Pourquoi il faut réhabiliter le tourisme culturel

PLUSIEURS SITES HISTORIQUES SUR LA VOIE D’ÊTRE RÉNOVÉS

La nouvelle stratégie des pouvoirs publics tend à faire découvrir aux touristes marocains et étrangers les magnifiques sites culturels et historiques qu’abritent plusieurs villes du Royaume. Pour beaucoup, le tourisme culturel pourrait servir de nouvelle locomotive pour le tourisme national.

Pendant ces temps difficiles marqués par une pandémie dévastatrice, le tourisme national est plongé depuis plus d’un an dans une crise conjoncturelle profonde qui risque de réduire considérablement son poids dans l’économie nationale.

Autrefois considéré comme la deuxième source de devises étrangères pour le Royaume, il est désormais relégué comme un simple secteur économique sinistré qui doit se tourner vers les touristes nationaux pour compenser la perte des touristes étrangers. Or, les Marocains ont toujours été le parent pauvre des offres commerciales proposées par les opérateurs touristiques.

Une situation fondamentalement ubuesque alors que le Royaume est non seulement doté d’atouts naturels considérables, mais il regorge également de monuments historiques et culturels fascinants à faire découvrir à nos concitoyens. La nouvelle stratégie des pouvoirs publics consiste ainsi à inciter les Marocains à sortir dans leur pays pour mieux le découvrir.

Si tous connaissent ses potentialités balnéaires, généreusement alimentées par deux belles façades maritimes (Atlantique et Méditerranéenne), un soleil omniprésent pendant toute l’année et un climat continental agréable à vivre, beaucoup ignorent ses nombreux atouts culturels représentés par des sites historiques d’une beauté légendaire, légués dans plusieurs villes par les anciennes civilisations dynastiques qui ont marqué l’histoire riche et époustouflante de notre pays.

Le dernier événement à Tanger, portant sur la réhabilitation des arènes, montre à quel point le tourisme culturel pourrait servir de nouvelle locomotive et même de formidable tremplin pour le tourisme national. Les arènes de Tanger, historiquement appelés Plaza Toro, s’apprêtent en effet à être totalement réhabilitées sur une initiative prise par les autorités de la ville, qui voient dans ce projet un pas vers la dynamisation du tourisme culturel.

Le projet de la remise à niveau de la Plaza Toro, qui mise sur le capital patrimonial pluriel de la ville de Tanger pour en faire un levier de développement socio-économique et culturel, s’inscrit ainsi dans le cadre d’une convention de partenariat signée le lundi 3 mai 2021 entre l’Agence pour le développement du Nord, la Wilaya de la région, le Conseil régional et la mairie de Tanger, avec une estimation budgétaire s’élevant à 50 millions de dirhams. La Plaza Toro est un monument emblématique qui témoigne de la pluralité patrimoniale de la ville.

Compte tenu de cette importance, une consultation architecturale a été organisée afin de faire participer le plus grand nombre d’architectes autour de la réflexion sur le patrimoine de la ville et afin d’encourager la démarche créative et innovante pour l’intégration du patrimoine dans la dynamique économique de Tanger. Ce projet porte sur le réaménagement à l’identique de la Plaza Toro, afin de conserver l’aspect historique et architectural du bâtiment.

Des richesses inexploitées
L’espace dans sa nouvelle version pourra accueillir de grands événements, tels que des cirques, des pièces de théâtre, des concerts et des compétitions. La Plaza Toro sera ainsi convertie en un espace d’animation économique, culturelle et artistique avec un programme diversifié incluant un espace de spectacle accueillant 7.000 places assises pour vivre une panoplie d’arts de scène, ainsi qu’un espace d’expositions, de restauration et un espace commercial.

Le site des arènes sera ceinturé d’un espace public disposant de parkings, mobiliers urbains, de fontaine et d’une agora pouvant accueillir 120 personnes, et un espace d’exposition en extérieur. D’autres sites historiques sont certes connus mais malheureusement pas du tout exploités sur le plan touristique alors qu’ils comptent parmi les plus anciens dans l’histoire du Maroc. C’est le cas notamment de l’ancienne ville de Volubilis, dans la région de Meknès, qui est probablement considérée comme le plus important site archéologique au Maroc.

Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, elle a été fondée au troisième siècle avant notre ère puis occupée par les Romains dès l’an 44. Les bâtiments les mieux conservés sont le temple capitolin, la basilique et l’arc de triomphe.

On y découvre également quelques mosaïques. Bien que méconnue, Volubilis est le rare témoin d’une période très importante de l’histoire du Maroc. Dans le même registre, Chellah, à proximité de Rabat, vit le même abandon. Mais pas au même niveau que Volubilis, selon des experts. Contrairement à Volubilis, Chellah, également classée au patrimoine mondial de l’Unesco, est un site prisé par les visiteurs.

Au sud, Marrakech, bien qu’elle soit une grande destination touristique aussi bien pour les nationaux que pour les étrangers, ne semble pas avoir construit son mythe sur ses sites archéologiques, qui comptent par dizaines dans une cité impériale parmi les plus anciennes du Royaume. La ville n’est pas réputée pour ses vestiges. Pourtant, elle abrite parmi les plus beaux monuments de l’époque saadienne.

Au sud de la médina, proche du quartier la Kasbah, se trouvent le palais Badii et les tombeaux saadiens. Bien qu’il soit en ruines, le palais impressionne par son immensité. Quant aux tombeaux saadiens, ils se trouvent malheureusement dans un état lamentable, totalement abandonnés, victimes d’une politique de délaissement grave et de l’absence d’une stratégie de réhabilitation audacieuse.

Mais une source autorisée au sein de la mairie de Marrakech précise qu’un programme de réhabilitation des monuments de la ville est en cours d’élaboration. Il verra probablement le jour en début de l’année prochaine avec le concours d’autres administrations, dont le ministère de la culture.

En attendant, il semble que le tourisme culturel ne soit pas encore parvenu à constituer une force pour tirer le tourisme national vers le haut. Un espoir encore lointain qui nécessite une véritable volonté politique pour développer ce genre de tourisme dans notre pays.