Reconnaissance US de la marocanité du Sahara: silence radio de Biden

S’il n’a pour l’instant pas pris ses distances avec la décision de son prédécesseur au sujet du Sahara marocain, le nouveau président américain n’a pas pour autant encore confirmé qu’il n’allait pas revenir en arrière

Toujours rien encore à signaler au sujet de la position de l’administration du nouveau président américain, Joe Biden, au sujet de la reconnaissance par son pays de la souveraineté du Maroc sur son Sahara. Depuis que cette reconnaissance avait été actée le 10 décembre 2020 par le prédécesseur de M. Biden à la Maison-Blanche, à savoir Donald Trump, les autorités marocaines se veulent rassurantes.

Elles excipent du caractère non-conjoncturel des relations entre Rabat et Washington, dans la mesure où les deux capitales entretiennent, à différents niveaux, une coopération forte. Il en va notamment du commerce, le Maroc et les États-Unis étant, depuis 2006, liés par un accord de libre-échange, le seul dont dispose le pays de l’Oncle Sam avec un État africain, mais il y a surtout l’alignement bilatéral sur les questions d’intérêt sécuritaire, un accord ayant d’ailleurs été à ce niveau signé le 2 octobre 2020 au cours de la visite effectuée par le secrétaire d’État étasunien à la Défense, Mark Esper, dans le Royaume. Ceci saura-t-il, toutefois, suffire à ce que M. Biden ne revienne pas sur la décision de M. Trump, alors qu’au sein des institutions étatiques américaines s’active dans ce sens un certain courant pro-séparatiste?

“Compréhension partagée”
On peut, entre autres, faire référence ici à la personne du sénateur de l’État de l’Oklahoma, Jim Inhofe, connu pour ses positions favorables à l’indépendance du Sahara marocain et qui, à plusieurs reprises, a saisi l’occasion des audiences organisées au Sénat pour avaliser les nouveaux membres de l’administration Biden pour mettre sur le tapis la question des provinces sahariennes.

Et si le nouveau secrétaire de la Défense, Lloyd Austin, a préféré esquiver après que M. Inhofe l’ait, à cet égard, interpellé, se contenant de répondre qu’il “voudrai[t] certainement examiner de plus près” le dossier, son collègue du département d’État, Tony Blinken, a, lui, déclaré qu’“il y a certains engagements qui ont été faits dans le but d’inciter [les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc] à normaliser leurs relations avec Israël que nous devrions, à mon avis, examiner attentivement”.

Et on peut imaginer qu’il avait en tête la question de la reconnaissance US de la marocanité du Sahara, surtout que M. Inhofe a appuyé la nomination de M. Blinken en faisant mention de leur “compréhension partagée” à ce propos, les deux hommes ayant selon le sénateur préalablement discuté en aparté.

Par conséquent, le soutien officiel apporté par M. Biden, ce 24 janvier 2021, aux accords Abraham, dans le cadre desquels le Maroc a rétabli ses relations avec Israël, ne saurait nécessairement être compris comme une validation du pas de M. Trump. Si l’on peut comprendre que Rabat ait des raisons pour être confiante, elle serait bien inspirée de ne pas l’être plus que de mesure et poursuivre son travail de lobbying.


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