Reprise post-covid: Le gouvernement refuse encore de lâcher du lest

En dépit d’indicateurs globalement au vert en comparaison avec ceux des derniers mois et couplés au lancement de la campagne de vaccination anti-Covid-19, les autorités se bornent encore à maintenir le Maroc confiné. Ce qui, bien évidemment, n’est pas sans risque social.

Après plus de deux mois d’attente, la campagne nationale de vaccination contre la Covid-19 était donc lancée le 28 janvier 2021 par le roi Mohammed VI. Le nombre de vaccins disponible se monte, pour l’heure, à 2,5 millions seulement, sur un total de 65 millions commandés depuis le mois d’août par le gouvernement Saâd Eddine El Othmani, mais la confiance semble un tant soit peu revenir au sein de la population quant à la possibilité d’en finir enfin, dans les prochains mois, avec une pandémie qui frappe le pays depuis au moins le 2 mars 2020 -date du recensement du premier cas dans la ville de Casablanca.

Et les opérateurs économiques dans tout cela? Eux aussi suivent bien sûr l’évolution de la situation sur le terrain, sauf qu’en posant la question à droite et à gauche l’on comprend rapidement qu’ils n’ont pas vraiment à coeur de sauter au plafond. “Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué,” résume, à l’évidence dubitatif, le patron d’une entreprise de location de voitures casablancaise dont le business a été lourdement éprouvé par la pandémie -notre interlocuteur nous rapporte une baisse de 85% de son chiffre d’affaires au cours de l’exercice écoulé. Car ce n’est pas la première fois que l’on parle d’un début de reprise.

Comme le ministre de l’Économie, des Finances et de la Réforme de l’administration, Mohamed Benchaâboun, l’a luimême rappelé au cours d’une conférence organisée le 29 janvier par les lauréats marocains d’HEC Paris à Casablanca, le gouvernement El Othmani avait, au départ, parlé d’une “grippette” seulement qui ne durerait pas plus que le temps du printemps 2020.

C’est pour cette raison que les différentes mesures prises, au départ, par le Conseil de veille économique (CVE), installé justement le 11 mars 2020 au niveau de l’Exécutif, n’avaient prévu comme deadline maximale que le mois de juin. Sauf que non seulement on n’en a pas encore fini, mais en plus les autorités n’ont fait, de mois en mois et parfois même toutes les deux semaines, que reconduire l’état d’urgence sanitaire déclaré la première fois le 20 mars 2020, avec son lot de dispositions notamment en termes de distanciation sociale.

Demande de réouverture
Ce qui s’est, concrètement, traduit par une multitude de répercussions sur un nombre de business nécessitant une forme ou une autre de promiscuité, à l’instar des quelque 15.000 hammams et spas nationaux dont les propriétaires viennent de soumettre le 20 janvier une pétition en ligne pour demander à être rouverts. Ces derniers, dans leur pétition, regrettent notamment que, au surplus, leurs salariés n’aient pas pu bénéficier de l’indemnité de chômage temporaire décrétée au cours des premiers mois de la pandémie par le gouvernement, ce qui aurait résulté dans la perte de quelque 12.000 emplois rien qu’à Casablanca.

Globalement, la récession économique se serait portée en 2020 au Maroc, à en croire un rapport de suivi publié le 9 janvier 2021 par la Banque mondiale, à un taux de 6,3%, supérieur de 1,3 point à l’hypothèse retenue par le gouvernement dans son projet de loi des finances rectificative (PLFR) adopté le 20 juillet 2020 par le parlement. Soit plus que la moyenne de -5% enregistrée dans la région MENA (Moyen- Orient/Afrique du Nord). Et cela, toujours selon la Banque mondiale, serait principalement dû aux restrictions par trop sévères décrétées par le gouvernement et dépassant même celles de pays autrement atteints par la Covid-19, à l’instar de l’Espagne et de l’Italie.

On se rappelle d’ailleurs qu’à cet égard, une profonde dissension était apparue au cours du mois de mai 2020 entre le ministère de la Santé, voulant s’en tenir à une gestion purement épidémiologique de la pandémie et s’appuyant sur les taux de contamination et leur progression pour se prononcer pour ou contre le relâchement desdites restrictions, et celui de l’Économie, M. Benchaâboun allant même, le 18 mai à la Chambre des conseillers, jusqu’à contredire M. El Othmani en ouvrant la voie au confinement dès après l’Aïd es- Sghir alors que le Chef du gouvernement s’était prononcé la veille à la même tribune du parlement pour l’option opposée.

Dans sa même intervention face aux lauréats d’HEC Paris, M. Benchaâboun s’était dit confiant quant au fait que la machine économique serait relancée au grand maximum au cours du deuxième semestre de l’année, ce qui laisse croire, in fine, à un assouplissement des mesures sanitaires, prérequis nécessaire dans ce sens. Reste donc aux départements concernés d’actionner la manette et ce dès maintenant, sans attendre que la campagne de vaccination soit terminée comme cela semble le souhait de certaines parties.

Et cela serait d’autant plus légitime que les taux de contamination sont au vert -la barre est désormais redescendue sous le seuil des 1.000 contaminations par jour, presque systématiquement dépassé depuis fin juillet. Autrement, outre les termes purement chiffrés de la croissance, c’est dans une crise sociale sans précédent que pourrait se retrouver le Maroc, sachant que le taux de chômage officiel a frisé, en 2020, les 12%. Crise où, selon certains observateurs, nous nous trouverions d’ores et déjà.

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