#Rétro_MEDays Appel de Tanger : Pourquoi la « RASD » ne doit plus faire partie de l’UA


Les signataires de l'appel de Tanger lors de leur réunion de suivi du 17 novembre 2023, tenue en
marge des MEDays. Crédit : Institut Amadeus.



La tenue des MEDays, du 15 au 18 novembre 2023 à Tanger, a été l’occasion pour une vingtaine de leaders politiques africains de réitérer l’appel qu’ils avaient lancé une année plus tôt depuis la ville de détroit même en faveur de l’expulsion de la pseudo « RASD » de l’UA. Au vu des arguments en présence qui justifieraient une telle décision de la part de l’organisation panafricaine, le nombre de ces leaders ne devrait certainement pas cesser, à l’avenir, de grossir. Et, éventuellement, d'enclencher la machine.

Ils sont donc désormais cinq de plus : l’ancien ministre en chef et ancien ministre des Affaires étrangères de la Sierra Leone, David J. Francis ; l’ancien ministre des Affaires étrangères de Sao Tomé-et-Principe, Urbino Botelho ; l’ancien ministre des Affaires étrangères du Burundi, Ezéchiel Nibigir ; l’ancien ministre des Affaires étrangères de la Côte d’Ivoire, Albert Toikeusse Mabri ; et l’ancien ministre des Affaires étrangères du Sénégal, Cheikh Tidiane Gadio.

Présents à Tanger en marge du forum MEDays, organisé du 15 au 18 novembre 2023 dans la ville du détroit, ces leaders politiques africains ont joint leur voix à celles de dix-neuf autres de leurs compères également présents dans le Nord du Maroc et qui, au cours des douze derniers mois, avaient initié un appel « solennel » à l’adresse de l’Union africaine (UA) pour expulser la pseudo « République arabe sahraouie démocratique » (RASD) - « l’appel de Tanger », qu’ils avaient été seize au départ à lancer en novembre 2022, parallèlement à la tenue de la précédente édition des MEDays, avant d’être rejoints le 28 janvier 2023 par trois autres personnalités lors d’une réunion de suivi qui s’était déroulée dans la ville de Marrakech.

Dynamique positive

Cela porte donc à vingt-quatre le nombre de signataires ; seuil qui, à en croire des sources consultées par Maroc Hebdo, est amené à être repoussé encore au cours des mois à venir, dans le contexte de dynamique positive sur laquelle surfe la cause nationale du Sahara marocain, avec notamment le recul manifeste qu’enregistre le nombre de pays qui reconnaissent encore la « RASD » (qui n’atteint désormais plus que 18 en Afrique, sur le total de 54 que comporte le continent, tandis que depuis décembre 2021 21 se sont dotés de consulats dans les provinces du Sud, entre la ville de Laâyoune - 9 - et celle de Dakhla - 12 -). « N’étaient dans certains cas de simples problèmes d’agenda, on aurait pu être bien plus nombreux », nous indique-t-on.

L’UA va-t-elle toutefois entendre raison?

Auspices exclusives de l'ONU

Ce qu’il y a tout d’abord lieu de soulever, c’est le fait que la « RASD » continue de siéger au sein de l’organisation panafricaine n’arrange aucunement, tant s’en faut, son impartialité et sa crédibilité en la matière, étant donné qu’en persistant à accorder une place à l’entité séparatiste, autoproclamée en février 1976 par le mouvement du Front Polisario pour revendiquer la partie du Sahara marocain anciennement colonisée par l’Espagne (celle qui comprend les actuelles régions de Laâyoune-Sakia El Hamra et de Dakhla-Oued Ed Dahab), elle laisse clairement à comprendre qu’elles a d’ores et déjà choisi son camp et épousé la thèse d’un État sahraoui qui serait constitué de façon indépendante, alors même que la communauté internationale pose plus que jamais comme prérequis l’aboutissement du processus politique en cours sous les auspices exclusives de l’Organisation des Nations unies (ONU) - le concert des nations tend même de plus en plus, bien au contraire, à favoriser l’initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie comme solution.

Lors de son 31ème sommet, tenu en juillet 2018 dans la capitale mauritanienne, Nouakchott, l’UA avait d’ailleurs elle-même mis en avant, par le biais sa décision 693 qui avait été adoptée à cette occasion, les efforts onusiens, en procédant alors à la mise en place d’un mécanisme africain comprenant la troïka de l'UA, à savoir les présidents sortant, en exercice et entrant de l’UA, ainsi que le président de la commission, et se limitant délibérément à « apporter un soutien efficace » auxdits efforts.

En gros, l’UA est en train, de façon éloquente, de se contredire, et cela, la majorité des chefs d’État africains le savent sans doute pertinemment : rappelons qu’en juillet 2016, 28 d’entre eux avaient, en même temps qu’ils avaient appuyé le retour, acté sept mois plus tard, du Maroc dans les instances africaines, demandé la suspension de la RASD des activités de l’UA et de tous ses organes au motif « de permettre à l’UA de jouer un rôle constructif et de contribuer positivement, aux efforts de l’ONU, pour un dénouement définitif au différend régional sur le Sahara ».

