Reportage : La fièvre du padel s'empare du Maroc

Au Maroc, le padel connaît un essor impressionnant avec la prolifération des clubs et la multiplication du nombre de joueurs attirés par l’aspect ludique et amusant de ce sport. Prochain objectif à moyen terme: former des pro capables de hisser le drapeau marocain au plus haut niveau international.


Dimanche 28 janvier 2024 au club Oasis City Ball de Casablanca. Sous les applaudissements de plusieurs dizaines de spectateurs, le binôme Fransisco Ramirez Navas-Mohammed Alami, vainqueurs du premier tournoi Padel Pro-Am au Maroc, posent tout sourire aux côtés de leur adversaire en finale, Nacho Payan et Re?da El Amrani. De quoi clôturer en beauté trois jours de compétition et d’apprentissage, mais aussi d’amusement et de bonne humeur autour d’une passion commune: le padel. “C’est un événement à l’initiative de passionnés de ce sport. L’idée est de former des binômes composés chacun d’un joueur amateur marocain et d’un joueur professionnel espagnol, d’où l’appellation Pro-Am, et les faire affronter pour relever le niveau des locaux”, nous explique Sofia Lahlou, organisatrice de l’événement.

Né au Mexique en 1969 avant de se développer dans le reste du monde notamment l’Espagne, le padel est un sport de raquette qui se joue à 4 (2 contre 2). C’est un mélange de tennis et de squash auquel s’ajoutent quelques règles qui lui sont propres. Au Maroc, cette discipline a fait ses premiers pas en 2007 au Cercle amical français de Casablanca (CAFC) qui s’était doté à l’époque de deux cours, les premiers en leur genre au Maroc. “C’était des terrains encadrés par des murs construits, ça change des cours de nos jours avec des murs en verre”, nous raconte Abderrahman, un des premiers Marocains à se mettre au padel.

L’expérience du CAFC restera plus ou moins un cas isolé jusqu’en 2015-2016 où la première vague d’infrastructures de padel démarre et permet de faire connaître cette discipline un peu plus au Maroc. “J’ai commencé à y jouer en 2017 grâce à une amie. Je faisais du tennis avant donc ça m’a beaucoup aidé car les deux sports se ressemblent beaucoup, mais j’ai dû prendre des cours de padel afin de m’habituer aux vitres par exemple et aux dimensions du cour inférieures à celles du tennis”, nous confie Selma Guessous, joueuse de Padel.

À l’instar de cette dernière, la majorité des joeurs de padel au Maroc sont des anciens tennismen et tenniswomen qui ont effectué cette reconversion pour des raisons en lien avec l’âge et l’exigence physique. “Et puis il y a le fait que padel est un très amusant et ludique qui est accessible à tout le monde, il faut juste apprendre des coups qu’on connaissait pas avant comme la chiquita, la bandeja, la víbora, etc”, nous lance Walid Bennani, ancien joueur de tennis qui s’est tourné au padel.

Explosion post-Covid
Ces avantages ont permis au padel de connaître sa deuxième et plus grande vague d’expansion au Maroc avec la phase post-pandémie du Covid-19. “Le nombre de pratiquants a quadruplé depuis 2021”, nous dévoile un gérant de club de padel à Casablanca. Une tendance qui s’est accompagnée par la prolifération des terrains partout et des coachs, en majorité des espagnols. Selon des chiffres officiels, le Maroc compte un total de 90 terrains de padel répartis entre 16 clubs de tennis-padel et 17 structures habilitées dans dix différentes villes. Sur ces 33 établissements, 13 sont concentrés à Casablanca contre six à Rabat et trois à Marrakech.

Pour y accéder, un groupe de quatre joueurs opposé en 2 contre 2 doit débourser en moyenne 400 dirhams pour une partie d’une durée d’une heure, mais ce prix peut varier légèrement d’un endroit à un autre. Pour ce qui est des équipements, il faut prévoir pas moins de 700 dirhams pour la raquette d’entrée de gamme et jusqu’à presque 4000 dirhams pour celles de qualité supérieure. Il faut noter aussi que la durée de vie d’une raquette de padel va de six mois à un an, contre cinq ans pour le tennis avec le changement de cordes. Toutefois, les joueurs peuvent louer des raquettes à chaque séance à des prix aux alentours de 20 dirhams par personne.

Former des pro
Les nouvelles technologies aident aussi dans ce développement. Si le padel se joue obligatoirement à 4, une seule personne peut facilement trouver une partie en consultant des applications dédiées, notamment Sportym. Celle-ci permet de trouver un terrain, réserver un match ou encore gérer son historique de matches, avec des options très avancées. “C’est un sport qui permet de socialiser. Tu peux débarquer, jouer avec un inconnu puis devenir potes au bout d’une heure et demi”, indique Samia, jeune joueuse de padel. “C’est pratique aussi pour le team building au sein des entreprises aussi”, poursuit-elle.

Malgré cet essor, le Maroc ne compte toujours pas de joueurs professionnels de padel sur le plan international. À défaut, le pays compte deux classements “amateurs”. Le plus ancien a été établi par le MPM (Maroc Padel Masters), premier organisme à tenir des tournois de padel il y a environ trois ans à l’initiative de deux Marocains, Mahmoud Menjra et Omar Yacoubi ainsi qu’un coach espagnol, Nacho Payan. Le second classement est l’oeuvre de la Fédération royale marocaine de tennis (FRMT). Celle-ci a d’ailleurs approuvé, lors de son assemblée générale de juin 2023 à Rabat, le placement du padel parmi les sports qu’elle gère. L’instance a mis en place un plan d’action 2023-2024 visant la promotion du padel, qui met l’accent sur la formation d’entraîneurs et le développement et l’homologation des tournois en partenariat avec les clubs.

“On n’a pas de joueurs pro au Maroc car la majorité sont des anciens joueurs de tennis en âge relativement avancé. Pour avoir des pro, il faut commencer avec la nouvelle génération”, nous affirme Omar Fathi, joueur marocain. D’où l’importance du volet de formation des entraîneurs puis après des jeunes talents dès un très jeune âge. Et les premiers signes sont prometteurs: de plus en plus de joueurs inscrivent leurs enfants dans des clubs de padel, nous affirme le gérant d’un établissement à Casablanca. “J’ai remarqué que les petits préfèrent de plus en plus ce sport au tennis”, poursuit-il. Mais pour voir un Marocain briller sur la scène pro internationale, il va falloir patienter pour une quinzaine d’années au moins, et surtout multiplier les initiatives similaires au Padel Pro-Am où les joueurs marocains au potentiel fort, se frottent à des stars internationales.

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