Relations Maroc-Asie de l'est : Les pérégrinations de Nasser Bourita en Extrême Orient

Arrivé le 29 mai 2024 à Pékin, le chef de la diplomatie a passé plusieurs jours en Asie de l’Est, au cours desquels il s’est également rendu au Japon et en Corée. Un déplacement qui ne devrait certainement pas rester sans suite, à la faveur de l’embellie que connaissent depuis un certain temps les relations entre le Maroc et les pays en question.


Nasser Bourita et le président chinois Xi Jinping, le 30 mai 2024.


Pékin pour la 10ème Conférence ministérielle du Forum de coopération Chine-États arabes, puis Séoul pour le premier Sommet Corée-Afrique, entrecoupés d’une visite de travail à Tokyo: pour Nasser Bourita, la moisson asiatique a, à l’évidence, été bonne en ce tournant du mois de juin 2024. Et l’on peut sans doute aussi dire qu’inversement, pour les capitales susmentionnées, le satisfecit doit également prévaloir quant au bilan de la tournée que le ministre des Affaires étrangères vient d’y effectuer, dans la mesure où ce tiercé composant les trois grandes puissances actuelles de l’Asie de l’Est cherche, pareillement, depuis belle lurette à se rapprocher du Maroc, nouvelle porte d’entrée privilégiée des investisseurs internationaux lorgnant l’Afrique en particulier.

Car si, politiquement, les relations entre le Royaume d’un côté, et la Chine, le Japon et la Corée de l’autre surfent déjà sur une dynamique positive, avec notamment une neutralité que l’on pourrait qualifier de “pro-marocaine” à l’égard du différend autour de la région du Sahara -neutralité réitérée le 31 mai 2024 par la ministre japonaise des Affaires étrangères, Yoko Kamikawa, en marge de ses entretiens avec Nasser Bourita-, il n’en demeure pas moins que beaucoup reste certainement à faire en vue de fluidifier davantage les flux financiers bilatéraux. En tout cas, c’est ce qui ressort, en substance, des propos tenus par les responsables est-asiatiques lors de leurs échanges respectifs avec Nasser Bourita.

Plateforme industrielle régionale
Côté chinois, d’abord, l’idée semble claire que le Maroc constitue un pilier de son Initiative route et ceinture, qui vise à faire revivre les anciennes routes de la soie et, par là même, conquérir de nouveaux marchés internationaux: rappelons qu’à cet égard, Nasser Bourita avait lui-même apposé, au cours d’une précédente visite dans l’Empire du Milieu datant de novembre 2017, sa signature au bas d’un mémorandum d’entente actant l’adhésion de Rabat à ladite initiative, lequel mémorandum d’entente avait été suivi cinq ans plus tard, et ce en janvier 2022, d’un plan de mise en oeuvre.

Et cet intérêt de la Chine pour le Maroc comme partie intégrante de l’Initiative route et ceinture est sans doute d’autant plus pertinent actuellement que peut désormais aussi se greffer à cette dernière la propre initiative internationale du roi Mohammed VI de favoriser l’accès des pays du Sahel à l’Atlantique en mettant à leur disposition les infrastructures routières, portuaires et ferroviaires nationales; ainsi, la complémentarité entre les deux initiatives est, de toute évidence, naturelle et a d’ailleurs été soulignée par Nasser Bourita et son homologue chinois, Wang Yi, lui-même à la suite de l’entrevue qu’ils ont eue à Pékin le 29 mai 2024. Aussi, la Chine mise, depuis une demi-douzaine d’années, sur le Maroc comme plateforme industrielle régionale: c’est dans ce cadre qu’avait été lancé, en mars 2017, le projet de Cité Mohammed VI Tanger Tech, censé attirer, à terme, pas moins de 200 entreprises chinoises actives dans des domaines aussi variés que l’automobile et la fabrication de machines en passant par les pièces de rechange d’aviation et l’électronique, mais on peut aussi faire référence à l’important accord conclu en juillet 2021 avec le groupe pharmaceutique chinois Sinopharm en vue de produire des vaccins anti- Covid sur le territoire marocain même. “Le partenariat stratégique entre le Maroc et la Chine, signé par le Souverain et [le président chinois] Xi Jinping, à l’occasion de la visite royale historique à Pékin en mai 2016, s’est traduit par des résultats tangibles, faisant ainsi de la Chine le premier partenaire asiatique du Royaume”, a rappelé, dans l’allocution qu’il a donnée à la 10ème Conférence ministérielle du Forum de coopération Chine-États arabes, Nasser Bourita.



Nasser Bourita et Cho Tae Yul, ministre des Affaires Etrangères de la République de Corée.
Séoul, le 2 juin 2024.


Accord de partenariat
Par rapport au Japon, la dominante économique était également évidente eu égard au déplacement du chef de la diplomatie, qui, outre son homologue japonaise, a également rencontré le ministre japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie, Ken Saito; l’occasion pour ce dernier d’annoncer qu’à partir de juillet 2024, un représentant de son département serait affecté à l’ambassade du Japon à Rabat. Ce que l’on comprend de la bouche de Ken Saito, c’est que le pays du soleil levant est particulièrement intéressé par le positionnement du Maroc dans l’automobile, l’aérospatiale et le textile, mais il a également été question, selon le communiqué publié ultérieurement par le ministère des Affaires étrangères, de discussions autour de l’hydrogène vert, de l’ammoniac vert et du dessalement d’eau de mer.

De là à imaginer des investissements nippons dans ces trois secteurs, peut-être même au niveau du Sahara marocain, dont Nasser Bourita a directement fait mention en citant l’exemple du port de Dakhla? Le moment actuel y est, en tout état de cause, propice, et la sortie déclaratoire de la diplomatie japonaise à propos de l’intégrité territoriale du Maroc le laisse, dans une certaine mesure, grandement présager. Enfin, c’est avec la Corée que le Maroc a enregistré la plus grande avancée pendant le séjour de Nasser Bourita en Extrême Orient, à la faveur de l’accord de partenariat renforcé acté avec la partie coréenne.

On le sait, celleci envisage depuis plusieurs mois déjà de ratifier un accord de libre-échange avec le Maroc et il est clair que le document sur lequel se sont mis d’accord, le 2 juin 2024, Nasser Bourita, et le ministre coréen du Commerce, Inkyo Cheong, constitue un pas précurseur dans ce sens. Pour le Maroc, il est indéniablement plus qu’intéressant de pouvoir capter une partie des investissements qui, de plus en plus depuis une décennie, ciblent l’Afrique à partir de la Corée, à hauteur de 150% d’augmentation rien que depuis 2015. “Il reste encore beaucoup à faire pour libérer tout le potentiel du partenariat Afrique-Corée”, a estimé, dans sa prise de parole au premier Sommet Corée-Afrique, Nasser Bourita.

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