Pétrodollars algériens

Mais il y a plus : au regard de ses attributs, la « RASD » est bien loin de faire figure d’État. Elle n’est dotée ni d’un territoire, ni d’une population, ni encore moins d’un gouvernement effectif. Et, sauf à donner un quelconque crédit à la fiction des « territoires libérés », qui dans la réalité comprennent la zone tampon laissée depuis le cessez-le-feu du 6 septembre 1991 par le Maroc au seul soin de la MINURSO, la mission de paix de l’ONU, la « RASD » se trouve pleinement soumise à la souveraineté d’un autre État, en l’occurrence l’Algérie. A la base, cela aurait dû faire qu’elle n’aurait jamais dû accéder, en novembre 1984, à l’Organisation de l’unité africaine (OUA), l’ancêtre de l’actuelle OUA, étant donné que sa charte énonçait alors de façon nette dans son article IV que « tout État africain indépendant et souverain peut devenir membre de l’Organisation », et donc seuls les États africains qui présentent ces conditions, mais à l’époque l’Algérie avait pesé de tout son poids en pétrodollars pour faire pencher la balance en faveur du Polisario. « L’ancien secrétaire général de l’OUA, Edem Kodjo, était à la solde d’Alger dans cette affaire-là. Il a fait du lobbying, il a enfreint les règles et le serment de l’OUA lui imposant de n’être au service d’aucun pays », relatait, dans une interview qu’il nous avait accordée en février 2017, Abdelouahed Radi, qui avait fait partie de la délégation marocaine présente au 20ème sommet de l’OUA qui avait fait admettre la « RASD » (lire n°1196).

Conçu à la suite de cinq séminaires sous-régionaux que, de mai à octobre 2021, avaient accueillis Nouakchott, Dakar, Accra, Dar es Salam et Kinshasa et adopté lors de la réunion de suivi de Marrakech, un livre blanc intitulé « L’Union africaine et la question du Sahara-Livrable final d’une réflexion intellectuelle panafricaine profonde et inclusive » reprend l’ensemble de ces faits et devrait sans doute achever de convaincre, à l’avenir, davantage de responsables africains de rejoindre l’appel de Tanger.

Liste des actuels signataires de l’appel de Tanger.

- Augusto António Artur da Silva, ancien premier ministre de Guinée-Bissau ;

- Dileita Mohamed Dileita, ancien premier ministre de Djibouti ;

- Martin Ziguélé, ancien premier ministre de la République centrafricaine ;

- Mohamed Abdirizak Mohamud, ancien ministre des Affaires étrangères de Somalie ;- 

- Alpha Barry, ancien ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso ;


- Lutfo Dlamini, ancien ministre des Affaires étrangères d’Eswatini ;

- Jean-Marie Ehouzou, ancien ministre des Affaires étrangères et de la Coopération du Bénin ;

- Fahmi Saïd Ibrahim El Maceli, ancien ministre des Affaires étrangères des Comores ;

- Gbehzohngar Milton Findley, ancien ministre des Affaires étrangères du Libéria ;

- Régis Immongault Tatangani, ancien ministre des Affaires étrangères du Gabon ;

- Francis Kasaila, ancien ministre des Affaires étrangères du Malawi ;

- Luis Felipe Lopes Tavares, ancien ministre des Affaires étrangères du Cap-Vert ;

- Mankeur Ndiaye, ancien ministre des Affaires étrangères du Sénégal ;

- Léonard She Okitundu Lundula, ancien ministre des Affaires étrangères et de l’Intégration régionale de la République démocratique du Congo ;

- Mamadi Touré, ancien ministre des Affaires étrangères de Guinée ;

- Rafael Tuju, ancien ministre des Affaires étrangères du Kenya ;

- Lamine Kaba Badjo, ancien ministre des Affaires étrangères de la Gambie ;

- Lesego Makgothi, ancien ministre des Affaires étrangères du du Lesotho ;

- Patrick Rajoelina, ancien ministre des Affaires étrangères de Madagascar ;

- David J. Francis, ancien ministre en chef et ancien ministre des Affaires étrangères de la Sierra Leone ;

- Urbino Botelho, ancien ministre des Affaires étrangères de Sao Tomé-et-Principe ;

- Ezechiel Nibigira, ancien ministre des Affaires étrangères du Burundi ;

- Albert Mabri Toikeusse, ancien ministre des Affaires étrangères de la Côte d'Ivoire ;

- Cheikh Tidiane Gadio, ancien ministre des Affaires étrangères du Sénégal, initiateur des tables rondes régionales sur le sujet de l’expulsion de la « RASD » de l’UA.

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