Réseaux sociaux et fake news: les autorités publiques sont-elles responsables ?

Depuis quand un gouvernement passe du temps à commenter et interagir sur les réseaux sociaux?

Les communiqués de presse servent-ils encore à quelque chose (on n’en voit presque plus)? A quoi sert un porte-parole du gouvernement? A quoi servent des responsables de communication adulés et bien payés? Et osons le dire, à quoi sert la presse aux yeux de nos responsables? Ne posez pas la question au Chef du gouvernement ou aux ministres, car ils sont occupés à tweeter et à commenter sur Facebook en réponse aux interrogations des internautes au lieu de répondre aux questions des journalistes. Le spectacle que donnent nos responsables manque de sérieux: les réseaux sociaux sont devenus leur mode de communication privilégié, voire le seul.

Et cette pratique, indigne même d’un petit élu local, encourage et nourrit les fake news. Et ce ne sont pas les exemples qui manquent pour s’en apercevoir. Au début de la propagation de la pandémie du Covid-19 au Maroc, le projet de loi 22.20 relatif à l’utilisation des réseaux sociaux, des réseaux de diffusion et réseaux similaires, dont la mouture adoptée en conseil de gouvernement le 19 mars 2020 a été divulguée le 27 avril 2020, a suscité un tollé général. Alors qu’il vise dans l’apparence à lutter contre les fake news, en vérité, il va aux antipodes de toutes les conventions internationales relatives aux droits de l’Homme et à la liberté d’expression et d’opinion ratifiées par le Maroc.

Noyer l’information
S’il n’a pas été fuité par un membre du gouvernement (ministre pjdiste), le projet de loi 22.20 baptisé par les internautes marocains «la loi bavette», défendu bec et ongles par le ministre ittihadi de la justice, aurait passé quasiment inaperçu, puisque le pays était et est toujours dans un état d’urgence sanitaire. Ses quelques articles (13, 14 et 18) qui ont circulé dévoilent des amendes et des peines d’emprisonnement lourdes (allant de 6 mois à trois ans de prison ferme) pour une simple critique autour de la qualité d’un produit ou du service d’une entreprise.

Peu de temps après, lorsque le tollé avait atteint des niveaux inquiétants, le gouvernement a évoqué, en guise d’échappatoire, une fake news en arguant que la mouture n’est pas définitive et qu’elle a été revisitée. Et dire que l’information est sortie du sein du gouvernement! Depuis, on n’en parle plus. Le projet a été rangé au placard jusqu’à nouvel ordre.

En voici un autre exemple, le plus récent d’ailleurs. Le samedi 27 juin, un communiqué conjoint des ministères de l’Intérieur et de la Santé circule sur les réseaux sociaux. Il informe qu’une nouvelle carte de déconfinement et de retour au confinement concernera 8 villes dès le lundi 29 juin. L’information a été prise pour de l’argent comptant et relayée à large échelle. Il fallait attendre le lundi pour qu’un un démenti tombe. Toujours pas par les canaux officiels. Des sites ont relayé, de source «autorisée» du ministère de l’Intérieur, que le communiqué en question est une fake news. Le soir même du lundi, le Chef du gouvernement confirme le démenti… sur Twitter évidemment!

Depuis le début de la pandémie, rarissimes sont les cas où le gouvernement et ses membres sont passés par les voix officielles de communication. L’intriguant, c’est que la presse marocaine a été sciemment ignorée, sachant qu’elle constitue un relais d’information officielle dans un pays en transition démocratique qui se respecte. Même le Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, a adopté Facebook ou Twitter comme un canal officiel. Son ministre des Transports Abdelkader Amara a fait une série d’annonces sur sa page Facebook et sur Twitter. Parmi elles, la reprise du trafic aérien national et le transport des voyageurs entre les villes à partir de jeudi 25 juin.

Depuis quand un gouvernement passe du temps à commenter et interagir sur les réseaux sociaux? A-t-il tout ce temps libre pour échanger, de surcroît sur des sujets d’intérêt national et qui peuvent être mal interprétés ou interprétés individuellement en fonction des capacités et du degré d’instruction de chacun? C’est le cas de le dire. Et il n’y a qu’une manière pour expliquer cette tendance malsaine, c’est que le gouvernement veut créer plusieurs opinions au sein de l’opinion publique afin de faire noyer l’information vérifiée et maintenir le flou autour de points sensibles. Et par la même occasion –pourquoi pas !- porter un coup de massue à la presse marocaine.


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