LA REPRISE POST-CORONA SERA T-ELLE RICHE EN EMPLOIS?

UNE ÉPIDÉMIE AGGRAVANT DE MANIÈRE SIGNIFICATIVE LES INÉGALITÉS AU SEIN DU MARCHÉ DU TRAVAIL

Il serait naïf de penser que l’économie puisse recréer massivement de l’emploi au lendemain de cette crise sanitaire du Covid-19. Une crise qu’on ne peut réduire à une simple parenthèse, puisqu’elle va durer. Une crise qui s’est caractérisée jusqu’ici par l’arrêt de pans entiers de l’économie, entrainant dans son sillage une chute de l’emploi industriel et agricole et une déstructuration de l’emploi tertiaire. L’investissement rebondira t-il? Rien n’est moins sûr. Or, sans reprise de l’investissement, l’emploi ne sera pas au rendez- vous. L’impact de la crise sur le marché du travail a été tel qu’il faut penser, dès maintenant, à un plan de reprise économique. Pas n’importe quel plan de reprise. Mais un plan de relance riche en emplois. Sans cela, les milliers de licenciements viendront s’ajouter aux souffrances de ces milliers de chômeurs que compte déjà notre pays.

Trois obstacles risquent pourtant de freiner sérieusement cette relance. Le premier est imposé par la situation. Des entreprises de toutes tailles sortiront étrillées par des mois d’arrêt d’activité. Il faut s’attendre, alors, à des faillites et par conséquent à une envolée du chômage en 2020 et 2021.

Le deuxième obstacle réside dans la bipolarisation du marché du travail: d’un côté, des personnes qualifiées dans les nouvelles technologies, la finance, travaillant en partie à distance; de l’autre, des travailleurs peu ou pas formés, et sans perspective de progression professionnelle, dans le bâtiment, le textile, le transport, le commerce ou le tourisme, etc. Au milieu, les catégories intermédiaires, formant ce qu’on appelle la classe moyenne. Classe moyenne de plus en plus mise à mal par le déclassement social.

Cette fracture creuse les inégalités de salaires et de revenus et aggrave les vulnérabilités sociales existantes. Le troisième obstacle est le plus difficile à franchir: changer le regard que les élites politiques et économiques, et une partie de la société, portent sur ces éboueurs, ces caissières, ces soignants, ces agents de sécurité, etc., ceux qui ont «tenu» le Maroc. Répondre à leurs attentes en valorisant leur situation morale et financière, c’est les connaître et les reconnaître. Partant de ce lourd constat, est-il possible, alors, de faire autrement? Oui, si nos décideurs choisissent parmi les options qui existent déjà, celle préconisée, notamment, par l’Organisation internationale du travail (OIT). En effet, cette dernière considère qu’une reprise riche en emplois est seule à même d’assurer une croissance durable et partagée.

Comme l’indiquent ses experts, l’impact de l’épidémie sera probablement inégal, aggravant de manière significative les vulnérabilités et les inégalités existantes. C’est pour cela que dans une phase de reprise, une plus grande attention devrait être accordée au renforcement des politiques d’emploi afin de «soutenir les entreprises et les travailleurs, ainsi qu’à des institutions du marché du travail fortes et à des systèmes de protection sociale complets et correctement financés».


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