FAUT-IL RENONCER À LA CHLOROQUINE?

LA FRANCE ABANDONNE L’HYDROXYCHLOROQUINE

Pour l’heure, le Maroc garde la chloroquine dans ses protocoles de soins, tandis que, par précaution, d’autres pays préfèrent ne plus l’utiliser.

Le séisme provoqué par l’étude publiée le 22 mai par la revue médicale britannique The Lancet sur le taux de mortalité induit par l’usage de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine pour traiter le Covid-19 continue de se faire sentir. Et il vient, ce 27 mai, d’atteindre la France, où le gouvernement Édouard Philippe a décidé de ne plus recourir aux deux molécules originellement utilisées contre la malaria suite à une recommandation émise la veille par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), chargé notamment de fournir aux pouvoirs publics français l’expertise nécessaire à la gestion des risques sanitaires et qui avait été préalablement saisi par le ministre de la Santé.

Arythmies cardiaques
Dans ce sens, un décret a été publié, et c’est d’abord et surtout un coup dur pour l’infectiologue et microbiologiste Didier Raoult, qui depuis le 25 février promeut l’association entre l’hydroxychloroquine et l’azithromycine, un antibiotique, contre le Covid-19, en se targuant de résultats spectaculaires.

“Comment voulez-vous qu’une étude foireuse faite avec les big data change ce que nous avons?,” avait d’ailleurs réagi le 25 mai, sur le site de partage de vidéos YouTube, Pr Raoult à l’étude de The Lancet. Car il faut dire que cette dernière contredit totalement ses affirmations: en se basant sur un échantillon de 96.032 patients atteints du Covid-19 et traités dans 671 hôpitaux du monde entier, les auteurs de l’étude, au titre desquels on compte notamment la Harvard Medical School de Boston, aux Etats-Unis, ont révélé que la chloroquine et l’hydroxychloroquine se répercutaient par un taux de mortalité de respectivement 16,4% et 18%, et même de 22,2% et 23,8% quand elles étaient associées à l’azithromycine, contre 9,3% quand les molécules n’étaient pas utilisées.

Et pire encore, des arythmies cardiaques, principalement des fibrillations auriculaires et des tachycardies ventriculaires, ont été observées. Le baromètre Sermo, qui avait recueilli le feedback de médecins de trente pays ayant été confrontés à des cas de Covid-19, avait pourtant fait ressortir que l’hydroxychloroquine, en particulier, était considérée comme le médicament le plus efficace contre la maladie, et depuis le 19 mars les molécules désormais incriminées trouvaient un de leurs principaux promoteurs en la personne du président américain Donald Trump lui-même: ce dernier avait même révélé, le 18 mai, en prendre “depuis quelques semaines” à titre préventif.

Outre la décision du gouvernement français, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait également annoncé, le 23 mai, suspendre les essais cliniques avec la chloroquine et l’hydroxychloroquine lancés sous son égide le 18 mars dans le cadre de son initiative “Solidarité”.

Quid ceci dit du Maroc? Car dès le 23 mars, alors que les études scientifiques n’en étaient encore qu’à leur balbutiement, le ministère de la Santé avait intégré la chloroquine à ses protocoles de soin et l’avait même, ultérieurement, généralisée à tous les patients. Et il semble encore y tenir: le responsable dudit département, à savoir Khalid Aït Taleb, a déclaré au quotidien L’Economiste ce 27 mai que “l’essentiel est que la chloroquine intervient dans l’inactivation virale” -4.978 malades, sur un total de 7.601, ont pour l’heure été guéris. Cela sera-t-il le cas encore dans le futur?.


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