LE CHEF DU GOUVERNEMENT DÉNIGRE LES DÉPUTÉS DE L’OPPOSITION

DU RESPECT POUR LES ÉLUS DE LA NATION, SVP !

Il est vrai qu’étant largement majoritaire, le gouvernement ignore trop souvent les remarques des députés de l’opposition. Cependant, celles-ci ne sont pas aussi futiles, comme le prétend M. Akhannouch.


Sans chercher à la sortir de son contexte, pour éviter les attaques foudroyantes des bénioui- oui, la déclaration de Aziz Akhannouch, chef du gouvernement, lundi 10 juin 2024 au Parlement, en guise de réponse aux critiques des députés de l’opposition sur la situation de l’emploi et de l’investissement, inquiète au plus haut degré. « En vérité, ce que vous dites ne nous importe point. Ce qui nous importe, en revanche, ce sont les citoyens.

Parce que ce sont ces derniers qui nous ont porté là où nous sommes, à ce poste de responsabilité », a-t-il lancé à l’adresse des représentants de la nation, l’air contrarié, la voix hachée, le visage crispé et la mâchoire serrée. Comment peut-il proférer des propos pareils ? Sauf s’il est « désigné », et cela nous dépasse ! A-t-il oublié qu’il est député et que son parti le RNI a remporté le plus de sièges au Parlement ? N’est-ce pas ce qui lui a valu d’être nommé chef du gouvernement en septembre 2021 par S.M. le Roi Mohammed VI ?

En dénigrant les députés de la nation, M. Akhannouch a dépassé toutes les bornes. Ce n’est pas ce qu’il a voulu dire, dira-t-on. En tout cas, sa calomnie du rôle de député n’est pas pour autant justifiée. Entre l’intention et la parole, il y a un gap énorme.

A l’entendre, on se permet de penser que la démocratie parlementaire n’est rien de plus qu’un grand théâtre inutile. A tout point de vue, les propos de M. Akhannouch sont navrants. Il est vrai qu’étant largement majoritaire, le gouvernement ignore trop souvent les remarques des députés de l’opposition. Cependant, celles-ci ne sont pas aussi futiles, comme le prétend M. Akhannouch. Le chômage ronge la société marocaine comme un cancer. L’investissement est peu productif. La preuve est qu’il ne pourvoie pas assez de postes d’emplois.


Les citoyens souffrent le martyre d’une inflation galopante qui érode leur pouvoir d’achat et ils ne cessent de s’en plaindre, à qui veut l’entendre. Cela ne suffit-il pas pour que le chef du gouvernement prête une ouïe attentive à leurs doléances par le truchement de ceux qui les représentent à l’hémicycle ? Ne serait-ce que par égard à ces électeurs dont il se targue d’avoir tiré sa légitimité. Autrement, dès qu’on a une majorité gouvernementale confortable, on peut mettre en veilleuse l’institution du Parlement en attendant les prochaines élections.

Sérieux, M. Akhannouch ne dément pas la hausse inquiétante du chômage sous son mandat. Mais il rejette toute la responsabilité sur les gouvernements précédents, une pratique courante et un recours facile dont l’élite politique ne se prive pas chaque fois que les résultats déçoivent.

On attendait beaucoup de Sir Akhannouch, surtout après deux mandats successifs d’un gouvernement dirigé par le PJD et dont les réalisations n’ont pas été reluisantes, le moins que l’on puisse dire. D’où d’ailleurs la chute vertigineuse de cette formation politique islamiste, indépendamment des arguments politico-politiciens de quelques ténors de ce parti qui n’ont pas accepté de perdre.

Certes, la nomination du cabinet Akhannouch en octobre 2021 est intervenue dans une conjoncture économique et géopolitique mondiale instable (répercussions de la crise sanitaire du Covid et de la guerre en Ukraine, la sécheresse, la guerre à Gaza et ses incidences sur le transport maritime et par ricochet sur les prix des matières premières…).

Mais cela n’empêche que M. Akhannouch se doit d’écouter et d’agir en faveur des couches défavorisées de la population et d’une classe moyenne fragilisée. Il parviendra à le faire, en partie, en cessant de mépriser les députés de l’opposition, en dépit de leur faiblesse numérique au Parlement.

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