à s'en tenir à des règles bien fixés. Parmi ces règles, a-t-il indiqué, « le sort des colonies ». « L'accord principal est qu'il n'y aurait plus de nouvelles colonies, mais il y en a eu. Et je critique le gouvernement de M. Netanyahu pour cela », a-t-il confié.


Et c'est là qu'a été mis sur le tapis le principal point de discorde entre MM. Ellenbogen et Benchekroun, à savoir que le premier cité, tout en reconnaissant qu'il est « sûr que certains ne ser[aient] pas d'accord avec [lui] et ressentir[aient] de la colère », en référence à ce qui s'était passé la veille, a exprimé l'idée que « le Hamas n'[était] pas représentatif de tous les Palestiniens », ce qui dans sa bouche est revenu à signifier que l'attaque du 7 octobre ne pouvait être lue comme étant une action de résistance palestinienne à l'encontre de la colonisation israélienne et qu'elle était plus à considérer, comme il le dira de façon plus explicite ultérieurement, comme une action terroriste d'un groupe terroriste, en tout cas selon la liste officielle établie par les États-Unis ainsi que d'autres pays occidentaux. D'où le fait que M. Benchekroun ait tenu à réagir à ce propos.

« Le Hamas est une organisation perçue comme terroriste par certains pays occidentaux, et comme un mouvement de libération par certains camps arabes et palestiniens. Ce qui est certain, c'est que le Hamas jouit d'une certaine légitimité aux yeux des habitants de Gaza. Rappelons qu'ils ont été élus démocratiquement en 2006 », a déclaré M. Benchekroun, avant de mettre en cause directement Israël dans la montée en puissance du Hamas mais aussi de l'organisation chiite libanaise du Hezbollah, fruit, à ses yeux, des « actes criminels » et de « l'expansion illégitime » de Tel-Aviv. « La violence engendre la violence, et la justification de ces organisations qui résistent à l'impérialisme et à la colonisation ne serait pas nécessaire sans une posture belliciste de la part d'Israël, dont elle a fait preuve durant de longues décennies », a-t-il estimé, non sans immédiatement, lui aussi, susciter une réaction immédiate de la part de M. Ellenbogen, « pas d'accord (...) sur qui blâmer ou sur la légitimité du Hamas ».

« [Le Hamas] est une organisation que je considère, personnellement, comme terroriste. On peut critiquer certaines actions des Israéliens, mais cela ne change pas ce que le Hezbollah et le Hamas ont principalement fait », a-t-il insisté.

En outre, M. Ellenbogen a pointé du doigt le bilan socioéconomique du Hamas à Gaza, quand bien même il y serait légitime. « Le Hamas a contrôlé Gaza pendant seize ans, et la plupart des gens ne vivent pas mieux qu'il y a seize ans. Si vous voulez gouverner le peuple et le représenter, vous devriez aussi améliorer sa condition, et cela vaut aussi pour le Hezbollah en Syrie », a-t-il souligné. Avant de ponctuer par ce qui, de son point de vue, constitue l'essentiel, à savoir « comment avancer ». « Que l'on puisse justifier qu'Israël ait fait le premier pas, je ne sais pas, mais le fait est qu'il y a eu beaucoup d'erreurs. On peut attribuer la faute à plusieurs parties, mais ce n'est pas la question », a-t-il affirmé.

MM. Benchekroun et Ellenbogen auront toutefois terminé leur interview avec Maroc Hebdo sur un large sourire, les deux hommes partageant l'opinion que « la coexistence des deux États [palestinien et israélien] ne [pouvait] être réalisée que par des partis modérés des deux côtés ».

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