Ras-le-bol général face au refus des demandes de visas Schengen par les services consulaires français

La guerre des visas

Au sein des services consulaires de France au Maroc, le mot d’ordre était, dans un premier temps, de durcir le processus et les conditions d’octroi des visas Schengen pour les Marocains. Puis, on a commencé à opposer aux demandes un refus presque systématique et souvent injustifié.

Difficile d’oublier rapidement le ton hautain et méprisant avec lequel Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement français, s’est exprimé au sujet de la décision du Quai d’Orsay de réduire de moitié le nombre de visas accordés aux Marocains (comme aux Algériens et aux Tunisiens) quand il a déclaré le 28 septembre 2021 sur la radio Europe 1: «Il y a eu un dialogue, ensuite il y a eu des menaces. Aujourd’hui on met cette menace à exécution».

Une déclaration déplacée qui s’apparentait à une punition contre trois pays maghrébins qui ont refusé de rapatrier leurs mineurs clandestins selon les conditions et la volonté de l’Hexagone. Depuis, les services consulaires de France au Maroc ont suivi à la lettre la consigne. Ils ont même fait du zèle. En témoignent les chiffres. En 2021, le Maroc a déposé 157.100 demandes de visa Schengen, un chiffre une baisse de 77,7% comparativement à 2019 (705.293 demandes). Selon les données révélées par Schengen Visa Info, sur ces 157.100 demandes, 39.520 ont été rejetées, soit un taux de rejet de 27,6%, ce qui est bien supérieur au taux de rejet mondial moyen des demandes Schengen (13,5%). Le non-avoué, c’est que le taux de refus dépasse les 50%.

Un plan B en poche
Au sein des services consulaires de France au Maroc, le mot d’ordre était, dans un premier temps, de durcir le processus et les conditions d’octroi des visas Schengen. Durant les trois premiers mois, c’était au compte-goutte. Puis, on a commencé à opposer aux demandes un refus presque systématique et souvent injustifié. L’Office chérifien des phosphates (OCP) est la dernière victime en date de cette «guerre des visas» livrée par Paris. Une dizaine de cadres de l’Office chérifien des phosphates (OCP) se sont vu refuser leur demande de visa alors qu’ils voulaient prendre part au salon Vivatech (15-18 juin 2022), un rendez-vous incontournable de la haute technologie pour l’OCP et l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P).

Le pire, c’est qu’aucune explication ou justification du refus n’est donnée. Le comble, c’est que les consulats continuent d’engranger des profits faramineux. Les frais de demande de visa dit type C ou visa Schengen touristique s’élèvent à 830 dirhams, sans compter 316 dirhams, frais de service du prestataire TlsContact qui réceptionne les dossiers et collecte l’argent pour le compte de l’autorité consulaire.

En dépit du refus d’octroi des visas Schengen par la France, les Marocains ont toujours un plan B en poche. Certains, lassés de perdre leur temps et argent, frappent à la porte des services consulaires d’autres pays faisant partie de l’espace Schengen (Espagne, Portugal, l’Italie, Belgique, Pays- Bas, Allemagne…). Le sésame fonctionne bien, avec quelque retard bien entendu. Cela arrange bien les touristes marocains mais pas les étudiants, les chercheurs, les hommes d’affaires… pour qui les allers-retours entre le Maroc et l’Hexagone sont fréquents et incontournables.