"OUI POUR LA RELANCE ÉCONOMIQUE, MAIS À NOS CONDITIONS"

PATRONAT-COVID-19

C’est cela le pacte de relance avec l’Etat et les partenaires sociaux que défend le patronat marocain. Un pacte qui s’apparente à un chantage en ces temps de crise sanitaire et de crise économique.

Le Maroc entame dans quelques jours son quatrième mois d’état d’urgence sanitaire. Confinement, déconfinement ou déconfinement progressif, la question la plus importante est de savoir ce qu’il en sera licenciés économiques qui ont perdu leurs emplois, des ramdesites et non-ramedistes qui percevaient jusqu’alors une aide du Comité de veille économique mis en place pour gérer l’argent collecté et versé dans le Fonds spécial pour la gestion de la pandémie Covid-19.

La CGEM, qui défend ses membres et, en principe, toutes les entreprises, toutes tailles confondues, presse dans le sens de reconduire les aides aux salariés des entreprises en difficulté. Sauf qu’actuellement, la stratégie poursuivie jusqu’ici change de linéaments. Le lobbiyng qu’elle exerce sur le Comité de veille économique et, à travers lui, sur le ministère des Finances est le même. Pressant et lancinant. Ce qui a changé, ce sont les revendications. Le patronat revendique deux points. Le premier est sous condition. Les entreprises, notamment les grandes et les PME, ne veulent garder que 20% de leurs effectifs et ne leur payer que la moitié de leurs salaires. Elles demandent à l’Etat de compenser les salaires (des 20% des effectifs, bien entendu) à hauteur de 3.000 dirhams par salaire net. Le deuxième point n’est pas original. Il est même ancien.

Il faisait partie intégrante des négociations CGEM-Comité de veille économique il y a quelque temps. Le patronat s’y attache et s’y cramponne de puis 2015. Ses tentatives jusqu’ici de le faire adopter par le gouvernement ont été vouées à l’échec. Mais rien à perdre. Au contraire, il y a tout à gagner. Le patronat veut introduire de nouveaux contrats de travail de façon à réformer un marché qu’il juge inadapté aux nouvelles réalités économiques. La proposition de la CGEM consiste à remettre à plat les différents types de contrats au profit de nouveaux contrats, dans le cadre de qu’elle appelle la « flexibilité responsable». Le contrat de travail à temps partiel (CTTP).

Pour la CGEM, ce nouveau contrat permettrait de légaliser de nombreux emplois aujourd’hui informels et s’appliquerait dès lors que la durée hebdomadaire de travail est inférieure à 44 heures par semaine. La période d’essai ne serait pas plus longue que celle prévue pour un temps plein, et les qualifications et rémunérations seraient sur la base du temps plein. Ce nouveau contrat pourrait prendre la forme d’un CDD ou d’un CDI. Bref, la flexibilité de l’emploi accorde tout simplement à un patron le droit de licencier quand il veut et comme il veut en octroyant aussi l’indemnité qu’il veut. Cette flexibilité revient à supprimer les longues et coûteuses procédures de licenciement qui bénéficient dans la plupart des cas au travailleur.

Mesures anti-sociales
C’est cela, le pacte de relance avec l’Etat et les partenaires sociaux que défend le patronat marocain. Un pacte qui s’apparente à un chantage en ces temps de crise sanitaire et de crise économique. “Oui pour la relance économique, mais à nos conditions”. Et pourtant, dans nombre de secteurs, ces entreprises qui défendent bec et ongles ces mesures anti-sociales sont les mêmes qui ont bénéficié de l’aide étatique, pardon!, de l’argent du contribuable, et des exonérations fiscales partielles et totales, sans contrepartie économique, qui veut dire dans le jargon des initiés la création d’emploi.

Le chantage livré à l’Etat est inadmissible, en tout temps, encore plus par les temps qui courent au moment où l’État a tout fait pour juguler l’impact de la crise. Beaucoup d’entreprises, grandes et moyennes, ont inscrit leurs employés à la CNSS pour toucher les aides en arguant d’un licenciement économique. Et pourtant, c’était un licenciement abusif masqué puisqu’aujourd’hui elles veulent se débarrasser de leurs employés à jamais, quitte à créer une bulle sociale, une bombe à retardement qui peut exploser d’un moment à l’autre. D’autres ont refusé de reprendre leurs activités. Autant pour eux garder le même niveau d’opulence que de payer des salaires à ceux qui les ont rendus, par l’effort et l’abnégation, riches.

Il est temps que la cupidité cède la place au patriotisme et à l’intérêt général. Et, s’il le faut, l’Etat peut bien nationaliser des entreprises stratégiques si celles-ci persistent à afficher une pancarte sur laquelle est écrit en grandes lettes: “Après moi, le déluge”. Et, pour être neutre, certaines entreprises ont montré leur vrai visage et ont continué à verser des salaires entiers, contractant des crédits si besoin est, pour maintenir à flot leur navire et soutenir l’économie nationale. Et dans cet espace, les intérêts mercantiles sordides et l’égocentrisme n’ont pas leur place.