REALPOLITIK ET VERBIAGE


Les gesticulations des extrêmes et des partis nationalistes sont battues en brèche par le pragmatisme de la realpolitik.

Les droites politiques et leurs extrêmes font recette en Europe. Ils gagnent plus de sièges aux parlements. Leurs discours, plus audibles qu’auparavant, captent l’ouïe d’une population qui ne sait plus à quel saint se vouer pour subsister. Cela a commencé avec la prise du pouvoir par une coalition de deux extrêmes droites en Autriche dans les années 2000. Ça avait provoqué un tel électrochoc que plusieurs états européens avaient suspendu, pour un laps temporel d’adaptation, leurs contacts avec l’Autriche. En Hongrie, Viktor Orb?n, premier ministre, issu de la droite nationaliste, préside aux destinées de la Hongrie depuis 1998. En Pologne, le parti conservateur de droite « Droit et Justice » est au pouvoir depuis 2021.

Il en est de même en Slovénie, en Estonie, en Grèce, en Bulgarie, en Slovaquie et depuis octobre 2022 en Italie avec Mme Giorgia Meloni présidente du parti de l’extrême droite « Fratelli d’Italia ». C’est au tour de l’Espagne ou le « Parti Populaire » (PP), créé en 1976 sous le nom d’Alianza Popular, héritier du régime dictatorial du général Francisco Franco et fondé sur une idiologie conservatrice, nationale-catholique aux vertus martiales, de recueillir un max de suffrages lors des dernières élections législatives. Les valeurs politiques ont changé au fil des années pour virer d’une gauche social-démocrate à une droite extrême fondée sur un populisme et un nationalisme qui met l’accent sur l’immigration, l’identité nationale, la souveraineté, l’euroscepticisme, les flux migratoires et les questions liées à l’asile.


Les élections législatives espagnoles et la montée en puissance d’une droite populaire à consonance franquiste revisitée par José Maria Aznar, posent le problème de l’avenir des relations hispano-marocaines. Le résultat des élections législatives sans majorité est annonceur d’une situation de blocage et d’un appel à un nouveau scrutin. Au cas où une coalition PP/VOX arriverait au pouvoir, les hauts et les bas du conservatisme espagnol vécu avec le gouvernement Aznar risquent de refaire surface. On va ergoter à zéro sur les questions territoriales et maritimes, Ceuta, Melilla, l’espace aérien marocain squatté par contrôle de navigation aérienne espagnole, l’immigration clandestine, la sécurité et le terrorisme.

Il faudrait aussi compter sur les buchettes que l’Algérie va mettre dans le feu pour favoriser la victoire du PP. Selon des informations obtenues par AlgériePart, «la présidence Algérienne a demandé au patron des renseignements extérieurs de se rapprocher des opposants espagnoles de Pedro Sanchez pour leur faire part de la main tendue de l’Algérie dès qu’ils réussissent à renverser l’actuel chef du gouvernement espagnole». Ceci dit, les gesticulations des extrêmes comme VOX et des partis nationalistes comme le PP, sont battues en brèche par le pragmatisme de la realpolitik. L’exemple nous vient d’Italie. Avant d’accéder au pouvoir, Giorgia Meloni, pestait son extrémisme et sa haine néo-fasciste par monts et par vaux. Une fois au pouvoir, elle a opéré sa transmutation pour devenir fréquentable.

Elle a affirmé son inclination pour l’OTAN, validé les punitions contre Moscou, armé Kiev et est devenue une ardente militante de l’Europe et de l’Euro. Tout le contraire de ce qu’elle a été pour gagner la respectabilité, avoir les budgets européens de relance et masquer son icône extrémiste. VOX, PP ou PSOE qu’à cela ne tienne. Le pragmatisme de terrain et les intérêts bilatéraux l’emporteront toujours à terme sur les gesticulations et les verbiages extrémistes.

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