REPRISE ÉCONOMIQUE APRÈS L’AÏD AL FITR

COMMERCE À HAUTS RISQUES

Si la réouverture des entreprises industrielles semble actée, en revanche, celle des commerces n’est pas encore établie.

Alors que l’état d’urgence sanitaire a été officiellement prolongé de trois semaines jusqu’au 10 juin prochain, suite à une annonce du Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, lors d’un discours prononcé lundi 18 mai dernier devant le Parlement, voilà que le ministre de l’Economie et des Finances, Mohamed Benchaâboun, demande aux entreprises marocaines de reprendre leurs activités économiques juste après l’Aïd Al Fitr. Le ministre ne précise pas spécifiquement les secteurs d’activité concernés par cette reprise économique mais tout porte à penser que tous les secteurs sont concernés à l’exception, bien entendu, des cafés et des restaurants, dont la décision de réouverture relève du ministère de l’intérieur.

Mohamed Benchaâboun précise néanmoins que les entreprises suspendues par des décisions administratives, rendues par les autorités compétentes, sont exclues de cette reprise. Sont notamment concernées plusieurs entreprises industrielles fermées par le ministère de l’intérieur après avoir été déclarées comme des clusters de contamination du Covid-19.

Si le Chef du gouvernement est sorti par un communiqué laconique, publié mercredi 20 mai 2020, pour préciser que les entreprises habilitées à reprendre leurs activités après l’Aïd Al Fitr sont celles en premier lieu qui respectent les mesures sanitaires pour la protection de leurs salariés et collaborateurs, la décision de cette reprise semble entourée d’un flou total nourri par l’absence de réaction officielle du ministère de l’industrie et de commerce, considéré comme le département de tutelle sur les secteurs industriel, commercial et les services.

Dispositifs sanitaires
Pour certains milieux, la décision de la reprise économique après l’Aïd Al Fitr a été concertée entre plusieurs départements ministériels avec le concours du patronat et certains syndicats. Contacté par nos soins, le directeur de la communication du ministère de l’industrie, du commerce, des services et de l’économie numérique, Taoufiq Moucharraf, indique que le ministère de l’industrie et du commerce et le ministère de la santé ainsi que le ministère de l’emploi sont mobilisés pour accompagner les entreprises à mettre en place les dispositifs sanitaires nécessaires pour protéger leur personnel.

«Pour le secteur industriel, le ministère de l’industrie et du commerce a également prévu, en partenariat avec le ministère de la santé, ainsi que les autorités locales de chaque région, d’organiser des inspections et des contrôles inopinés dans les locaux des entreprises pour superviser la conformité de leurs dispositifs mis en place aux normes sanitaires exigées par les autorités», explique Taoufik Moucharraf.

Ce dernier ajoute que des formations pointues seront organisées au sein des entreprises pour apporter toute la formation nécessaire pour une mise en place efficace des mesures sanitaires. «Lesquelles mesures touchent tous les circuits internes et externes de l’entreprise. C’est-à-dire même les bus de transport du personnel seront redéployés de telle manière à respecter les distances minimales entre les passagers».

En cas de non-respect de ces mesures, des sanctions sont prévues, dont notamment des fermetures qui seront prononcées et appliquées par les autorités locales. Si pour le secteur industriel, les choses sont plus ou moins claires, pour le secteur commercial, en revanche, rien n’est encore établi. «On ne sait pas si tous les commerces vont ouvrir ou non après l’Aïd El Fitr en raison notamment de leur caractère spécifique par le nombre de Marocains qu’ils rassemblent», explique Taoufik Moucharraf.

Reprise progressive
Si les Marocains ne comprennent pas un tel déconfinement économique alors que l’état d’urgence a été prolongé pour préserver leur santé et celles de leurs familles, certaines organisations professionnelles saluent une telle exception. Notamment la Confédération générale des entreprises marocaines (CGEM) qui, par le biais son président, Chakib Alj, évoque une décision rassurante pour le tissu économique.

«Les entreprises et les commerces habilités à opérer ne reprendront que si, et seulement si, toutes les mesures nécessaires à la sécurité sanitaire de leurs salariés et de leurs clients sont scrupuleusement respectées, tout en favorisant le télétravail lorsqu’il est possible», explique-t-il. Il note dans ce sens que la CGEM a mis à la disposition de l’ensemble des opérateurs économiques des guides pratiques pour les accompagner dans la reprise progressive de leur activité ainsi qu’une solution d’approvisionnement et de fourniture d’équipements de protection sanitaire. Mais les organisations syndicales, pour leur part, ne sont pas sur la même longueur d’onde.

Si l’UGTM approuve une telle décision, estimant qu’elle va redynamiser l’économie qui est en arrêt, la FDT, elle, estime qu’elle est générale, inexacte et contraire à la décision de prolonger le confinement sanitaire et pourrait constituer une menace pour l’effort déployé dans la lutte contre la pandémie. Une position qui semble aller dans le sens de l’opinion publique nationale qui craint, à plus forte raison, un scénario catastrophique pour le pays.


Laisser un commentaire

Merci de cocher cette case
X

Télécharger le magazine Maroc Hebdo

Télécharger