Reprise des cultes, deux poids, deux mesures ?

DÉCONFINEMENT EN FRANCE

L’Islam en France revendique, certes, un seul et même référentiel religieux. Mais la communauté n’échappe pas à des paramètres liés aux cultures nationales des pays d’origine.

C’est un gros pavé qu’a lancé le nouveau recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, successeur depuis janvier dernier du Dr. Dalil Boubekeur, en fonctions depuis 1992. Dans un communiqué en date du 5 mai, il exprime sa «stupéfaction» et sa «déception» à propos de revirements inexpliqués du gouvernement français qui est revenu sur sa précédente décision d’interdire la tenue de toute cérémonie religieuse avant le 2 juin 2020. Il relève que cet agenda n’a pas été respecté et que des célébrations d’offices au sein des lieux de culte ont été autorisées à partir du 29 mai. Et d’expliquer que ce changement vise à permettre l’organisation de cérémonies religieuses liées aux fêtes juives et chrétienne de la Pentecôte.

Il demande instamment à ce que la communauté musulmane en France, forte de plus de 5 millions de personnes, bénéficie elle aussi d’une dérogation fixant le 24 mai comme date de célébration des cérémonies religieuses pour tous les lieux de culte, sans exclusion. Ce jour-là correspond probablement à la Fête de l’Aid Al Fitr, clôturant le mois sacré du Ramadan. Ce qui est en cause ici n’est rien de moins qu’un principe d’égalité. Des fêtes religieuses des trois religions se tiennent à quatre jours d’intervalle. Pourquoi les traiter de manière différenciée? La Fête juive Chavouot du 28 au 30 mai. Pour les chrétiens, les fêtes de Pentecôte ont lieu le 31 du même mois. Si un changement a eu lieu au sein de l’exécutif par rapport au calendrier initialement fixé, c’est à la suite de pressions de milieux chrétiens identitaires. Une décision qui a bénéficié à la communauté juive de France mais le culte musulman en a été écarté alors qu’il aurait fallu fixer une date, telle celle du 24 mai, ne pouvant qu’aller au-devant des demandes des représentants des trois cultes.

Grands moments
Pour autant, la position du recteur de la Grande Mosquée de Paris n’a pas le soutien de toutes les composantes des instances représentatives des musulmans de France. Ainsi, Mohamed Moussaoui, président du Conseil Français du Culte Musulman depuis le 19 janvier dernier, ne manque pas de relever que cela a pu «faire naître chez des citoyens un sentiment d’un traitement différencié entre les fêtes religieuses». Mais il ne rejoint pas la position du recteur Hafiz en se prononçant pour «une reprise progressive après le 2 juin». Et de calmer les esprits en appelant les Musulmans à «continuer à vivre sereinement les grands moments du Ramadan et la célébration de l’Aid El Fitr dans les maisons avec leurs familles...» Même tonalité du côté d’autres dirigeants du CFCM, tels Ibrahim Ali ou Abdallah Zekri qui estiment qu’il est préférable que le 2 juin -date de la reprise des cultes- soit maintenue et qu’une réouverture précipitée serait malvenue alors que la pandémie du virus Covid-19 n’est pas encore enrayée.

De telles dissensions au sein des représentants de la communauté musulmane seront certainement prises en compte par les autorités françaises pour faire appliquer les mesures prises. L’Islam en France revendique certes un seul et même référentiel religieux. Mais la communauté n’échappe pas à des paramètres liés aux cultures nationales des pays d’origine, à d’autres interférences extra- maghrébines et à des jeux d’influence. Le président du CFCM, le Marocain Mohamed Moussaoui élu le 19 janvier avait contre lui Chams-Eddine Hafiz, Algérien, qui s’est retiré au dernier moment, officiellement pour assurer un vote “consensuel” et oeuvrer pleinement à ses nouvelles fonctions de recteur de la Grande Mosquée de Paris...


1 commentaire

  • Ahnou

    10 Mai 2020

    A situation exceptionnelle,angle de vue exceptionnel.Pour une fois,la ségrégation anti-musulmans serait positive.La pandémie en France est loin d'être maîtrisée et les musulmans se ruent en grand nombre vers les mosquées quand ce sont des jours de fête ou des vendredis pour la prière solennelle.C'est peut-être mieux comme ça pour eux.Au moins on ne pourra pas dire que la communauté indésirable a contribué à l'accélération des contaminations...Mon propos ,c' est si l'on veut,la consolation de l'étranger sur une terre où il n'a pas intérêt à trop manifester son identité.Si on trouve le raisonnement tordu,c'est qu'on ne s'est pas assez souvent senti dans l'obligation de mâcher le mépris là...bas devant un sourire gêné .

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