Ramdan Ould Messaoud: "Le juge espagnol a retenu le chef d’accusation de génocide contre Brahim Ghali"

ENTRETIEN AVEC RAMDAN OULD MESSAOUD, président de l’Association sahraouie des droits de l’Homme.

L’Association sahraouie de défense des droits de l’Homme a déposé plainte devant la justice espagnole contre Brahim Ghali et d’autres dirigeants du Polisario depuis 2007. Le juge d’instruction espagnol chargé de ce dossier a décidé de convoquer le chef séparatiste pour le 1er juin 2021. Les explications du président de l’association.

Le juge de la 5è chambre de l’Audience nationale espagnole a ordonné, le 25 mai 2021, la comparution devant lui de Brahim Ghali le 1er juin ou, à défaut, de procéder à son audition par vidéoconférence. Comment avez-vous accueilli cette décision?
En tant qu’association défendant les victimes des dirigeants du Polisario, et ayant déposé plainte contre ces derniers en Espagne, nous ne pouvons que nous réjouir de cette décision de la plus haute juridiction en Espagne. La mobilisation de l’opinion publique nationale, des ONG et la réaction du gouvernement marocain a fini par payer. C’est une première étape en attendant la suite.

Mais le juge n’a pris aucune mesure conservatoire à l’encontre de Brahim Ghali…
Le juge n’est pas obligé de suivre les demandes des avocats ou les requêtes du parquet. L’Association sahraouie des droits de l’Homme aurait aimé que le juge ferme les frontières à M. Ghali ou lui retire à titre préventif son passeport. Notre avocat a déposé une demande dans ce sens, mais le juge l’a rejetée, estimant que le chef du mouvement séparatiste est dans un hôpital espagnol, donc un lieu de résidence connu, de même que le personnage est connu et donc pour le juge, il y a toutes les garanties pour que M. Ghali soit présent devant la justice.

C’est d’ailleurs pour cela que le juge a demandé à ce qu’il y ait une audience par vidéoconférence au cas où le prévenu ne pouvait quitter l’hôpital pour aller jusqu’à Madrid. Pour nous, c’est une manière pour le juge de verrouiller la procédure. Il a même demandé au tribunal de la commune de Logroño, près de Saragosse, de préparer le dispositif technique adéquat.

Brahim Ghali a annoncé, mardi 25 mai dans la nuit, accepter de répondre aux questions du juge….
Ce monsieur peut dire ce qu’il veut. Quand on est convoqué par un juge, on n’a pas le choix d’accepter ou de rejeter la convocation. On a l’obligation de s’exécuter et se présenter le jour et à l’heure précisés par le magistrat. Le juge, conformément au code pénal espagnol, a demandé à M. Ghali de choisir son avocat et au cas où il n’en aurait pas, l’Audience nationale lui en procurerait un dans le cadre de l’assistance judicaire. Ces déclarations sont faites pour endormir la vigilance des ONG marocaines et des victimes de ses crimes qui ne veulent en aucun cas qu’il quitte le territoire espagnol. Nous sommes là pour dénoncer tout ce qui peut entraver la bonne marche de la procédure judiciaire déclenchée avec la convocation émise par le juge.

Et si M. Ghali quittait clandestinement l’Espagne comme l’a déclaré, lundi 24 mai 2021, Salem Lebsir, présenté comme étant son bras droit?
S’il quitte l’Espagne, de n’importe quelle manière que ce soit, ce sera avec l’aide et la complicité du pouvoir politique et des services de renseignement espagnols. Impossible qu’un policier des frontières espagnols le laisse passer sans instructions. Impossible qu’il le laisse passer sous une fausse identité. Le type est connu, fiché même, si j’ose dire. Dans le cas où il serait exfiltré, ce sera à l’Espagne de répondre de ce manque de coopération avec notre pays.

Les personnes de M. Ghali et de tous ses sbires sont insignifiantes. C’est l’Algérie qui les fait bouger comme elle veut et quand elle veut. L’Espagne a fait ce qu’elle a fait pour des intérêts la liant à l’Algérie. Pour l’heure, nous attendons le 1er juin pour voir, sachant que nous avons confiance dans la justice espagnole, et nous espérons que la suite de cette affaire nous permettra de garder cette confiance.

Combien de victimes votre association défend-elle?
La plainte, que nous avons déposée le 27 décembre 2007, a été accepté en 2012; et, en 2013, lors d’une visite familiale de Brahim Ghali en France, il a reçu une convocation pour se présenter devant la justice espagnole. Mais il n’a pas donné de suite. En 2016, lors d’une activité des séparatistes au parlement catalan en Espagne, M. Ghali a été convoqué une deuxième fois mais il a pu quitter l’Espagne sans être réellement inquiété. Notre plainte concerne trois victimes, mais, par la suite, il y a eu une centaine de victimes dont les plaintes ont été jointes à la nôtre. Des plaintes portant sur plusieurs chefs d’accusation.

Comme quoi?
Le juge d’instruction a accepté les chefs d’accusation de génocide, de détention arbitraire et séquestration, de torture et de viol. Les mis en cause sont au nombre de 27, dont quatre gradés de l’armée algérienne, Brahim Ghali et 22 autres dirigeants séparatistes.