Quand la récession et l'inflation menacent

La reprise de l'économie s'annonce des plus difficiles.

Dans un contexte marqué par un resserrement monétaire agressif pour contenir l’inflation, le FMI a nettement révisé à la baisse ses prévisions de la croissance mondiale en 2022 (-0,4 point, à 3,2%) et en 2023 (-0,7 point, à 2,9%), d’après la dernière note de conjoncture de la direction des études et des prévisions financières. Un contexte assez défavorable pour le Royaume, dont l’économie est fortement imbriquée au marché international.

La dégradation des perspectives concernant la plupart des grandes économies, en particulier les États-Unis (-1,4 point, à 2,3% en 2022), la Chine (-1,1 point, à 3,3%), le Japon (-0,7 point, à 1,7%), l’Allemagne (-0,9 point, à 1,2%), le Royaume-Uni (-0,5 point, à 3,2%), la France (-0,6 point, à 2,3%) et l’Espagne (-0,8 point, à 4,0%).

Confrontée à une crise énergétique sévère, avec un risque de pénurie de gaz, la zone euro devra connaitre une croissance moins forte que prévu initialement (-0,2 point, à 2,6% en 2022 et -1,1 point, à 1,2%, en 2023, selon le FMI. Aussi, selon plusieurs observateurs, l’Europe ne parviendra sans doute pas à échapper à la récession. Si l’argent est le nerf de la guerre, l’énergie est la condition de la production. En fermant le robinet du gaz, la Russie de Vladimir Poutine condamne les industriels européens à réduire leur activité. La flambée des prix ampute le pouvoir d’achat, ce qui va peser sur la consommation et donc la demande. Le bond de la facture énergétique payée par le Vieux Continent au reste du monde se traduit mécaniquement par son appauvrissement.

Le Royaume n’échappe pas à cette dégradation des perspectives économiques mondiales. Côté hausse des prix, sur l’année 2022, l’inflation atteindrait en moyenne 5,5%, du jamais-vu depuis 1985, ce qui amputerait le pouvoir d’achat des ménages de 1% en dépit des mesures de soutien public en place ou annoncées, soit sa plus forte contraction depuis 2013. Côté production, en plus des milliers de défaillances des petites entreprises, des secteurs entiers de l’économie marocaine continuent de subir de plein fouet l’impact de la conjoncture morose. A commencer par celui du BTP. Ce dernier est toujours dans le rouge puisque le niveau de baisse des ventes cumulées de ciment est de 7,15% à fin août 2022, par rapport à 2021.

Dans le sillage de l’impact de ces chocs négatifs, la campagne agricole a été exceptionnellement sèche, et une mauvaise récolte céréalière est à prévoir pour 2022. Cette situation coïncide avec un ralentissement de l’économie mondiale et une hausse des prix internationaux des produits de base, tendances défavorables qui se sont fortement intensifiées après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Ces chocs se sont avérés s’être renforcés mutuellement étant donné qu’avec la sécheresse le Royaume devrait importer des volumes plus importants de céréales à des prix sensiblement plus élevés, et ce, en raison de la guerre. Dans ce contexte très défavorable, l’économie pourrait décélérer fortement en 2022.