Rage et incompréhension

TÉMOIGNAGE POIGNANT D'UNE ENFANT ABANDONNÉE

C’est avec les larmes que Nadia a terminé son interview avec Maroc Hebdo, le mercredi 21 avril 2021. Malgré la virtualité de nos échanges, nous n’avons pas pu contenir nos émotions et ressentir son immense chagrin. Nadia fait partie de ce qu’on appelle à tort les enfants «illégitimes». Aujourd’hui juriste, pleine de vie et d’ambition, Nadia peine encore à se remémorer ses souvenirs d’enfant abandonné.

Et c’est avec rage et incompréhension qu’elle a appris le jugement rendu récemment par la Cour de Cassation stipulant qu’un enfant né hors mariage ne peut prétendre à aucun droit vis-à-vis du père biologique, et ce, malgré l’existence d’un test ADN qui prouve la paternité. «C’est inconcevable, triste et un véritable retour en arrière», s’alarme-t-elle. Comment un enfant peut-il prétendre à une vie épanouie si ses droits sont bafoués dès sa naissance?, se demande Nadia, qui avec sa soeur Leila, âgées respectivement de 29 et 26 ans, ont vécu, chaque jour, l’impact que de telles lois rétrogrades ont sur leur développement, notamment psychologique.

Pourtant, l’histoire de Nadia et Leila est différente et assez complexe. Tout commence en 1992 lorsque leurs parents décident de s’unir, un mariage célébré avec beaucoup de joie et d’espoir. Un espoir qui a fait face à une surprenante mauvaise foi de la part du père qui aurait, avec la complicité des Adouls, falsifié l’acte de mariage.

Commence alors leur combat pour une reconnaissance paternelle qui n’a d’ailleurs jamais pu être réalisée. Mais au-delà de ce combat de reconnaissance pourtant légitime, les deux jeunes filles n’espéraient qu’une seule chose: un père. L’absence d’un père au sein d’une famille impacte la construction mentale et psychique des enfants, certes, mais lorsqu’on constate que cette absence est volontaire, «on sent une énorme amertume et déception. On cherche des réponses à plusieurs questions notamment existentielles, on s’isole, on est dans l’incompréhension et puis ce manque affectif nous hante et nous dévore de l’intérieur», nous confie Nadia, les larmes aux yeux. Moment fort en émotion et de compassion.

Nadia n’aime pas, d’ailleurs, faire l’objet d’une quelconque compassion. Elle refuse qu’on la catalogue comme enfant illégitime délaissé, abandonné, trahi par son propre père. Elle se considère une personne normale qui malgré les drames, les déceptions et la tristesse qui l’envahit de temps en temps, compte arpenter son chemin de la vie en la vivant dans tous ses sens, et réaliser ses rêves les plus fous. Fière d’une soeur qui est en train de réussir sa carrière dans la communication.

Nadia tout comme sa soeur Leila reviennent de loin et elles ne comptent pas baisser les bras. Elles veulent rendre leur mère fière d’elles en lui rendant justice. Cette mère qui s’est âprement battue pour sa dignité et celles de ses deux filles et a, bon an mal an, tout fait pour essayer de combler ce besoin de présence paternel. Morte il y a presque neuf ans, elle les suit tous les jours de haut.

L’histoire de Nadia et de milliers d’autres Marocains délaissés depuis leur naissance, qui souffrent en silence, doit nous interpeller sur la place que la société et l’Etat leur réservent. Un Etat qui, à cause de ses lois moyenâgeuses, ne semble pas encore conscient des drames sociaux que nos enfants subissent. Nadia a pu, malgré toutes les séquelles psychologiques, prendre en partie sa vie en main. D’autres n’ont malheureusement pas réussi.

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