Le recrutement par contrat dans l'enseignement public décrié


“Les 10.000 cadres pédagogiques” haussent le ton


Leur mouvement de contestations  dure depuis des mois.  Mais la situation semble  prendre une nouvelle tournure  encore plus compliquée. Les bénéficiaires  du programme gouvernemental  «10.000 cadres pédagogiques» ont  clairement haussé le ton. Le 20 janvier  2017, ils devaient organiser une conférence  nationale sur la responsabilité  de l’Etat dans leur dossier à la lumière  de la crise politique et institutionnelle  actuelle. Quelques jours avant,  dimanche 8 janvier 2017, au coeur de la  ville de Casablanca, ils étaient des centaines  pour réclamer le droit à intégrer  la fonction publique. «Nous allons tous  nous immoler par le feu si les autorités  s’obstinent à nous empêcher de poursuivre  notre marche», s’indigne un  membre du Conseil national des 10.000  cadres. En effet, la présence des forces de l’ordre est significative. Elles sont  déployées près de l’avenue Mohammed  VI, l’une des plus grands artères de la  capitale économique, afin d’empêcher les  manifestants de gagner l’autoroute, où  ils comptaient marcher à pieds jusqu’à la  capitale, dans une nouvelle forme de protestation.  Une tentative aussitôt avortée  par la force.

Quelques cas de blessures sont constatés  parmi les cadres. Des responsables  sécuritaires présents sur place sont  fermes en s’adressant aux manifestants:  il est hors de question de rejoindre l’autoroute.  Face à ces mesures, les cadres se  contentent alors d’une marche jusqu’à la  place Maréchal, au coeur de la ville.

Revendications sociales
Cela ne les empêche pas pour autant  d’adopter un ton particulièrement  virulent. «Nous partirons à la frontière de  l’Est, et nous allons demander le refuge  en Algérie», peut-on entendre certains  manifestants. Mais il s’agit uniquement  de dérives isolées de certains, rassure  Mehdi Fettah, membre du Conseil des  national des 10.000 cadres. «Nous n’accepterons  pas que notre patriotisme soit  remis en cause. A quoi bon sert d’aller  dans un pays qui souffre des mêmes problèmes?  Nous aimons notre pays et nous  voulons le servir, et notre militantisme  depuis des mois en est la preuve, car au  final, nous voulons aider l’école marocaine  et la qualité de l’enseignement»,  nous explique-t-il.

Mais comment des revendications  sociales et sectorielles ont-elle pu alors  générer un tel discours? Un retour en  arrière de plus trois ans s’impose, pour  arriver aux origines de ce dossier devenu  épineux, alors qu’il était censé profiter  à plusieurs parties. Le 8 novembre  2013, une convention cadre signée, en  présence du chef du gouvernement  Abdelilah Benkirane, entre le ministre  de l’Enseignement supérieur de la  recherche scientifique et de la formation  des Cadres, Lahcen Daoudi, et le ministre  de l’Economie et des finances, Mohamed  Boussaid, portant sur la formation de  10.000 cadres pédagogiques à l’horizon  2016, avec un budget total de 161 millions  de dirhams.

Ces formations, d’une durée d’une année,  ont été ouvertes aux étudiants non fonctionnaires  ayant déjà une licence, avec  une bourse mensuelle de l’ordre de 1.000  dirhams. L’objectif étant de développer  des compétences pédagogiques et  didactiques nécessaires pour exercer le  métier de l’enseignement dans le secteur  privé, ou pour passer les épreuves  écrites et orales des Centres Régionaux  des Métiers de l’Enseignement et de la  Formation. En principe, il s’agit d’une  véritable bouffée d’oxygène.

Une telle mesure devait permettre à  l’enseignement privé de disposer de  ses propres cadres, sans devoir recruter  parmi les enseignants. C’était bien  évidemment aussi un coup de pouce à  l’emploi des jeunes diplômés.

Fiasco d’un programme
Seulement, plus de trois ans après, ce  programme s’apparente plus à un fiasco.  Il n’a pas en effet pu atteindre ses objectifs  fixés à son lancement. Seulement  7.400 cadres ont été formés lors des  années universitaires 2013-2014, 2014-  2015 et 2015-2016. Mais le problème  majeur réside particulièrment dans l’intégration  dans le monde du travail des  bénéficiaires des ces formations. Ils se  montrent très réticents envers le secteur  privé, auquel ils étaient destinés  initialement, par craintes des conditions  «précaires» qui y règnent, notamment  au niveau de la stabilité sociale et des  salaires. «Le privé ne se plie pas aux dispositions  de l’accord cadre et ne garantit  pas l’embauche des bénéficiaires. D’ailleurs,  le gouvernement ne dispose pas de  chiffres concernant le nombre de bénéficiaires  ayant intégré le secteur privé,  alors que cela était l’objectif principal»,  affirme M. Fettah.

Face à cette situation, ces cadres ont  préféré changer de cap et réclamer  le droit à l’embauche dans la fonction  publique.
Des revendications que l’Etat ne semble  pas prêt à satisfaire, malgré le manque  flagrant en matière de personnel dans  l’enseignement public. D’autant plus que  le département de tutelle a préféré, pour  sauver la mise, avoir recours au recrutement  par CDD.

Dialogue infructueux
Une mesure catégoriquement réfutée  par la coordination du programme gouvernemental  «10.000 cardes éducatifs à  l’intention du secteur privé», qui accuse  par la même occasion l’Etat de concourir  à la destruction du secteur public  notamment l’enseignement. C’est ainsi  qu’est né, début 2016, ce mouvement  de contestation. Celui-ci enchaîne sitins,  marches, points et communiqués de  presse pour maintenir la pression sur le  gouvernement. Plusieurs séances de dialogue  avec les représentants de certains  départements concernés ont eu lieu mais  sans résultats concrets.

«Nous continuerons de lutter pour notre  cause, mais nous prenons en considération  la situation actuelle du pays et  la crise politique qui y règne avant de  prendre de nouvelles mesures», nous  confie un membre du Conseil national de  la coordination. Cette structure tient d’ailleurs  des réunions régulières depuis le  début de l’année 2017 pour préparer ses  futures actions mais aussi des réponses à  des accusations à son encontre.