REBBAH AUTORISE LE PILLAGE DU SABLE DE MER

UN DÉSASTRE ÉCOLOGIQUE QUI MENACE LE NORD DU ROYAUME

Il a fallu attendre 23 ans et l’arrivée de Aziz Rebbah à la tête du département de l’Energie et des Mines pour qu’une société obtienne une autorisation d’extraction du sable de mer à Larache. Un ministre de l’Environnement qui va à l’encontre des conclusions d’une étude scientifique réalisée par son département!

C’est une autorisation de cinq ans à laquelle a eu droit la société Drapor. Une autorisation spéciale, puisqu’elle concerne le dragage du sable marin au large de Larache, dans la commune de Sahel plus précisément. Et elle a été signée fin août 2020 par le ministre de l’Environnement, Aziz Rebbah, pendant que tout le Maroc était préoccupé par la hausse exponentielle des cas de contamination et des cas de décès du coronavirus!

Depuis 1997, la société en question n’a pas perdu espoir malgré les refus ou les absences de suites données à sa requête. La première demande remonte au temps de Mohamed El Yazghi, ministre alors en charge de ce secteur qui s’y est opposé avec fermeté. Drapor a donc multiplié depuis les demandes d’autorisation dans le périmètre de Sahel sans jamais avoir le feu vert.

Même du temps de Amara, elle n’a pas réussi à soutirer la fameuse autorisation. Mais elle n’a pas eu droit au refus. Le ministre Amara a été gêné par une étude scientifique réalisée par sa «collègue » du parti, alors ministre de l’Environnement, Nezha El Ouafi, qui a conclu aux dangers du dragage de ce type de sable sur l’écosystème marin, causant, entre autres dégâts importants, la mort et la disparition de dizaines d’espèces maritimes dont les larves. N’eût été cette étude, cette autorisation aurait été délivrée avant.

Absence de contrôle
Ce n’est point une accusation car si Amara s’y était opposé, Rebbah n’aurait jamais pu accorder cette autorisation, quand bien même ce dernier a fait fi des conclusions de l’étude réalisée par son prédécesseur et du rapport de la Cour des comptes de 2013 relatif au contrôle de la gestion du domaine public maritime.

Les magistrats de la Cour se sont arrêtés sur l’exploitation du sable marin issue de l’activité de dragage. Les chiffres et le constat de ces derniers sont sans appel. L’activité de dragage est exercée exclusivement par une seule société autorisée à exploiter cinq sites: l’embouchure d’oued Sebou (Kénitra), l’embouchure d’oued Oum Rbiaa (El Jadida), la centrale thermique de Mohammedia, le cône de déjection du musoir du port de Larache et Larache off-shore (Sidi Boukssibat).

Depuis 2003, poursuivent les magistrats, cette société bénéficie de l’attribution directe via des protocoles d’accord et conventions d’investissement. L’examen des autorisations attribuées à cette société a permis de relever l’absence du contrôle par le ministère des quantités du sable dragué. L’évaluation du sable dragué ne se fait pas sur la base des quantités effectivement extraites mais des quantités commercialisées. Par conséquent, il est impossible de dégager l’écart entre les quantités à extraire prévues par les cahiers des charges et les quantités réellement draguées. Un scandale!

Une activité sans réglementation
Face à ce danger qui guette toute la région, les acteurs de la société civile de Larache se mobilisent contre cette autorisation et tirent la sonnette d’alarme. Il y a de quoi s’alarmer. Cette activité n’obéit à aucune réglementation. D’où l’ambiguïté qui entoure son exploitation autorisée ou clandestine. En 2015, la loi 27/13 censée la réglementer a été adoptée. A ce jour, le texte réglementaire d’application délimitant les périmètres d’exploitation se fait attendre. C’est ce qui fait dire aux acteurs de la société civile que l’autorisation donnée par le ministère n’a pas respecté les textes de loi en vigueur. Un recours devant la justice est en cours.

Un désastre écologique
Le ministre Rebbah a dénoué un noeud vieux de 23 ans et a donné son aval pour un «pillage autorisé» du sable marin alors que le Maroc ne connaît aucunement un manque de ce matériau qui justifie un désastre écologique (le sable est une ressource non durable). Il n’a pas hésité à prendre une telle décision en dépit des mises en garde récentes des députés du groupe parlementaire du PJD, ses «frères» Tamri et Haiki, qui ont dénoncé une pression de la part des ministres Rebbah et Amara visant à autoriser l’extraction du sable marin à Larache.

Il n’a que faire de ces remarques quand il semble décidé à faire quelque chose. Même si sa décision va aux antipodes de sa mission publique qui est la préservation de l’environnement. Dans sa ville natale, Kénitra, Aziz Rebbah est accusé d’être derrière un véritable désastre écologique.

Des palmiers qui ornaient depuis quasiment un siècle les premières avenues ont été arrachés, une opération menée par le Conseil de la ville de Kénitra que préside le ministre et dirigeant du PJD.


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