Ramadan sous le signe de la crise et du confinement

Pour un nouvel élan de solidarité

Le Maroc vivra sous le rythme de restrictions sanitaires et de déplacement des plus drastiques pendant les semaines à venir. Une nouvelle fois, plusieurs millions de ménages et des milliers d’entreprises en subiront les conséquences. L’esprit de solidarité qui a régné en mars 2020 doit refaire surface.

Il y a un an, presque jour par jour, le Roi Mohammed VI a donné ses instructions pour la création d’un Fonds spécial de la gestion de la pandémie du Covid-19. C’était, plus précisément, le 19 mars 2020. Une décision tombée à point nommé à un moment crucial où l’inquiétude, l’anxiété et la psychose avaient pris de court les Marocains de tous bords, face à une menace sanitaire sans précédent qui a déstabilisé les pays les plus avancés, connus pour leurs systèmes de santé des plus développés. Le virus se propageait, le risque de contamination, voire de mort, grandissait. Le confinement général fut décrété pour limiter la propagation du virus.

Un effet d’émulation
Le spectre des répercussions fâcheuses de l’arrêt de l’activité économique se profilait à l’horizon. La création de ce Fonds, ou plutôt l’élan de solidarité royale qui s’en est suivi, a été perçue comme une soupape face à une crise sociale et économique inédite qui menaçait le pays d’asphyxie. En sus de l’apport initial, de l’ordre de 10 milliards de dirhams du Budget de l’Etat, c’est la holding royale Al Mada (ex-SNI) qui a ouvert la voie à une série de dons d’entreprises privées mais aussi d’établissements et d’institutions publics, de hauts fonctionnaires de l’Etat et de citoyens marocains.

Al Mada y a injecté 2 milliards de dirhams. Et l’effet d’exemple et d’émulation a joué son rôle. Un élan de solidarité qui a même dépassé toutes les attentes. Sur instructions du Roi, le Fonds Hassan II a contribué à hauteur de 1 milliard de dirhams. Othman Benjelloun, président de Bank of Africa, après concertation avec les principaux actionnaires, a décidé de consacrer le résultat consolidé et avant impôt, du premier trimestre de la banque, au fonds créé pour soutenir les entreprises.

Un autre homme d’affaires, en l’occurrence Aziz Akhannouch, patron du groupe Akwa, a emboîté le pas à M. Benjelloun et a fait aussi un don généreux en injectant dans le même fonds 1 milliard de dirhams. Un exemple de milliardaires citoyens, surtout dans ces moments difficiles où une grande fange de la population, qui vit dans la précarité, allait souffrir le martyre.

Le même jour, le groupe OCP, présidé par Mostafa Terrab, a décidé d’injecter 3 milliards de dirhams dans le compte du Fonds. Le groupe BCP a fait don de 1 milliard de dirhams. Le Crédit Agricole du Maroc a affecté 50% de son résultat annuel, soit 200 millions de dirhams, au fonds dédié à la gestion de la pandémie. Crédit du Maroc y a également participé à hauteur de 85 millions. Mohamed Tazi, président du Groupe Azura, a participé à cet élan de solidarité et d’entraide avec une enveloppe de 25 millions de dirhams. Bref, l’élan de solidarité se poursuivait. Même des stars du monde du sport se sont solidarisées avec leurs concitoyens en ces moments difficiles.

Au final, plus de 33 milliards de dirhams ont été collectés et mis à disposition du Comité de veille économique, présidé par le ministre des Finances, Mohamed Benchaâboun. Un record et un exemple qui n’a pas manqué de susciter l’admiration de par le monde.

Entreprises en difficulté
La machine des aides financières s’est alors mise en marche, pour venir en aide aux entreprises les plus impactées par le coronavirus. Des indemnités forfaitaires nettes ont été accordées à 900.000 salariés déclarés à la CNSS en arrêt temporaire d’activité, durant la période allant du 15 mars au 30 juin 2020, soit 1.000 dirhams pour le mois de mars et 2.000 dirhams pour les mois d’avril, mai et juin.

Cette indemnité, prise en charge totalement par le Fonds Covid, annulait et remplaçait l’indemnité pour perte d’emploi prévue par le régime de sécurité sociale géré par la CNSS durant toute la période de crise. Les entreprises en difficulté affiliés à la CNSS ont également bénéficié de la suspension des cotisations sociales du 1er mars au 30 juin 2020 avec remise gracieuse des majorations de retard. Ce n’est pas tout.

Familles sans ressources
Pour alléger les charges sociales, fiscales et financières des entreprises et faciliter leur accès au financement afin de soutenir leurs trésoreries et les aider à honorer leurs engagements financiers en vue de préserver les emplois, l’opérationnalisation du dispositif des crédits Oxygène et Relance (lancés le premier en mars et le second en juin), garantis de 80 à 95% par le Caisse centrale de garantie (CCG), a enregistré pas moins de 86.000 opérations de garantie de crédits consentis en faveur de 66.200 entreprises à fin 2020.

Le Fonds a bénéficié à 5,5 millions de familles vivant dans la précarité et qui sont retrouvées du jour au lendemain sans ressources. De mars à juin 2020, ces ménages ont bénéficié des aides de 800 à 1.200 dirhams par mois. Le 9 avril 2020, le Roi a décidé d’exonérer des droits de bail les locataires des locaux des habous consacrés au commerce, aux métiers, aux services et à l’habitation.

Cet élan de solidarité a aidé à ce jour à juguler les incidences d’une crise sanitaire qui a entraîné une crise économique et sociale suffocante. A fin février 2021, le Fonds ne comptait plus que 3,5 milliards de dirhams. Plus d’un mois après, cette somme s’est réduite de moitié du fait qu’elle sert en grande partie à acheter des millions de doses de vaccins anti-Covid.

Ce Ramadan 2021, le Maroc vivra sous le rythme de restrictions sanitaires et de déplacement des plus drastiques. Une nouvelle fois, plusieurs millions de ménages et des milliers d’entreprises en subiront les conséquences. Il est temps qu’un nouvel élan de solidarité tel celui enclenché par la décision royale en mars 2020 voie le jour.

Il est vrai qu’avec la morosité économique, les dons des institutions et entreprises ne seront pas aussi importants que ceux de l’année dernière, mais il va falloir faire montre d’un esprit citoyen et de solidarité pour freiner, autant que faire se peut, les effets d’une crise qui menace une large frange de la population et un pan entier du tissu industriel et entrepreneurial.

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