REPORTAGE À LA 25ÈME ÉDITION DU FESTIVAL GNAOUA ET MUSIQUES DU MONDE D’ESSAOUIRA

Reportage au Festival Ganoua d'Essaouira: Des fusions inédites et une ode à la paix

Pour fêter un quart de siècle d’existence, le Festival Gnaoua et Musique du monde a proposé à son public une programmation riche et captivante. Trois jours de fête et de fusion musicale pour chanter et défendre les valeurs humaines.


Il est 16 heures passées de quelques minutes, ce jeudi 27 juin 2024. À l’entrée de la ville d’Essaouira, l’activité inhabituelle est difficile à ne pas remarquer. Dans deux heures, la célèbre parade d’ouverture habituelle qui marque le début du Festival Gnaoua et Musique du monde fera son départ à Bab Doukkala, un des spots emblématique de la médina. D’après Neila Tazi, cofondatrice et productrice de l’événement, cette 25ème édition devrait attirer environ 400.000 festivaliers, soit un record en un quart de siècle d’existence pour cet événement culturel majeur aux dimensions internationales.

Un objectif largement atteignable au vu de ce que nous constatons. Des milliers de personnes de tout âge, des Marocains mais aussi des étrangers venus des quatres coins du monde, prennent d’assaut la corniche de la ville et affluent vers l’ancienne médina, tandis que les automobilistes peinent à trouver un coin pour garer leurs voitures. Mais rien ne peut gâcher la bonne humeur qui règne ici: la température est modérée pour un jour d’été, alors que les puissants alizés endémiques de la ville qui peuvent déranger certains, ont laissé place à un agréable vent doux qui caresse les visages et procure une mystérieuse énergie. On n’a donc qu’une seule envie, celle de se lancer dans une interminable exploration de la ville et de ses murailles et autres joyaux architecturaux, le tout sous les cris des mouettes.

Retour à Bab Doukkala, où c’est la même Neila Tazi que l’on retrouve à la première ligne de la parade musicale, aux côtés d’éminentes personnalités comme André Azoulay, conseiller du Roi Mohammed VI et président-fondateur de l’association Essaouira Mogador, et le ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication, Mohamed Mehdi Bensaid.


Le groupe algérien Labess a retrouvé le public du Festival Gnaoua.


Coup d’envoi haut en couleur
Le cortège richement coloré composé de dizaines de troupes de gnaoua mais aussi d’autres arts folkloriques marocains, déambule à travers les rues de la ville dans une ambiance festive sous les applaudissements de milliers de festivaliers joyeux dont beaucoup sont d’ores et déjà entrés dans la transe gnaoua sous l’effet des guembris, krakebs et autres instruments. “Le Festival Gnaoua est devenu un événement historique témoignant de la singularité et de la diversité de la culture marocaine dans le paysage artistique mondial et une véritable école favorisant les valeurs de tolérance et de coexistence entre les cultures”, insiste Neila Tazi.


Ce coup d’envoi haut en couleur ne sera que le commencement d’un enchaînement d’activités encore plus riches et engageantes tout au long des trois jours du festival. À commencer par le concert d’ouverture sur la scène de Moulay El Hassan, la plus grande du festival, où des milliers de spectateurs ont été transportés dans une autre dimension sous l’effet d’une fusion aussi envoûtante qu’originale de la musique gnaoua, Batucada brésilienne, le Flamenco espagnol et le Zaouli ivoirien, fruit d’une collaboration des Maâlems Hassan Boussou et My Tayeb Dehbi avec la Compagnie Dumanlé, Nino de Los Reyes, Sergio Martinez & Ilê Aiyê.

Ce métissage, partie intégrante de l’ADN de ce Festival et des valeurs qu’il défend depuis ses débuts il y a un quart de siècle, sera le fil rouge du reste de la programmation, ici comme dans les autres scènes, comme celle de la Plage, connue pour son “menu” plus jeune, avec par exemple le retour cette année du groupe Mazagan et son leader Issam Kamal après dix ans. “C’est un festival très spécial pour nous. C’est ici où nous avons fait nos premiers pas comme c’est le cas d’ailleurs pour beaucoup d’autres artistes et groupes marocains de fusion des années 2000s”, témoigne avec émotion à Maroc Hebdo, Issam Kamal. La scène de la plage verra le passage d’autres visages très appréciés par le public, notamment le groupe algérien Labess, grand habitué du festival gnaoua, qui a réussi encore une fois, lors du concert de clôture, à charmer le public avec ses mélodies et ses textes chantant la paix, la tolérance et le vivre ensemble.


Message de paix et de solidarité
Le point d’orgue de cette 25ème édition restera probablement la performance historique de Marwan Abdelhamid, aka Saint Levant, lors du deuxième soir du festival. Dans un contexte marqué par la solidarité planétaire avec la bande de Gaza qui subit depuis plus de 9 mois un véritable génocide mené par l’armée israélienne, le rappeur de 23 ans né à Al-Qods d’une mère franco-algérienne et d’un père palestino- serbe a enflammé la scène Moulay El Hassan. Face à un public complètement acquis à sa cause qui a répété à coeur toutes ses chansons, Saint Levant a envoyé un message fort sur la liberté et la résistance, le tout sur fond d’un mélange séduisant du Rab et du R&B avec les rythmes arabes. La solidarité avec la Palestine s’est manifestée également dans la volet intellectuel du festival.

José Luis Zapatero, ancien président du gouvernement espagnol et grand ami du Maroc, a dénoncé dans son allocution lors de l’ouverture de la 11ème édition du Forum des droits humains, les atrocités commises par Israël à Gaza qu’il a qualifié de “pages noires” dans l’histoire de l’humanité. “On ne peut pas parler d’un monde de paix et de justice, alors que le monde garde le silence face à ce qui se passe en Palestine”, a-t-il martelé. Des propos qui vont de pair avec les valeurs du Festival, qui a réussi encore une fois à attirer des centaines de milliers d’amoureux de la musique, de la vie et de la paix, malgré les appels lancés par certains sur les réseaux sociaux pour boycotter les festivals au Maroc sous prétexte de solidarité avec la Palestine.

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