Rachid Talbi Alami soupçonné de dilapidation de deniers publics

L'ancien ministre et membre du bureau politique du RNI dans la tourmente

Un rapport de l’IGF révèle la réalisation par l’alors ministère de la jeunesse et des sports d’un portail destiné aux colonies de vacances pour 2,5 millions de dirhams. Un prix largement surfacturé puisque le coût réel de la prestation ne dépasse pas 200.000 dirhams.

Les politiques sont plus que jamais, décriés sur la scène publique. Après Mustapha Ramid, ministre d’Etat des droits de l’homme, accusé de ne pas avoir inscrit à la CNSS son ancienne secrétaire, Jamila Bichr, décédée il y a quelques semaines, et son collègue dans le gouvernement, Mohamed Amkeraz, accusé pour les mêmes soupçons, voilà que l’ancien ministre de la jeunesse et des sports, Rachid Talbi Alami, membre du bureau politique du RNI, se retrouve au coeur d’un scandale de dilapidation de deniers publics.

Révélée par la députée de l’USFP, Asma Miras, lors d’une réunion de la commission des secteurs de la jeunesse, des sports et de la culture, à la Chambre des représentants, l’affaire prend une dimension politique importante. Asma Miras, en s’adressant au nouveau ministre de la culture, de la jeunesse et des sports, Othman El Ferdaouss, présent pendant la réunion, a en effet, divulgué le contenu d’un rapport de l’Inspection Générale des Finances qui précise que Rachid Talbi Alami, lorsqu’il était ministre, entre avril 2015 et octobre 2019, a dépensé la bagatelle de 2,5 millions de dirhams pour la réalisation d’un site web destiné aux colonies de vacances gérées par son département. L’IGF estime que le coût réel de cette prestation ne devrait pas dépasser 200.000 dirhams.

La différence, soit 2,3 millions de dirhams, aurait donc été indûment empochée par la société prestataire. L’IGF donne ainsi un comparatif des prix des autres portails réalisés et estime, par exemple, que certains sites similaires comme egov.ma/fr ou encore fikra.egov. ma, qui sont des sites dynamiques c’està- dire actualisables, ont coûté chacun 200.000 dirhams. Or, le portail des colonies de vacances commandé par Rachid Talbi Alami est un site statique contenant six pages figées non susceptibles de subir une mise à jour.

Un passif ineffaçable
D’autres griefs sont relevés par le rapport de l’IGF: le marché a été attribué de gréà- gré c’est-à-dire sans appel d’offres. Le marché a été géré par la Fédération nationale des colonies de vacances suite à une convention signée en 2019 avec le ministère de la jeunesse et des sports. L’objet de cette convention était d’arrêter les modalités de financement de ce marché. Or, une analyse détaillée de cette convention réalisée par les enquêteurs de l’IGF révèle que le ministère n’a pas le droit de déléguer ce service à une association, vu qu’il s’agit d’une prestation de développement, d’hébergement et de maintenance d’un portail qui contient les informations personnelles des bénéficiaires. Des tâches qui rentrent normalement dans les attributions du ministère.

Vu la gravité des faits contenus dans le rapport de l’IGF, le groupe parlementaire du PAM à la Chambre des représentants a appelé à la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire pour faire toute la lumière sur cette affaire.

Pour sa part, Rachid Talbi Alami dément formellement les faits qui lui sont reprochés et annonce sa volonté de s’expliquer devant la commission d’enquête parlementaire et éventuellement d’aller devant la justice s’il le faut. Mais ce n’est pas la première que ce membre influent du RNI, qui a aussi été président de la Chambre des représentants d’avril 2014 à janvier 2017, se retrouve au centre d’une polémique politico-médiatique. En 2015, plusieurs associations locales à Tétouan, dont il est originaire et où il avait été tour à tour membre du conseil municipal, député puis président du conseil de la région, avaient révélé l’existence d’une dette fiscale importante qu’il a accumulée envers l’administration fiscale.

Une dette estimée à plus d’un milliard de dirhams dont ce dernier ne s’est, probablement, jamais acquittée pour ses activités industrielles dans la région de Tétouan. Un passif ineffaçable qui continue de le poursuivre tout au long de sa carrière politique.


4 commentaires

  • ben mhammed

    1 Juillet 2020

    Ce n est pas la première ou la dernière ''personnalité'' qui aura abusé de son poste pour faire des chose peu orthodoxe.Les affaires de malversations se suivent et ne se ressemblent pas et la mémoire des marocains est si courte que ces supers marocains ne se gênent plus d acter de cette manière. De plus l impunité est reine dans le plus beau pays du monde .La justice est bien sur aux abonnes absents et ne sévit que pour réprimander les criminels en herbe ,les gros poissons quant a eux ,seront toujours protégés par leur pairs.Qui sait peut être que l un deux aura besoin d un retour d ascenseur un de ces jours.Les lois ,l honnêteté ,le sérieux,la vertu n existe pas dans leur dictionnaire ,c est plutôt des concepts dont raffolent les petites gens .Le comble de l ironie c est que ces même énergumènes n ont pas froid aux yeux pour se plaindre de cette populace qui a déserté les urnes. On aura tous vu!! vraiment.

  • Fleur du passé

    5 Juillet 2020

    Il faut jeter un oeil sur les projets des portails et l de digitalisation au niveau du ministère de l'Agriculteur (DRH) c'est la catast... enfin ne disons rien et esperant que l'IGF intervient pour clarifier ce point.

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