Ralentissement économique oui, mais jusqu'à quel degré?

CMC, CDG capital, HCP, banque mondiale et FMI livrent leurs pronostics

Les estimations vont bon train quant au niveau exact de l’impact de la pandémie de Covid-19 sur l’économie marocaine, qui forcément sera touchée.

C’est un fait largement admis que le Maroc va être dans le dur économiquement en 2020, à l’image d’ailleurs du reste de la planète puisque même la quinzaine de pays qui, pour l’heure, n’ont pas été touchés par la pandémie de Covid-19 et n’ont pas eu à prendre des mesures de confinement similaires à celles en cours dans le Royaume depuis le 20 mars n’en restent pas moins interdépendants avec les autres, mondialisation oblige. Seule diffère l’évaluation exacte de l’impact de la pandémie en la matière, et à ce titre les pronostics sont allés bon train au cours des dernières semaines. Il y a eu d’abord, pour ouvrir le bal, les institutions nationales qu’elles soient publiques ou privées et qui, dans l’ensemble, se sont fendues de prédictions plus ou moins à l’avenant, dans le sens d’une stagnation devant se traduire soit par un simple ralentissement de la croissance, soit par une légère récession.

A cet égard, le Centre marocain de conjoncture (CMC) a été le premier à se mouiller, le 23 mars par le biais de sa publication Info CMC, en révélant parier sur une évolution de l’ordre de 0,8% du produit intérieur brut (PIB), contre 4,6% avant qu’il n’ait été question de la pandémie (et accessoirement aussi de la sécheresse, qui déjà le 11 mars avait forcé l’État à décaisser quelque 55 millions de dirhams en faveur de la protection du bétail). Le directeur de l’ISCAE Rabat, Tarik El Malki, qui est analyste au sein du CMC et a, à ce titre, participé à ladite publication, s’en était d’ailleurs expliqué à Maroc Hebdo dans l’interview qu’il nous avait accordée pour notre numéro du 3 avril et nous avait déclaré que “l’hypothèse centrale [derrière ce chiffre] considère que la crise sanitaire prendrait fin au milieu de l’année et que la reprise de l’activité économique se ferait de manière progressive sans à-coups”, en ajoutant toutefois qu’aussi bien cette hypothèse que toutes les autres hypothèses retenues “peuvent effectivement paraître relativement optimistes”.

Puis cela a été au tour de CDG Capital, via une étude publiée sur son site web, de s’attaquer au sujet, et ce en estimant elle aussi la croissance à moins de 1%, sans toutefois, elle, se risquer à donner un chiffre exact. Ce qui a fait miser la filiale du groupe CDG sur ce scénario, c’est la cessation de nombreuses activités, du fait du confinement, dans des secteurs représentant une part non négligeable du PIB national, qu’il s’agisse de ceux des services comme les activités financières, le transport, les hôtels et les restaurants (58% du PIB), que du secteur secondaire (26% du PIB) en faisant mention des activités dites “prépondérantes” que sont, cite-t-elle, l’industrie manufacturière et extractive et le bâtiment et travaux publics (BTP). Elle a toutefois, au passage, salué les mesures prises par le Comité de veille économique (CVE), mis en place le 11 mars dernier par le gouvernement, pour anticiper les répercussions économiques directes et indirectes de la pandémie, et qui selon CDG Capital ont été “multidimensionnelles”.

Arrêt des activités
Enfin, last but not least, le Haut-Commissariat au plan (HCP) s’est également invité, via sa Note de conjoncture du premier trimestre 2020 et perspectives pour le deuxième trimestre, au débat sur la croissance, ceci dit de façon plus originale en se prêtant au jeu des comparaisons entre la situation de l’économie nationale sans le Covid-19 et avec le Covid-19. Et l’institution d’Ahmed Lahlimi Alami est formelle: si dans le premier cas la croissance aurait pu s’estimer à 1,9% et 2,1% au premier et au deuxième trimestre, maintenant, selon elle, elle ne saurait respectivement dépasser 1,1% et -1,8%. “L’année 2020 (...) deviendra la pire année de ce siècle,” commentait justement M. Lahlimi dans l’interview que l’agence de presse espagnole EFE a publié de lui le 13 avril; propos qu’il avait déjà tenus au média américain Bloomberg un mois plus tôt.

Dans la même ligne que CDG Capital et en donnant plus de détails chiffrés dus à la large base de données dont il dispose, le HCP a fait référence, pour expliquer la “contraction”, selon ses termes, de la croissance, à “une baisse de près de la moitié du rythme de croissance de la valeur ajoutée du secteur tertiaire, suite à un arrêt presque total dans les activités de restauration et d’hébergement, [et] une réduction de 60% de l’activité dans le transport et de 22% dans le commerce, en comparaison avec [son] scénario de référence.” Et il y a plus: “ces prévisions restent sujettes à des révisions plus ou moins importantes au fur et à mesure de la publication de nouvelles données, dans un contexte empreint de fortes incertitudes quant à la durée de la crise sanitaire, aux effets néfastes sur l’activité économique des diverses mesures de confinement et de restriction aux déplacements, mais également quant à l’ampleur de l’impact des programmes de dépenses et des plans de soutien à l’économie nationale,” souligne le HCP. Ce qui veut dire que le Maroc pourrait connaître un sort encore pire que ce qu’égrène la note de conjoncture du haut-commissariat.

Ce sort, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ne s’embarassent pas de l’envisager, puisque tous les deux ont annoncé prévoir une décroissance de 1,7 et 3,7 points, dans le droit de fil des modélisations qu’ils ont faites pour l’ensemble de l’économie mondiale au cours des dernières semaines. Le chiffre du FMI, surtout, a été celui qui a le plus suscité de commentaires, dans la mesure où d’aucuns l’ont trouvé par trop sévère, mais il reste qu’il ne s’agit finalement que d’expectations, et le Fonds est le premier à reconnaître que plus généralement “les prévisions de croissance mondiale sont extrêmement incertaines”. En tout cas et au-delà des grilles de lectures des uns et des autres pour mesurer les effets de la crise, cette dernière peut et doit surtout être l’occasion de recentrer le débat sur le modèle de développement.


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