Les ravages des drogues légales

Le diagnostic alarmant du CESE sur les addictions

Dans son dernier rapport, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) révèle l’ampleur du phénomène de l’addiction au Maroc, son poids économique non négligeable et recommande des solutions pour freiner ce fléau.

Le saviez-vous? Les produits et biens licites mais pouvant être sources d’addiction représentent 3% du PIB national. C’est l’une des révélations phares du dernier rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE) sur le phénomène de l’addiction au Maroc. Un document alarmant, des constats «préoccupants».

Cette économie de l’addiction génère un chiffre d’affaires de plus de 32 milliards de dirhams, soit l’équivalent de 9,1% des recettes fiscales annuelles de l’État marocain. L’industrie du tabac caracole en tête avec des revenus de 17 milliards de dirhams, soit cinq fois plus que le budget alloué à l’investissement par le ministère de la Santé. C’est dire le poids non négligeable de ces activités.

Si cette économie a pu connaitre une telle croissance dans le Royaume, c’est parce qu’elle se nourrit de l’addiction de millions de consommateurs. Ses principaux clients, les adeptes de la cigarette. Le CESE indique l’existence de 6 millions de fumeurs au Maroc, dont 5,4 millions d’adultes et 600.000 mineurs âgés de moins de 18 ans. Des fumeurs qui consomment chaque année plus de 15 milliards de cigarettes, avec des teneurs en nicotine et en substances toxiques supérieures aux produits autorisés en Europe.

Autre secteur pourvoyeur de recettes, les jeux d’argent. Entre 2,8 millions et 3 millions de marocains s’adonnent régulièrement à ces paris. Pis, au moins 40% d’entre eux sont considérés comme des joueurs à risques excessifs, autrement dit, des personnes qui pourraient être gravement affectées par ces jeux. Bien évidemment, les drogues dures ne sont pas en reste. Le rapport cite une étude régionale publiée en 2016 qui révélait que plus de 18.500 Marocains s’injectent régulièrement ces substances, dont une grande partie sont des personnes atteintes de VIH et d’hépatite C.

La recherche du plaisir immédiat
L’institution de l’ancien ministre Ahmed Chami constate en outre l’impact de l’usage excessif des écrans, des jeux vidéo et d’internet sur la santé des usagers. Dans une interview accordée à Maroc Hebdo en juillet 2021, Dr. Imane Kendili, psychiatre-addictologue, nous expliquait que «les jeux vidéo, particulièrement les jeux en ligne, sont très dangereux et influent sur le comportement des enfants et adolescents.

Ce sont des jeux violents et le fait de consommer beaucoup d’écran va donner une dose de sérotonine qui provoque des troubles du sommeil, de l’anxiété, des irritabilités, les agressions, dépressions, les troubles du comportement alimentaire, et surtout les passages à l’acte». L’auteure de l’ouvrage Les Drogues expliquées à mes enfants va même plus loin en déclarant que les jeux d’argent «peuvent être considérés comme une drogue», puisque «des études scientifiques ont révélé que le cerveau s’allume exactement de la même manière lors d’une consommation de cocaïne que pour les jeux d’argent, caractérisés par un système de récompense, la libération de la dopamine et du plaisir immédiat, et un rythme de dépendance».

De véritables maladies
Combattre efficacement ces addictions ne sera pas chose aisée dans le Royaume, selon le CESE, notamment à cause de deux grands obstacles. Elles ne sont pas suffisamment reconnues, ni effectivement prises en charge par les organismes de protection sociale, ni traitées en tant que maladies, alors qu’elles sont considérées comme des pathologies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’autre écueil, c’est le fait que les autorités sanitaires résument ce phénomène à l’addiction aux drogues, délaissant ainsi les autres avec leur corollaire de méfaits sur la santé des consommateurs.

Le Conseil note par ailleurs le manque d’infrastructures dédiées au traitement des addictions, avec seulement 18 structures d’addictologie, dont 15 centres ambulatoires, dont 5 en capacité d’assurer un traitement de substitution aux opiacés (TSO) et 3 services résidentiels au niveau des Centres hospitaliers universitaires de Rabat, Casablanca et Fès. Une pénurie en ressources humaines est également signalée, avec seulement 64 médecins généralistes ou psychiatres formés en addictologie.

Manque d’infrastructures dédiées
Après le diagnostic, place aux solutions. Le Conseil recommande de réserver au moins 10% des revenus générés par l’économie de l’addiction aux financements des soins, à la recherche et à la prévention de l’addiction. Objectif, réduire l’impact de ce phénomène sur les usagers.