Réduction des visas Schengen pour les transporteurs routiers internationaux marocains

Les professionnels crient au secours

Les restrictions de visas imposées par la France affectent gravement les transporteurs routiers internationaux marocains. Une décision qui risque de plomber un secteur si stratégique.

Les professionnels marocains du transport routier international (TIR) souffrent le martyre. Des milliers d’entre eux sont actuellement bloqués au Maroc, faute de visas délivrés par les consulats français du Maroc. Une situation qui suscite l’ire des responsables du secteur, qui n’ont aucune visibilité sur l’avenir de leurs activités. «Cette décision est incompréhensible, d’autant plus que les justifications qui l’accompagnent prétextant l’insuffisance de garanties pour s’assurer du retour du conducteur sont infondées. Elles ne tiennent pas la route quand on sait que ce phénomène touche des conducteurs renouvelé leurs visas à plusieurs reprises», déplore Rachid Tahri, secrétaire général de la Fédération de transport et de la logistique, affiliée à la CGEM.

Idriss Bernoussi, président de l’Association marocaine des transporteurs routiers intercontinentaux (AMTRI), nous dit avoir constaté une baisse de l’octroi des visas pour les conducteurs depuis janvier 2021. Selon lui, l’annonce de la diplomatie française n’a fait que confirmer cette pratique déjà en vigueur. Il trouve ces arguments très légers, pour des professionnels qui obtenaient des visas depuis 20 ans pour certains.

«Le taux de refus des visas au niveau des consulats français est très élevé. Plus de 400 chauffeurs à l’arrêt entre Tanger et Agadir pour refus de visas», regrette-t-il. Plus grave encore, les pertes financières des à ces refus puisque chaque dossier de demande de visa coûte entre 1.200 et 1.300 dirhams, des frais non remboursés aux demandeurs. D’après Abderrahim Zerouali, secrétaire général du Syndicat du transport routier dans le Sud, affilié à l’union marocaine du travail (UMT), plus de 1.200 demandes de visas ont été refusées pour les transporteurs du TIR. Faites le calcul.

Enormes pertes
Ce durcissement dans l’octroi des visas risque d’avoir des conséquences drastiques pour un secteur si stratégique. «La flotte marocaine détient actuellement plus de 50% du trafic TIR qui transite par le port Tanger Med. Cette situation pourrait lourdement impacter nos activités et avoir des répercussions négatives sur les exportations marocaines», craint M. Tahri. D’après M. Bernoussi, ce ne sont pas moins de 50.000 camions marocains transitant via Tanger Med qui risquent d’être immobilisés à cause de ces refus de visas.

Une immobilisation sur une longue période qui devrait engendrer d’énormes pertes pour les conducteurs, avec des coûts variant entre 3.000 et 3.500 dirhams par jour, précise Rachid. «L’impact risque également d’être colossal pour les entreprises qui s’activent dans le secteur parce qu’elles devront maintenir les salaires des chauffeurs, et gérer coût de l’amortissement ou de la traite de leasing de l’ensemble routier, et le coût de la sous-activité», nous confie-t-il.

Mais au-delà de ces pertes financières, les exportations agricoles marocaines, constituées de produits périssables, pourraient également en pâtir. «La rareté des puces électroniques qui a déjà un impact sur l’industrie automotive marocaine, combinée aux fortes récoltes issues de la campagne agricole à l’export d’ici à la fin novembre risquent d’entraîner une rupture de la chaîne logistique et des surcoûts importants, notamment dans l’agro-industrie», souligne-t-il.

D’après Rachid Tahri, cette attitude de la diplomatie française pourrait remettre en cause l’Accord de libre-échange complet et approfrondi (ALECA) entre le Maroc et l’Union européenne qui est en train d’être finalisé. Il exige même l’exigence de visas pour les camionneurs européens pour qu’il y ait une réciprocité entre les deux partenaires.

Les professionnels marocains du transport international routier (TIR) ne comptent pas baisser les bras. Ils ont observé, le jeudi 28 octobre 2021, des sit-ins devant les consulats généraux de France et d’Espagne à Rabat et Agadir pour dénoncer l’attitude de ces deux chancelleries dans le traitement de leurs demandes de visas.

«Nous avons saisi, depuis mai 2021, l’ambassade de France et le consulat de France à Casablanca pour l’ouverture d’un guichet direct pour les transporteurs pour éviter l’immobilisation des passeports des transporteurs pendant deux voire 3 semaines et favoriser célérité dans le traitement des visas. Des discussions sont en cours avec la CGEM et notre ministère de tutelle pour trouver une solution à la situation actuelle», affirme M. Tahri.