Réactions à la guerre au Proche-Orient : La classe politique marocaine solidaire avec la Palestine


Au Maroc, les réactions de la classe politique à la guerre au Proche-Orient varient. Si tous les partis ont appelé à la désescalade et à un État palestinien indépendant, certains ont été particulièrement critiques envers Israël. Notamment le PJD, qui affiché son soutien total au Hamas et à son opération armée.

“Opération héroïque”, “grande fierté”, “réaction naturelle et légitime aux violations sionistes”. Sans grande surprise, le Parti de la justice et du développement (PJD) a été le tout premier au Maroc à réagir, quelques heures après le lancement, à l’aube du samedi 7 octobre 2023, par le Hamas de son opération militaire inédite “Déluge d’Al-Aqsa” contre plusieurs cibles en Israël, faisant pas moins de 1300 morts.

Au-delà de sa réactivité, qui est en elle-même révélatrice de son approche du conflit au Proche-Orient, la formation islamiste s’est surtout démarquée, dans les deux communiqués de son secrétariat général, par son soutien inconditionnel aux groupes armés palestiniens, mais aussi par son langage ouvertement virulent vis-à-vis d’Israël mais aussi la communauté intenationale et les pays arabes.
Réaction cohérente et courageuse, ou tentative de surfer sur le conflit palestino-israélien pour marquer des points sur la scène nationale? Les deux sorties du PJD peuvent être interprétées de différentes manières. Quoi qu’il en soit, les “Frères” marocains sous Abdelilah Benkirane semblent suivre toujours la même stratégie politique qui leur a valu d’être sèchement recadrés en mars 2023 par le cabinet royal, en raison de leurs déclarations sur les relations entre Rabat et Tel-Aviv.

C’est d’ailleurs par ce prisme qu’il faut analyser la réaction du Rassemblement national des indépendants (RNI). Le parti du chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a appelé entre autres à “se rallier autour de la position officielle du Royaume du Maroc, qui appelle les deux parties à éviter les violences, qui n’auront d’autre résultat que d’augmenter les tensions et de faire encore plus de victimes”. Faut-il y voir une réponse aux positions du PJD qui sont loin de correspondre à l’approche officielle marocaine? Probablement oui, alors que la rivalité entre les deux formations politiques semble se refléter même sur leurs positions quant à la question palestinienne.

“Responsabilité israélienne”
De son côté, le Parti du progrès et du socialisme (PPS) est resté fidèle à ses positions habituelles, en imputant  à “l’entité sioniste oppressive l’entière responsabilité de l’escalade militaire et de l’exacerbation de la situation, avec ce que cela comporte comme menaces effectives et réelles pour la paix régionale”. Le formation de Mohamed Nabil Benabdallah semble aussi s’aligner sur les mêmes éléments de discours du PJD, avec lequel il a tissé des liens forts lorsque les deux étaient au gouvernement entre janvier 2012 et octobre 2019.

De son côté, le Mouvement populaire (MP) a “regretté les dégâts humains parmi les civils des deux côtés” et a estimé, entre autres, que la “résurgence de l’option de la violence dans la bande de Gaza et ses environs est une preuve supplémentaire de la fragilité de la prétendue trêve et de la paix éphémère dans la région”. La formation de l’épi a exhorté Palestiniens et Israéliens à “reprendre les négociations de paix interrompues depuis longtemps afin de parvenir à une solution juste, basée sur la coexistence dans le cadre de deux États indépendants.”
L’Union socialiste des forces populaires (USFP) a incombé la responsabilité de l’escalade au Proche-Orient au “gouvernement extrémiste de l’occupation (...) qui dénie les droits des Palestiniens et tourne le dos à toute perspective d’un règlement politique étouffant par là tout espoir de paix”. Le parti de Driss Lachguar a toutefois glissé des reproches aux groupes armés palestiniens, en précisant que “tuer des civils ne peut en aucun cas contribuer à résoudre quelque problème que ce soit, ni servir une cause si juste soit-elle”.


Plus grand syndicat du Royaume, l’Union marocaine du travail (UMT) a considéré que “l’opération menée par la résistance palestinienne pour défendre les droits légitimes du peuple plaestinien, constitue une réponse logique à la politique de meurtre, de terreur et de colonisation (..) menée par l’entité sioniste”.


Trois questions à Abdelaziz Aftati, dirigeant du PJD.

“L’opération Déluge d’Al-Aqsa est une leçon pour les Israéliens”

Comment avez-vous perçu l’opération du Hamas contre Israël?
Abdelaziz Aftati : C’est une opération courageuse et spectaculaire que je ne peux que saluer. Je précise tout d’abord que contrairement aux attaques barbares des Israéliens contre les Palestiniens, vieux, femmes enceintes et enfants, Hamas a visé les militaires, les agents des services armés et les milices parallèles constituées des colons armés.
D’ailleurs, la propagande israélienne selon laquelle quarante enfants auraient été décapités par les activistes du Hamas a été démentie par l’armée de l’occupation elle-même. Je comprends le choix légitime de la lutte armée du peuple palestinien et il faut que tout le monde se rende à l’évidence qu’il n’y a aucune issue sans libération de tout le territoire palestinien, démantèlement de l’Etat sioniste, création d’un seul Etat palestinien indépendant sur l’ensemble de son territoire historique, et le retour effectif de tous les Palestiniens expatriés et réfugiés. L’opération Déluge d’Al-Aqsa est une leçon pour les Israéliens en ce sens qu’ils doivent savoir que la suprématie de leur armée et la force de leurs services secrets ne leur sont d’aucune utilité face à la résistance des Palestiniens.

Vous avez sans doute remarqué que tous les pays de l’Occident, de la France au Royaume-Uni en passant par les Etats-Unis ont déclaré de manière claire leur soutien à Israël, se disant prêts à lui fournir des armes…
Abdelaziz Aftati : Qui peut être étonné par une telle attitude? L’opération du Hamas a fait tomber les masques de tout le monde. La France, qui généralement avait des positions plus nuancées, a montré son vrai visage: elle est du côté de l’occupant israélien. Le Royaume-Uni, n’en parlons pas, Israël est son enfant chéri. Quant aux Etats-Unis, c’est toujours le même positionnement… Joe Biden est sorti du bois pour envoyer son armada en Méditerranée, comme s’il voulait combattre une puissance mondiale. Ceci pour vous dire que les Arabes ne doivent compter que sur eux-mêmes…

Les Arabes, justement. Que dites-vous à propos de la position des pays arabes?
Abdelaziz Aftati : Il y a certains pays arabes qui se sont empressés de condamner le Hamas, le Bahrein et les Emirats arabes unis notamment. La position des autres pays est en deçà de ce qui est attendu. La Ligue arabe a tenu ce mercredi 11 octobre 2023 une réunion au niveau des ministres des Affaires étrangères, et espérons qu’ils seront pour une fois au niveau des attentes et espoirs des peuples arabes.
Les soi-disant accords d’Abraham -que je récuse, évidemment- ont de plus en plus limiter la marge de manœuvre des pays arabes qui les ont signés, mais les mêmes accords parlent de la solution à «deux Etats». Pourquoi alors les signataires de ces «accords» n’exigent pas le respect de cette disposition par «Israël»?


 

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