La Renaissance de Berkane, histoire d’une ascension fulgurante

Le club orange remporte sa deuxième coupe d’afrique et se hisse parmi les puissances footballistiques du continent

Rien n’arrête plus la Renaissance sportive de Berkane. Le club orange vient de rafler sa deuxième Coupe de la confédération africaine sur trois finales jouées en l’espace de quatre ans. Une décennie après son montée en élite, le club qui doit son ascension au puissant Fouzi Lekjaa est devenu une phénomène dans le football marocain.

Brahim Bahri est totalement concentré, malgré le lourd poids qui repose sur ses épaules. L’attaquant s’avance vers le point du penalty pour tirer ce qui pourrait être la balle du match et du titre, lors de cette finale de la Coupe de la Confédération africaine. Le penalty est parfaitement transformé: le ballon se loge dans la lucarne, alors que le gardien des Sud-africains d’Orlando Pirates est pris à contre-pied. Ce vendredi 20 mai 2022 soir, la Renaissance sportive de Berkane (RSB) vient de remporter sa deuxième Coupe de la Confédération sur trois finales disputées, le tout en l’espace de quatre ans.

Du jamais vu dans le football marocain, voire africain, pour un club qui évoluait encore dans les divisions inférieures il y a à peine une douzaine d’années. L’exploit provoque une explosion de joie dans la ville de Berkane, où les supporters commencent petit à petit à s’habituer à cette réalité qui se confirme depuis quelques saisons: leur club de coeur représente désormais une véritable puissance footballistique sur le plan continental! Ils n’ont plus rien à envier au Raja ou Wydad de Casablanca, et ils auraient même remplacé les anciennes gloires du ballon rond marocain comme l’AS FAR, le MAS de Fès, entre autres, sur la scène africaine.

Créé en 1938 sous l’appellation de l’Association sportive de Berkane, le club s’est longtemps contenté de jouer les seconds rôles, faisant des allers-retours réguliers entre l’élite et la deuxième division, jouant même parmi les amateurs pour plusieurs saisons. En 1976, le club change de nom et devient l’Union islamique de Berkane, avant de fusionner, cinq ans plus tard, avec un autre club de la ville, la Jeunesse sportive, pour devenir la RSB que l’on connaît actuellement. Le club connaît alors son premier semblant d’“âge d’or”, et devient vice-champion du Maroc lors de la saison 1982-1983 et finaliste de la Coupe du trône en 1987, mais continue toutefois à faire l’ascenseur entre la première et la deuxième division du championnat. La RSB vit alors sous l’ombre de ses voisins de la Mouloudia d’Oujda, club historique considéré, pendant des décennies, comme le premier représentant de la région de l’Oriental.

Mais tout changera en 2009, année où un certain Fouzi Lekjaa est élu président de la Renaissance. Cette dernière n’est jusqu’alors qu’une petite équipe évoluant en deuxième division amateur (4e division) dont personne ne se souvient.

Les joueurs ont à peine de quoi couvrir les frais de déplacement, et disputent leurs matchs sur terre battue. Beaucoup se souviennent d’ailleurs de la célèbre photo du président fraîchement élu, posant à côté du onze de départ de son équipe sur une pelouse de terre, avant le coup de sifflet d’un match amateur. Une décennie plus tard, le contraste est frappant.

Aussitôt débarqué, le nouveau patron du club lance un vaste chantier de restructuration, en commençant par doter le club d’un centre de formation digne de ce nom. Mais c’est surtout au niveau des ressources financières que le club connaît une véritable révolution. Haut fonctionnaire de l’État au ministère de l’Économie et des finances, puis président de la Fédération royale marocaine de football, Fouzi Lekjaa profite de son statut pour attirer les investisseurs et vers son club, ce qui lui permet de réaliser une ascension fulgurante.

Record historique
L’équipe monte en deuxième division à l’issue de la saison 2010/2011, puis en Botola pro la saison d’après. Depuis 2012/2013, la Renaissance de Berkane joue dans la cour des grands, et son nom est plus que jamais associé à celui de Lekjaa, devenu l’homme fort du football dans le Royaume. Les observateurs ne peuvent s’empêcher de faire le parallèle avec d’autres clubs marocains qui ont brillé dans le passé, aidés par leurs présidents qui occupaient des postes clés dans l’appareil du pouvoir. La Renaissance de Settat, avec l’ancien ministre de l’intérieur Driss Basri, le Kawkab de Marrakech, avec Mohamed Diouri, ou encore l’Union de Sidi Kacem, avec le général Ahmed Dlimi. Mais c’est surtout la longévité et la réussite sur le plan continental qui distingue la RSB de ces clubs tombés dans les oubliettes depuis des années maintenant.

Le club compte désormais deux Coupes de la confédération africaine (2020 et 2022) et une finale perdue de justesse face au géant égyptien de Zamalek en 2019. La Renaissance se targue même d’un record historique inégalé, en étant le seul club marocain à n’avoir jamais perdu à domicile en compétitions africaines, après une cinquantaine de matchs. Il faut dire que le petit stade municipal de Berkane et ses 10.000 places est devenu une forteresse imprenable où les grandes écuries africaines comme le TP Mazembe, le Club Sfaxien ou encore le Zamalek ont tous été surclassés.

Un adversaire redoutable
Entre-temps, le club orange remporte également la Coupe du trône 2017/2018, quatre ans après avoir échoué en finale. En championnat, l’équipe est devenue un adversaire redoutable mais peine encore à s’imposer. Outre la saison 2019/2020, où elle a joué le titre jusqu’à la dernière journée, finissant au pied du podium à trois points du champion, le Raja, la RSB se contente du milieu de tableau, oscillant entre la 4e et la 9e places.

Mais cette ascension dérange autant qu’elle plaît. Si le club berkani est devenu un des acteurs principaux de la réussite des clubs marocains en Afrique ces dernières années, justement sous la présidence du même Fouzi Lekjaa de la FRMF, il n’en demeure pas moins que certains fans de la Botola dénoncent une montée en force artificielle et provoquée. “Sans Lekjaa, la RSB n’est rien”, dit-on. Un sentiment d’animosité alimenté par la concurrence acharnée sur le marché des transferts. Les deux géants casablancais du Raja et du Wydad ne sont plus assurés d’attirer les meilleurs joueurs du championnat, alors que la RSB s’impose désormais comme un choix de carrière intéressant aussi bien sur le plan sportif que financier.