RETOUR SUR TERRE

Le gouvernement dément une hausse générale des prix

Quoi de mieux pour apaiser un début de fronde populaire face à la flambée des prix des carburants et des produits alimentaires! Au lieu de calmer les esprits et annoncer des perspectives positives et optimistes, le gouvernement récuse l’inflation des prix.

Contre la flambée générale des prix, et pas seulement à la pompe, le gouvernement ne fait rien. Contre toute attente, il laisse entendre que la hausse des prix est une illusion. Le porte-parole du gouvernement, Mustapha Baitas, a déclaré, jeudi 4 novembre 2021, lors de la conférence de presse tenue à l’issue du conseil de gouvernement, que les prix de la plupart des produits alimentaires ne connaissent pas de hausse et que seuls quelques produits ont connu une augmentation de prix du fait des fluctuations des cours internationaux. Mieux, le ministre de l’Agriculture, Mohamed Sadiki, a renchéri en «rassurant et rassérénant » les ménages marocains que les prix des légumes et fruits connaissent plutôt des niveaux stables ou une baisse par rapport à l’année 2020.

Quoi de mieux pour apaiser un début de fronde populaire face à la flambée des prix des carburants et des produits alimentaires ! Au lieu de calmer les esprits et annoncer des perspectives positives et optimistes, le gouvernement récuse l’inflation des prix.

A se demander si messieurs les ministres font du terrain pour voir de près l’évolution vertigineuse des prix ou se contentent-ils de prendre des décisions sur la base de rapports rédigés dans des bureaux? Le gouvernement s’appuie peut-être sur l’indice du Haut-Commissariat au Plan qui atteste que les prix ont connu une baisse. Qui est mieux au fait de la réalité, le gouvernement, le HCP ou les ménages? On ne gouverne pas sur la base de rapports déconnectés de la réalité.

Le fait que le gouvernement ait libéralisé les prix (à la pompe et autres) en limitant l’intervention du système de la compensation et sans avoir mis en oeuvre un système d’indexation des salaires montre que notre politique économique se soucie plus des indicateurs macro-économiques, et notamment du taux de croissance, que du développement et du développement humain. Il n’y a point de développement sans redistribution équitable des richesses produites par la croissance économique. Bon an mal an, les grandes entreprises et les hommes d’affaires évoluant dans certains secteurs bénéficient d’une exemption partielle ou totale des impôts sans que cela ne soit accompagné d’une création d’emplois significative.

En revanche, en limitant la compensation au gaz, au sucre et à la farine, et en supprimant la subvention des hydrocarbures, l’écrasante majorité des ménages marocains ne reçoivent pas leur part du gâteau et sont abandonnés à leur sort. Cette large frange de la population englobe une classe moyenne surendettée et fragilisée par les impôts et un coût de la vie élevé. Cette classe moyenne agonisante, ou du moins ce qu’il en reste, ne bénéficie pas de services publics de soins hospitaliers et d’éducation de qualité. Elle recourt ainsi au privé, dont les prix n’obéissent à aucune règle ni aucune tutelle étatique, pour combler ses besoins. Du coup, son pouvoir d’achat se réduit comme une peau de chagrin.

La cherté de la vie est un fait implacable au Maroc. Tout responsable digne de ce nom peut se laisser convaincre de ce fait en se débarrassant de son costume et de sa cravate assortie pour faire le tour des marchés et supermarchés. Toute politique économique qui n’a pas d’impact sur la vie de tous les jours des citoyens est bancale. Il va falloir penser au citoyen à revenu limité et qui perçoit encore le SMIG et au citoyen appartenant à la classe moyenne qui honore ses impôts mais qui peine à joindre les deux bouts.

L’économie de marché ne veut pas dire la non-régulation du marché. Car même quand la loi sur la libéralisation des prix des hydrocarbures a été adoptée, elle a contenu un garde-fou: lorsque les prix flambent et deviennent insoutenables pour le citoyen, l’État intervient et compense le reliquat afin de ramener le prix à un niveau raisonnable. Or, avec la flambée des prix à la pompe et depuis l’entrée en vigueur de cette loi, à aucun moment on n’a constaté l’intervention du gouvernement.