Addou droit dans ses bottes

LICENCIEMENTS À LA RAM

Avec l’aval du gouvernement, le PDG de la compagnie aérienne nationale semble bel et bien décidé à se délester de centaines de salariés. Et les protestations des représentants des travailleurs n’y font rien, pour l’heure.

Les 6 milliards de dirhams promis le 13 juillet 2020 à la Chambre des représentants par le ministre de l’Économie et des Finances, Mohamed Benchaâboun, pour renflouer la Royal air Maroc (RAM) n’auront donc pas suffi à convaincre Abdelhamid Addou de renoncer son plan de licenciement de centaines de salariés de la compagnie. En effet, l’intéressé a reçu le 18 août de la part de la gouverneure de la préfecture de Hay Hassani, Khadija Benchouikh, l’autorisation pour mettre à la porte 140 de ces salariés, sachant qu’en plus les membres de l’Association marocaine des pilotes de lignes (AMPL), dont 65 sont pour l’heure concernés par le plan de M. Addou -sur un total prévu de 180 pilotes-, avaient proposé la veille même de sacrifier 400 millions de dirhams de salaires qui doivent leur être versés au cours des trois prochaines années.

“Ruptures nécessaires”
Par 308 voix pour sur un total de 391 votants, l’AMPL a d’ailleurs annoncé qu’elle entrerait en grève si le PDG de la RAM ne faisait pas machine arrière. “La date serait ultérieurement fixée en fonction de l’évolution des évènements et du contexte sanitaire national,” avertit-elle. Mais pour ainsi dire, M. Addou semble décidé, d’autant plus que la ministre du Tourisme, Nadia Fettah Alaoui, avait apporté un soutien public à son plan le 8 juin à la Chambre des représentants, après avoir été saisie par les élus de la première chambre. Aussi, les représentants des départements de l’Emploi, des Finances et de l’Industrie se sont tous empressés de sanctionner les licenciements au moment de délibérer avec Mme Benchouikh.

Dans une lettre qu’il avait fait parvenir le 12 mai à ses collaborateurs, M. Addou avait excipé de “la pire crise de [l’]histoire” de la RAM pour défendre son projet de se délester de 858 salariés, au total. En effet, selon lui, la compagnie aurait perdu, à partir du moment où les frontières aériennes ont commencé à être fermées -le 10 mars-, 50 millions de dirhams par jour. “La survie de notre compagnie est en jeu si, ensemble, nous n’opérons pas les ruptures nécessaires,” justifiait M. Addou. Mais l’AMPL accuse ce dernier de régler ses comptes avec ceux des salariés qui auraient été les plus syndicalement actifs, y compris au sein de la Fédération nationale du transport aérien (FNTA), affiliée à l’Union marocaine du travail (UMT). Pour preuve, veut l’association, 11 des 13 membres du bureau au cours du mandat précédent ont reçu des lettres de licenciements.

Sans encore réagir officiellement, la RAM a, par le biais de sources proches de sa direction, démenti toute velléité vindicative de sa part. Il y a, en tout cas, lieu de rappeler que de nombreuses compagnies aériennes de par le monde ont dû, au cours du dernier mois, se mettre au régime sec en raison d’une crise qui, selon les derniers chiffres de l’Association internationale du transport aérien (IATA), aurait fait perdre au secteur aérien de par le monde près de 500 milliards de dollars.