La relance, quelles priorités?

L’ALLIANCE DES ECONOMISTES ISTIQLALIENS DÉCLINE SA VISION POUR L’APRÈS-COVID-19

Pour l’AEI, compte tenu des ressources limitées de notre pays, Il est plus que jamais nécessaire de faire des choix courageux de nos premières priorités sectorielles et territoriales.

Dans un communiqué publié récemment, l’Alliance des Économiste Istiqlaliens (AEI), considère que «la planification et la mise en oeuvre de certains changements retenus par la Commission Spéciale pour le Modèle de développement sont urgentes pour amorcer une relance responsable et inclusive, particulièrement au niveau régional ».

Tout en félicitant la Commission Spéciale du Nouveau Modèle de Développement (CSNMD) pour l’approche holistique et la démarche participative adoptées, l’AEI n’en propose pas moins cinq séries de priorités. À commencer par «assurer les conditions de réussite de la protection sociale généralisée à l’horizon 2025». Ainsi, la couverture médicale ne pourra être efficiente, disent les économistes istiqlaliens, que si des soins de qualité sont accessibles à tous sur l’ensemble du territoire dans le cadre d’une vérité des prix et sans exiger de paiement des soins à l’avance aux familles vulnérables et celles de la classe moyenne.

Ce chantier, disent ces experts, «exige la mise en place d’une carte sanitaire, d’une politique juste et équilibrée des prix des soins et l’instauration du tiers-payant. Il nécessite également la disponibilité d’établissements de santé équipés et surtout la formation de personnel soignant en nombre suffisant; soit le doublement voire le triplement des capacités nationales de formation des médecins, des infirmiers et des aides-soignants et l’amélioration de leurs conditions de travail».

Comme deuxième priorité, les istiqlaliens insistent sur le fait d’«accélérer la généralisation d’un préscolaire de qualité». Car disent-ils, la généralisation d’une éducation préscolaire de qualité est la première des priorités en matière d’éducation. Sa mise en oeuvre doit également être portée par les Régions et les collectivités territoriales. Elle doit bénéficier à tous les enfants durant les 2 années précédant le cycle primaire.

Mécanisme d’accompagnement
La troisième priorité consiste à mettre l’accent sur le fait de «rentabiliser les efforts réalisés en infrastructures, stimuler l’entrepreneuriat et accélérer le développement du tissu productif en y investissant une partie conséquente de l’investissement public». L’AEI considère, à cet effet, que la libération des énergies et la création massive d’emplois passent par la réalisation d’un véritable «choc entrepreneurial compétitif » dans notre pays.

Cette inflexion nécessite aussi bien un positionnement technologique clair et perçu de tous que l’investissement conséquent dans des programmes de recherche. Sans oublier la publication de textes juridiques simples et accessibles, des codes d’investissement et de fiscalité tenant compte des spécificités régionales et territoriales, des procédures légères et dématérialisées, un mécanisme d’accompagnement de proximité aux entrepreneurs, auprès des CRI et des zones d’activité, proches des bassins d’emploi, équipées et connectées aux réseaux de transport, d’énergie et de communication.

Un financement approprié en plus. Pour ce dernier, l’AEI recommande de réorienter une partie substantielle de l’investissement public vers des activités directement productives. Ainsi, disent-ils, «nous préconisons d’allouer, directement ou indirectement, 20 à 25% de l’investissement public global, soit 40 à 50 milliards de dirhams par an, et sur les 5 prochaines années, au développement des capacités productives du pays, notamment pour la création et le développement des TPE, des PME et des startups, qui constituent le plus fort gisement d’emplois, dans le cadre d’écosystèmes régionaux dans notre pays». Ce financement peut prendre la forme de subventions, de prises participations directes ou indirectes, complétées par des prêts obligataires ou bancaires garantis.

Gouvernance économique
Quant à la quatrième priorité, elle met l’accent sur le fait d’«atténuer les inégalités sociales et territoriales et promouvoir la classe moyenne, tout en veillant, d’urgence, à réduire les inégalité sociales et spatiales qui ont atteint un niveau devenant insoutenable, notamment dans le monde rural. Il s’agit particulièrement de rétablir et de renforcer le pouvoir d’achat des classes moyennes et vulnérables ». En améliorant le revenu des ménages et en réduisant la pression fiscale sur les revenus bas et intermédiaires. Mais aussi d’accélérer la généralisation de la protection sociale globale effective, d’améliorer l’accès au logement, de réduire le coût et de renforcer la qualité des services publics tels que la santé, l’éducation et le transport et de permettre l’accès de larges pans de la population à la culture, au sport et aux loisirs.

La cinquième et dernière priorité n’est autre que le fait d’assurer «une gouvernance économique pour replacer le pays sur des sentiers de croissance durable et responsable». Partant du constat que la plupart des stratégies sectorielles sont arrivées à échéance, il faudra s’atteler, au plus vite, à l’évaluation des dites stratégies et à la mise en oeuvre de plans d’action, nationaux et régionaux, des secteurs et branches constituant les moteurs de relance et de croissance de l’économie pour les toutes prochaines années. Pour les membres de l’Alliance, «ces plans doivent être immédiatement accompagnés de programmes de formation sur mesure en termes de métiers et de compétences».

Et c’est dans ce but que les entreprises viables, particulièrement les PME, anciennes ou nouvelles, devront bénéficier de l’appui public (échéancier fiscal et social, renflouement des capitaux permanents…) à travers des contrats de croissance individuels, suivis par une task-force multisectorielle régionalisée, dédiée à cet effet. Enfin, l’annonce de ces choix et surtout leur prise en charge par la Loi de Finance 2022 donnerait plus de visibilité et plus de confiance aux opérateurs et aux citoyennes et citoyens marocains.