Moins d'un mois après l'avoir retirée, le Pérou annonce la reconnaissance de la RASD

La volte-face périlleuse de Lima

Le ministre péruvien des Affaires étrangères, Miguel Rodríguez Mackay, démissionne à la suite du tweet du président Castillo dans lequel il annonce la reconnaissance de la RASD moins d’un mois après l’avoir retirée. Le pays perd ainsi l’appui d’un partenaire stratégique comme le Maroc alors qu’il vit une véritable crise alimentaire.

À peine un mois après avoir annoncé la rupture de ses liens diplomatiques avec l’entité séparatiste du Polisario, le Pérou fait un revirement incompréhensible et reconnait à nouveau la RASD, se privant ainsi d’un partenaire stratégique comme le Maroc et surtout de ses engrais au moment il en a le plus besoin.

Une chose est sûre: au plus haut sommet de l’Etat péruvien, il y a une grande crise politique qui ne dit pas son nom. En présentant, vendredi 9 septembre 2022, sa démission au président Pedro Castillo, Miguel Rodríguez Mackay, le ministre des Affaires étrangères péruvien, a évoqué des «divergences », notamment à propos des relations du Pérou avec le Polisario. Avocat de métier, il avait pris ses fonctions le 5 août et remplacé le juriste César Landa. Il était le quatrième chef de la diplomatie en près de 14 mois de présidence de M. Castillo. Sa démission est justifiée par le tweet, le 8 septembre, du président Pedro Castillo dans lequel il a salué dans un tweet le rétablissement des relations diplomatiques «avec la République arabe sahraouie».

La légalité internationale bafouée
Nommé à la tête de la diplomatie péruvienne il y a un mois, le ministre des Affaires étrangères Miguel Rodríguez Mackay avait voulu replacer son pays parmi les leaders régionaux en Amérique du Sud en retirant la reconnaissance de son pays à la RASD. Cette décision de Lima de s’aligner sur la légalité internationale en soutenant la souveraineté du Maroc plutôt qu’un groupe séparatiste armé et déstabilisateur avait été félicitée par la diplomatie marocaine. Rabat avait promis un développement concret des relations entre les deux pays, un approfondissement de la concertation politique, une coopération sectorielle, notamment dans le domaine de l’agriculture et des fertilisants. Cela voulait dire que le Royaume comptait soutenir le Pérou à surmonter la crise alimentaire à laquelle il fait face en lui fournissant des engrais efficaces pour son agriculture.

La crise du covid-19, greffée aux conséquences de la guerre en Ukraine, a provoqué une envolée des prix des fertilisants et des engrais sur le marché international, ce qui a plombé les finances publiques du Pérou, qui importe près de 90% de ses besoins en ces produits. Plus inquiétant, le Pérou est le pays avec la plus grande insécurité alimentaire d’Amérique du Sud, avec 8 millions de personnes qui se trouvent dans cette condition selon la FAO qui note «une augmentation vertigineuse jamais observée auparavant dans le pays» de la malnutrition dans le pays.

Depuis le début de son mandat, le président péruvien Pedro Castillo a mal géré cette crise alimentaire, ce qui n’a pas manqué d’enclencher une autre, politique. Cinq ministres de l’Agriculture et 14 ministres des Affaires étrangères se sont succédé en un peu plus d’un an. Une situation qui traduit l’ampleur de la crise dans ce domaine. Le pays sud-américain a opéré un rétropédalage incohérent sur la question du Sahara, sombrant davantage dans ses crises politique et alimentaire.